Qui a voté Marine Le Pen?

POLITIQUE Focus sur le profil de l'électeur de la candidate du Front national à la présidentielle...

Anne-Laëtitia Béraud

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Marine Le Pen à Nanterre (Hauts-de-Seine), le 10 avril 2012.

Marine Le Pen à Nanterre (Hauts-de-Seine), le 10 avril 2012. — CHESNOT/SIPA

Forte d’un score historique de 17,9% de suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a rassemblé sur son nom 6,4 millions des voix. Des voix qui ne lui ont pas permis d’accéder au second tour de cette élection, contrairement à son père Jean-Marie Le Pen en 2002.

Qui vote Marine Le Pen? L’instrument La Boussole présidentielle 2012, lancé début avril et développé par le Cevipof et Kieskompas – qui a recueilli en trois semaines 1,3 million d’utilisateurs- et dont le site 20minutes.fr assure l’accès gratuit, indique plusieurs éléments d’analyse.

Tendance à une égalisation hommes-femmes

Alors, homme ou femme? Sur 40.000 utilisateurs volontaires de cet instrument indiquant une préférence pour Marine Le Pen, l’on découvre que l’électorat reste plus masculin que la moyenne, bien qu’il n’y ait plus de forte répulsion chez les femmes.

Ainsi, parmi ceux qui ont une forte probabilité de voter pour Marine Le Pen, il y a 61% d’hommes, et 39% de femmes, soit à peine plus que leur part dans l’ensemble des utilisateurs (+4 points). «Est-ce par équation personnelle, parce qu’elle est une femme active? On voit en tout cas une tendance à une égalisation  entre les hommes et les femmes», commente Anne Jadot, maître de conférence en sciences politiques à l’université de Lorraine et chercheuse associée au Cevipof.

L’éducation reste un marqueur très important

L’électorat de Marine Le Pen est ensuite marqué par une «certaine souffrance sociale». Il y a une surreprésentation de cet électorat, avec 26% de ces personnes qui affirment s’en sortir très difficilement avec les revenus de leur foyer, 20% chez ceux qui s’en sortent plutôt difficilement, contre seulement 14% chez ceux qui s’en sortent plutôt facilement avec leurs revenus.

L’éducation reste un marqueur fort de ce vote. Dans cet instrument, si 22% des personnes ne sont pas titulaires du baccalauréat, la proportion s’élève à 41% chez ceux qui apprécient le plus Marine Le Pen. Et plus on accumule les diplômes, moins on a tendance à voter FN. «Ce que l’on voit, indique Anne Jadot, c’est une confirmation que la barrière de l’éducation n’est pas levée chez les électeurs FN.»

Adhésion aux idées plutôt que protestation

La localisation géographique n’est plus forcément décisive. «Pendant des années, on a vu de grandes zones de force FN à l’est d’une ligne entre Le Havre et Perpignan. Mais depuis 2002, on voit une percée vers les zones périurbaines. Cela veut dire qu’une partie de la population qui s’est installée de 20 à 50 kilomètres des centres-villes, souvent pour des raisons économiques et qui est très affectée par transports et par le prix de l’essence, a tendance à se tourner vers le Front national», ajoute la chercheuse.

Enfin, vote FN rime de plus en plus avec adhésion, et non plus protestation. Ainsi, à propos des idées, Marine Le Pen compte sur des fidèles de plus en plus nombreux: «Par rapport à son père, on voit désormais qu’une forte majorité des électeurs aiment son programme et ses idées, et veulent qu’elle soit élue, contrairement à ce qui a pu se passer avec le père Jean-Marie Le Pen. Nous ne sommes plus dans un vote anti-système avec Marine Le Pen, même si ses électeurs ont des idées anti-système, avec une critique très forte des hommes politiques», conclut Anne Jadot.

>> La boussole présidentielle pour connaître le candidat le plus proche de vos idées