Le piège tendu par Guéant s'est-il refermé sur le PS?

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Publié le 8 février 2012.

POLÉMIQUE - François Hollande ne voulait surtout pas se laisser entraîner sur le terrain de la polémique...

Claude Guéant a-t-il réussi son coup? Le ministre de l’Intérieur, auteur d’une sortie polémique ce week-end sur les «civilisations qui ne se valent pas», récidiviste ce mardi matin sur le plateau de la matinale de Canal +, a entraîné une réaction non moins polémique d’un député radical de gauche martiniquais, tranchant avec les réactions fermes mais mesurées des pontes socialistes jusque là sur le sujet.

«Vous, monsieur Guéant, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration», a lancé l'élu Serge Letchimy, alors que le ministre semblait rigolard. Résultat: le gouvernement, fait rarissime, quitte l’hémicycle, la séance est suspendue et François Fillon demande à la gauche des excuses.

 Le piège s’est refermé sur le PS

 La gauche et le PS se retrouvent pile à l’endroit où François Hollande redoutait que la droite l’entraîne: sur le terrain glissant de la polémique et de l’invective. Plusieurs fois, le candidat socialiste avait martelé qu’il «ne se laisserait pas entraîner sur ce terrain», appelant son camp au calme. «La droite a peur de perdre, alors elle veut faire peur aux Français pour qu’ils renoncent au changement», expliquait-il à 20Minutes après la polémique sur le «sale mec» mi-janvier.

Lundi à Dijon, il avait réagi sobrement à la sortie de Guéant, jugeant que le ministre «ferait mieux de s’occuper de la société plutôt que de faire des phrases». Interrogé à son retour de Bourgogne, sur un quai de la gare de Lyon après l’approbation de Nicolas Sarkozy à Claude Guéant, le socialiste avait lâché: «Je ne veux pas commenter des propos qui n’auraient jamais du être prononcés» avant d’évacuer: «cela ne me concerne plus, c’est leur affaire». Consigne avait été passée de ne pas sur-réagir aux propos de Guéant pour ne pas tomber dans le piège que les socialistes jugent tendus par la droite.

 

Mardi soir, sur le plateau du JT de France 2, François Hollande a refusé de présenter les excuses réclamées par la majorité. «Moi ce que je réprouve, c'est ces polémiques inutiles. Moi je veux rassembler les Français», a-t-il dit,. Avant d'ajouter que Serge Letchimy avait été «sans doute blessé et humilié» par les déclarations de Claude Guéant.

L’UMP à l’attaque

Mais finalement, c’est le ministre qui a gagné sur le plan médiatique, avec la sortie de Serge Letchimy. «Il a atteint son but», concède Bernard Cazeneuve, l’un des porte-parole de François Hollande. «Pendant ce temps, on ne parle pas des problèmes des Français et notamment de la hausse du chômage», ajoute-t-il.

«A force de susciter de mauvaises polémiques, sur de mauvais sujets, qui créent de mauvais débats, cela crée de mauvais incidents», s’agace le porte-parole. Il prend soin de préciser  que «personne au PS ne pense que quiconque au gouvernement ait des accointances avec l’idéologie nazie». Mais relève que Serge Letchimy, bouillant député de la Martinique, fils spirituel d’Aimé Césaire qui se présente comme un «enfant de l’esclavage et de la colonisation», «est un ultra-marin qui a pu se sentir blessé par les propos du ministre en raison de sa sensibilité, comme de nombreux autres concitoyens».

Pour le porte-parole, c’est une «stratégie de diversion et de confusion volontaire et totalement cynique» car «la droite, confiait-il lundi, ne peut faire campagne sur son bilan ou son projet». Une stratégie «dangereuse», «du pire», car pariant sur «l’abaissement de la République». Pour éviter de tomber dans ce traquenard, il «faut laisser Guéant seul dans la boue dans laquelle il se complaît à nager». A méditer pour le prochain coup car en attendant, c’est la droite qui monte au créneau. «Dans l’indécence et l’insulte, le PS de François Hollande n’a plus aucune limite», a attaqué Jean-François Copé dans un communiqué. «En laissant dire, puis en ne condamnant pas ces propos, le PS commet une inadmissible faute morale qui le déshonore», tance-t-il encore, entraînant avec lui la fameuse «cellule riposte» de l'UMP.

Maud Pierron
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