Royal et Montebourg jouent le jeu pour Hollande

POLITIQUE L'ancienne candidate à la présidentielle tenait meeting avec Arnaud Montebourg jeudi soir...

Maud Pierron, à Châtellerault

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La commission électorale du Parti socialiste a décidé jeudi de réserver "à une femme" la première circonscription de Charente-maritime où comptent se présenter Ségolène Royal aux législatives de 2012 et le premier fédéral du département Olivier Falorni, a annoncé le PS.

La commission électorale du Parti socialiste a décidé jeudi de réserver "à une femme" la première circonscription de Charente-maritime où comptent se présenter Ségolène Royal aux législatives de 2012 et le premier fédéral du département Olivier Falorni, a annoncé le PS. — Joel Saget afp.com

«Moi, je parle aux ouvriers, je le sais. Il savent ce que j’ai fait pour eux dans ma région». Dans le TGV qui l’emmène à Châtellerault jeudi après-midi, Ségolène Royal en est persuadée: elle a une carte à jouer dans cette campagne. Auprès d’un certain électorat auquel elle dit «parler» plus que d’autres: les jeunes des banlieues et les ouvriers. Alors elle bat la campagne, pour donner au «candidat» ce qu’elle aurait aimé recevoir en 2007: un soutien affiché.  

Jeudi soir, c’est à Châtellerault, dans sa région, qu’elle tenait meeting, avec Arnaud Montebourg, l’homme de la démondialisation. Dans la salle de l’Angelarde, pleine à craquer, les deux ténors se sont partagés les rôles pour défendre la réindustrialisation à la mode "hollandaise". A elle le discours directe «aux ouvrières et aux ouvriers», avec des accents à la Arlette Laguiller parlant parfois de «lutte ouvrière» et même de «lutte des classes». A lui la démonstration du nécessaire protectionnisme.

«Sarkozy découvre le peuple, il est bien temps au bout de cinq ans»

«Le changement du 6 mai c’est d’abord un changement pour vous, les ouvriers, les ouvrières, pour vous rendre votre honneur et votre dignité», commence la présidente de la région Poitou-Charentes. Elle parle d’Heuliez, qu’elle a sauvé avec la région, mais aussi de New Fabris, qui n’a pu être sauvé. Des «règles» qui doivent «être changées» avec la possibilité pour l’Etat d’entrer au capital des entreprises stratégiques, de la banque d’investissements au secours des PME. De ce qui est «dans le programme de François Hollande» et ce qui était un peu dans le sien aussi.

 

Elle le sait, défendre François Hollande, c’est aussi tacler Nicolas Sarkozy, cet adversaire qu’elle connait si bien. Il faut changer, martèle-t-elle, car avec Nicolas Sarkozy, c’est  «cinq ans de perdu, cinq ans de mépris, cinq ans d’indifférence, de pouvoir donné au système financier», clame-t-elle, applaudie par la salle. «Il a parlé de la valeur travail mais jamais le capital n’a été autant choyé», attaque-t-elle. «Et enfin, il découvre le peuple, il est bien temps au bout de cinq ans».

Et de reprendre le tract de campagne du candidat de 2007, listant ses engagements: «le président du pouvoir d’achat», «la République irréprochable», «un plan Marshall pour les banlieues», «moraliser le capitalisme financier», «la grande réforme de la dépendance». «Aucune des promesses n’ont été tenues!», lâche-t-elle encore. Sans parler de «l’objectif 0 SDF».

«Soixante jours de campagne, c’est long, très long»

En prenant la parole, Arnaud Montebourg rend hommage à «notre brillante candidate qui affronta la première Nicolas Sarkozy», qu’il a assuré de sa «fidélité», et jugé qu’elle porte «une vision d’anticipation». Ségolène, «c’est la politique par la preuve», encense encore celui qui est chargé par Hollande du «tour de France des usines».  Lui, s’attachera à vanter la partie «montebourienne» du programme de Hollande: la séparation des activités de dépôts et de spéculation pour les banques, la taxe exceptionnelle qui leur sera réclamée, l’interdiction de posséder des avoirs dans les paradis fiscaux, des «mesures protectionnistes», ce mot «tabou, infâme» pour arrêter «la saignée» des emplois industriels. «Nicolas Sarkozy prétend que nous n'avons pas d'idées, eh bien, nous allons lui envoyer 60 propositions de François Hollande par la poste», a aussi moqué le socialiste.

Dans la campagne socialiste de 2012, chacun joue sa partition, derrière le candidat. Royal la première, loyale. Car même si François Hollande est largement en tête dans les sondages, elle a vu son adversaire de 2007 mercredi soir sur TF1 entrer pleinement dans la course. «Il ne faut jamais sous-estimer un adversaire. Soixante jours de campagne, c’est long, c’est très long. Beaucoup de choses peuvent arriver», nous confiait-elle, en connaisseuse. En mars, à Rennes, c’est avec «le candidat» qu’elle s’affichera en meeting.