Halal, casher: Fillon critique les «traditions ancestrales» des rituels d'abattage

POLEMIQUE Ses propos ont déclenché la colère des associations juives, et une secrétaire nationale de l'UMP s'est elle-même déclarée «attristée»...

E.O., avec AFP

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François Fillon a suggéré lundi aux grandes religions de revenir sur les "traditions ancestrales" d'abattage rituel des animaux, qui ne correspondent plus aujourd'hui "à grand-chose", tout en précisant que ce n'est ni le "jour ni le moment" d'ouvrir ce débat.

François Fillon a suggéré lundi aux grandes religions de revenir sur les "traditions ancestrales" d'abattage rituel des animaux, qui ne correspondent plus aujourd'hui "à grand-chose", tout en précisant que ce n'est ni le "jour ni le moment" d'ouvrir ce débat. — Sebastien Bozon afp.com

En pleine polémique sur la viande halal, François Fillon a provoqué lundi la colère du Crif en suggérant aux juifs et aux musulmans de revenir sur les «traditions ancestrales» d'abattage rituel des animaux, qui ne correspondent plus aujourd'hui «à grand-chose».

Lundi matin, le Premier ministre, s'exprimant à titre personnel, a estimé sur Europe 1 que «les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n'ont plus grand chose à voir avec l'état aujourd'hui de la science, l'état de la technologie, les problèmes de santé». Ces déclarations ont suscité le mécontentement du président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, dont l'organisation entretient de bonnes relations avec Nicolas Sarkozy.

 

 

L'UEJF «outrée»

«J'ai été choqué de l'entendre s'exprimer ainsi», «la déclaration de François Fillon est stupéfiante», a déclaré à l'AFP Richard Prasquier. «Même s'il dit que c'est à titre personnel qu'il s'exprime, quand on est Premier ministre, on a une parole officielle. Nous sommes dans un pays de séparation de l'Eglise et de l'Etat», a rappelé Richard Prasquier.

De son côté, l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) s'est déclarée «outrée» par les déclarations du Premier ministre. Sollicité à plusieurs reprises, le Conseil français du culte musulman (CFCM) n'a pu être joint.

A l'UMP, la secrétaire nationale Salima Saa, étoile montante du parti majoritaire, s'est déclarée «attristée de voir s'étaler des jugements négatifs et dévalorisants sur les musulmans de France». «Je ne cautionne pasles propos qui assimilent l'abattage de la viande hallal à des "pratiques ancestrales"», a-t-elle par ailleurs indiqué sur Twitter.

Le halal, «premier sujet de préoccupation des Français» selon Sarkozy

La polémique sur la viande halal a été initiée par la candidate du Front national, Marine Le Pen, puis reprise par Claude Guéant qui l'a même liée au droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales.

Nicolas Sarkozy a pour sa part plaidé samedi à Bordeaux en faveur de «l'étiquetage de la viande en fonction de la méthode d'abattage». Lundi dans l'Aisne, il est revenu sur le sujet devant la presse: «Un sondage disait il y a dix jours que le premier sujet de préoccupation des Français, c'est cette question de la viande halal», a-t-il lancé, alors qu'il avait jugé le 21 février qu'il s'agissait d'une «polémique qui n'a pas lieu d'être».

Juppé prend ses distances

François Fillon a défendu la position du président-candidat et réfuté toute stigmatisation des musulmans et juifs de France: «On ne peut demander à la fois la traçabilité de tous les produits et ne pas souhaiter que les Français sachent ce qu'ils mangent».

Il n'a pas désavoué non plus Claude Guéant pour avoir établi un lien entre droit de vote des étrangers et viande halal. Le ministre de l'Intérieur a d'ailleurs répété lundi soir, quasiment dans les mêmes termes, ses propos sur un lien éventuel entre vote des étrangers et viande halal.

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a pour sa part pris ses distances avec le sujet. «J'ai déjà dit que le choc des civilisations n'était pas ma tasse de thé. Je pense que le problème de la viande halal est un faux problème en réalité, qu'il y a d'autres vraies questions qu'il faut se poser», a déclaré le maire de Bordeaux.