Nicolas Sarkozy, le 24 avril 2012, lors d'un meeting à Longjumeau (Essonne).
Nicolas Sarkozy, le 24 avril 2012, lors d'un meeting à Longjumeau (Essonne). - P.WOJAZER / REUTERS

Corentin Chauvel avec M.P.

Arrivé deuxième au premier tour de la présidentielle, malmené par les sondages portant sur le second depuis plusieurs mois, Nicolas Sarkozy a désormais moins de deux semaines pour renverser radicalement la tendance.

Historiquement, sur la seule base des résultats des votes au premier tour, c’est largement possible. En 1974, 1981 et 1995, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac avaient terminé deuxième au premier tour, à chaque fois avec un écart plus grand voire beaucoup plus important que les 1,5% séparant François Hollande de Nicolas Sarkozy. Il était d’environ 3% en 1981 et 1995, et jusqu’à 11% en 1974.

Néanmoins, le report de voix et le contexte politique étaient différents, et les sondages étaient «systématiquement gagnants» pour le vainqueur du second tour en 1981 et 1995, explique à 20 Minutes Jérôme Sainte-Marie, directeur du département opinion de CSA. «Il n’y a aucun exemple d’inversion entre les deux tours (un perdant dans les sondages remportant finalement l’élection, ndr)», insiste-t-il.

Tous les sondages contre Sakozy

Dans les sondages réalisés depuis dimanche soir, les résultats effectifs et somme toute serrés du premier tour n’y ont rien fait. Ils donnent toujours et tous, pour le moment, François Hollande vainqueur le 6 mai prochain avec entre 53 et 56% des suffrages. D’après les politologues et sondeurs, la tâche s’annonce ainsi particulièrement ardue pour Nicolas Sarkozy s’il veut l’emporter.

Tout d’abord, «il faut souligner qu’avec la très forte participation du premier tour, il ne peut pas espérer la mobilisation d’électeurs qui n’auraient pas voté», indique Jérôme Sainte-Marie qui considère que cela «gèle les choses pour le second, cela devient un jeu à somme nulle».

Des réserves de voix très distinctes

Alors il faut regarder du côté du report de voix. Même si Eva Joly et surtout Jean-Luc Mélenchon n’ont pas eu les résultats escomptés, la quasi-totalité de leurs électeurs sont acquis au candidat socialiste. «C’est exceptionnel et, contrairement à François Hollande, Nicolas Sarkozy n’a pas d’allié déclaré», constate le directeur du département opinion de CSA.

Pour le président sortant, les voix sont ainsi à aller chercher du côté des électeurs de Marine Le Pen et, dans une moindre mesure, de François Bayrou. «Il est confronté à deux électorats au comportement très distinct», précise Jérôme Sainte-Marie. Nicolas Sarkozy obtient ainsi, dans les estimations de report de voix, une majorité absolue en provenance du Front national (FN) et un tiers de celles du MoDem.

«Un désir de changer de président»

Mais le politologue Emmanuel Saint-Bonnet, joint par 20 Minutes, estime que le chef de l’Etat aurait besoin, pour s’imposer, d’obtenir soit 100% des voix du FN et 50% de celles du MoDem, soit 75% des voix du FN et 100% de celles du MoDem. Cette hypothèse s’annonce délicate pour Gérard Grunberg, directeur de recherche au Cevipof (centre de recherches de Science-Po), car «les électeurs de Marine Le Pen ne sont pas d’accord avec la politique de Nicolas Sarkozy» et que sa stratégie droitière «va détourner de lui des électeurs du centre dont il aurait besoin».

Si Jérôme Sainte-Marie ne veut pas «insulter l’avenir», précisant que «tout peut se passer», il prédit néanmoins un «second tour très déséquilibré», notant «un désir de changer de président». Même les thèmes abordés ne devraient pas plus aider le chef de l’Etat: «Il y a peu de sujets sur lesquels Nicolas Sarkozy n’est pas allé chercher François Hollande.» A l’heure actuelle, le directeur du département opinion de CSA est donc formel: «Il n’y a pas d’indicateur qui montre une victoire de Nicolas Sarkozy.»