A Cernay, ceux qui hésitent sont venus écouter le Président

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Publié le 25 avril 2012.

REPORTAGE - Les meetings de Nicolas Sarkozy sont l'occasion pour les électeurs frontistes ou centristes de se décider. Ou pas...

De notre envoyé spécial à Cernay (Haut-Rhin)

Difficile de ne pas trouver un militant, un sympathisant dans la salle qui n’ait pas dans son entourage une ou plusieurs connaissances qui a glissé dimanche un bulletin Le Pen dans l’urne. A Cernay, tranquille bourgade du Haut-Rhin, la candidate du FN est arrivée en première place avec 26,5% des voix, tout juste devant Nicolas Sarkozy (26,33%). Il y a cinq ans, le candidat UMP avait écrasé ses rivaux avec 31,61% des voix, loin devant Ségolène Royal (19,87%) et Jean-Marie Le Pen (16,37%). Autant dire que le lieu n’a pas été choisi par hasard par le président de la République pour son troisième meeting de l’entre-deux-tours. S’il est ici, c’est pour convaincre ceux qu’il a déçus.

Michaël, électeur FN de 24 ans

Parmi la foule qui entre dans la salle municipale, Michaël, 24 ans, au chômage. Ce solide gaillard a fait la route depuis la banlieue «difficile» de Mulhouse «pour voir pour la première fois de sa vie un président de la République». Mais surtout pour l’aider à se forger une conviction. Dimanche dernier, il a voté Marine Le Pen et ne sait pas encore quoi faire au second tour. «Toutes les options sont possibles.» «Je suis venu pour écouter, pour réfléchir» dit celui qui explique son choix du FN «par l’environnement» dans lequel il vit. «On voit des gens qui se plaignent mais ils ont des Mercedes, des BMW. Quand on dit qu’on vote Front national, on nous dit qu’on est raciste mais moi, je ne vois pas ça comme cela», assure-t-il. Il y a cinq ans, il avait choisi Olivier Besancenot.

A deux pas de lui, Véronique s’est faufilée dans un bus de militants UMP venus de Haute-Saône. Une heure et demie de route pour cette cadre commerciale au chômage de 49 ans qui a voté Bayrou au premier tour. «Je ne me reconnais pas du tout dans Hollande et suis à deux doigts de voter nul, en glissant à nouveau un bulletin Bayrou au second tour. Mais je suis venue vérifier si je ne ferais pas mieux de voter Sarkozy.» Ça commence plutôt mal: «dans le bus, je ne me sentais pas l’aise, j’ai entendu beaucoup de propos droitisants, notamment sur la fermeture des frontières…»

«Trop à droite pour moi»

Les discours des ténors s’enchaînent. Fillon, puis Copé. Sarkozy enfin, visiblement à l’aise quand il parle de la valeur travail dans cette Alsace laborieuse. Mais Véronique n’en entendra pas la fin. A mi-discours, elle craque et sort. «Il a dit que les voix du FN sont respectables, il s’en prend au vote des étrangers: c’est trop à droite pour moi.» Elle a noté qu’il a aussi «récupéré des éléments de Bayrou sur le travail et la réindustrialisation de la France». «Mais ça ne suffit pas», tranche-elle, en faisant la moue en pensant à l’heure et demie de trajet retour qui l’attend en compagnie des militants UMP remontés à bloc.

Le discours achevé, c’est au tour de Michaël de sortir de la salle. Verdict? «Il y a eu des bonnes choses, notamment sur Fessenheim [la centrale nucléaire toute proche que le PS veut fermer, contrairement à Nicolas Sarkozy». Mais ce qui l’ennuie, c’est que «Copé a parlé d’étrangers et Sarkozy d’immigrés». «Ils visent qui au final avec cette histoire de droit de vote? Ce n’est pas très clair.» Les références à la France des cathédrales lui ont-elles parlé? «C’est vrai que la France a une histoire et c’est à respecter. Mais bon, personnellement, je ne suis pas croyant.» Finalement, Michaël n’est pas beaucoup plus avancé. «Je vais attendre le débat avec Hollande pour prendre une décision.»

Alexandre Sulzer
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