Des ceps à perte de vue, sur lesquels souffle un vent de colère. Gallician, bourg de 700 âmes en Petite Camargue, a fait du 1er tour de la présidentielle un plébiscite pour Marine Le Pen. Gilbert Collard, candidat du FN aux législatives, y mène campagne en voisin.
Des ceps à perte de vue, sur lesquels souffle un vent de colère. Gallician, bourg de 700 âmes en Petite Camargue, a fait du 1er tour de la présidentielle un plébiscite pour Marine Le Pen. Gilbert Collard, candidat du FN aux législatives, y mène campagne en voisin. - Sylvain Thomas afp.com

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Des ceps à perte de vue, sur lesquels souffle un vent de colère. Gallician, bourg de 700 âmes en Petite Camargue, a fait du 1er tour de la présidentielle un plébiscite pour Marine Le Pen. Gilbert Collard, candidat du FN aux législatives, y mène campagne en voisin.

«J'ai été parachuté ici il y a dix ans en achetant un mas, explique-t-il à l'AFP, racontant avoir découvert un univers d'amitié et de gentillesse, la chasse, la pêche et la bouvine» (tauromachie camarguaise, ndlr). Il a d'ailleurs quelques bêtes à cornes dans son pré, Gallician ayant ses arènes.

Au foyer communal de ce hameau tranquille de Vauvert, où l'on vit beaucoup du vignoble des Costières de Nîmes, 120 chaises, entre deux murs tapissés d'affiches et de drapeaux tricolores, ont été disposées pour un meeting du célèbre avocat, en lice dans la deuxième circonscription du Gard.

Assuré de convaincre

Dans une salle comble et surchauffée par le soleil, c'est un médecin qui introduit l'orateur du jour: «Ce sera le porte-parole de votre colère», lance-t-il au public, où les plus âgés sont une majorité. De «colère», il sera largement question durant 45 minutes de discours, préparé à la main comme une plaidoirie. L'avocat a troqué la robe noire pour un costume clair de saison, mais la verve est la même. Assuré de convaincre, ici, où Marine Le Pen a obtenu 43,5% des voix.

«Un extraordinaire cadeau démocratique», commente l'ex-président du comité de soutien de la patronne du FN. Une façon de «dire merde» aussi, et «bravo de l'avoir dit», ajoute-t-il sous de vifs applaudissements. «Merde» à qui? Aux «parlementaires mollusques» qui, aux ordres, votent en appuyant sur un bouton là où il faudrait être «un casse-couilles»; aux «complices qui couchent dans le même lit dégueulasse» pour mieux trahir la France; aux «terroristes intellectuels qui nous courbent comme des esclaves» et aux «belles plumes» qui traitent les électeurs du FN de «xénophobes».

Contre la peine de mort

«Ce sont eux les fascistes, qu'ils arrêtent d'insulter ce peuple qui veut simplement dire sa colère!», lance Collard, dont le propos ne s'embarrasse guère de chiffres ou de propositions concrètes . «On trouve tout sur son blog, il est là pour rameuter», justifie une militante d'origine espagnole, qui vote FN depuis qu'elle a 18 ans. En guise de programme, l'avocat se dit «d'accord sur tout avec Marine», qu'il connaît depuis plus de vingt ans et pour laquelle il s'est rapproché du Front, sauf sur la peine de mort: «je suis contre car je n'ai pas confiance dans les juges», glisse-t-il en faisant rire l'assistance.

«La préférence nationale» par exemple, il a «toujours été pour», dit-il à l'AFP. Même quand, encarté au PS, il fréquentait le trotskiste Pierre Lambert à la fin des années 1980 - «il s'agissait de faire libérer Nelson Mandela», explique-t-il. Ou quand il défendait les amis d'Ibrahim Ali, jeune d'origine comorienne tué en 1995 par des colleurs d'affiches du FN à Marseille - il ferait de même aujourd'hui, assure-t-il.

Imperméable à la contradiction

Ce «vieux parapluie» qui «se fout de tout», comme il se décrit, est imperméable à la contradiction. L'immigration? «Comme l'eau, elle apporte la diversité, mais on a inventé les écluses». Les centres de rétention, qu'il dénonçait aussi avec les trotskistes? «Je les dénonce toujours. Mais un contrôle des flux digne de ce nom les évite».

«Et je suis pour naturaliser demain tous ceux qui veulent devenir Français sous certaines conditions. Vous voyez? Trouvez-la, l'incohérence», défie celui qui, en 1990, démissionna en même temps qu'il fut exclu du Mrap en prenant la défense du négationniste Bernard Notin.

Dans la salle, le public de Gallician est ravi. Et ovationne debout son champion quand il appelle à «l'insurrection civique» en criant: «Je vous en prie, laissez-la aller votre colère!»