Gérard Grunberg: «Les ennemis de Sarkozy sont nombreux et lui est tout seul»

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Publié le 23 avril 2012.

INTERVIEW - Directeur de recherche au Cevipof (centre de recherches de Science-Po), il livre son analyse du premier tour de la présidentielle...

Quel est le principal enseignement de ce scrutin?
C’est très simple: François Hollande va être certainement élu et une nouvelle page de l’histoire de la droite va s’ouvrir. L’UMP va être confronté à des difficultés sans nom lors des législatives, où les triangulaires devraient être nombreuses. On dit que Nicolas Sarkozy a fait un bon score, mais 27 % pour la droite de gouvernement, c’est très faible. Il y aura donc une recomposition de la droite, avec de nouveaux rapports avec le Front national.

On peut imaginer des alliances?
L’espoir de la droite, en 2007, c’était d’avoir mis fin au FN. Ce n’est pas le cas et ils s’aperçoivent que l’extrême droite peut les faire perdre. Ils seront amenés à se poser la question. Je ne dis pas que ça va arriver mais dans la plupart des pays européens, la droite a passé des alliances plus ou moins poussées avec l’extrême droite. Ce serait alors la fin de la période d’après-guerre, avec la fin du PCF et l’extrême droite dans le giron de la droite.

Mélenchon n’est pas si haut, Sarkozy peut avoir des réserves chez les électeurs de Marine Le Pen, pourquoi dire que l’élection est pliée?
La droite est divisée et la gauche est unie. Marine Le Pen va absolument tout faire pour faire battre Nicolas Sarkozy. Même si plus de 60 % de ses électeurs votaient Nicolas Sarkozy, cela ne suffirait pas. Il faut se souvenir que les électeurs de Marine Le Pen ne sont pas d’accord avec la politique de Nicolas Sarkozy, et ce ne sont pas socialement les mêmes. Les électeurs de Marine Le Pen, c’est la France qui souffre, périurbaine et rurale.

Sarkozy, pourtant, affiche sa combativité…
L’homme est ainsi: combatif, déterminé, il aime la bataille. Mais Napoléon aussi était déterminé pendant la campagne de France en 1814… Les ennemis de Nicolas Sarkozy sont nombreux et lui est tout seul pour passer de 27 % à 50 %. Je ne vois pas comment il pourra faire.

Même en continuant une stratégie droitière?
De mon point de vue, sa campagne a été désastreuse. C’est l’arroseur-arrosé. Avec son thème du peuple contre les élites, il a ouvert un boulevard à Marine Le Pen. Et cette stratégie va détourner de lui des électeurs du centre dont il aurait besoin.

Quelle doit être la stratégie de François Hollande?
La même. Il ne doit pas changer. Il a été assez bon dans son discours dimanche soir: il rassemble à gauche, puis il rassemble au-delà, il fait un clin d’œil aux centristes en parlant de République exemplaire.

Sarkozy a demandé trois débats, Hollande a refusé…
Nicolas Sarkozy espérait un combat d’homme à homme pour pouvoir l’emporter. Outre le fait que ce n’est pas certain, il n’obtiendra probablement pas ces trois débats. Il voulait faire la différence sur sa personnalité, il a fait toute sa carrière sur une grande confiance en lui mais il a face à lui Hollande qui est un grand esquiveur. C’est une qualité, car en escrime, il faut savoir éviter les coups de ses adversaires.

Propos recueillis par Maud Pierron
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