Des ouvriers d'Arcelor-Mittal ont posé une stèle un an après les promesses de Nicolas Sarkozy que celui-ci n'a pas tenu.
 
Des ouvriers d'Arcelor-Mittal ont posé une stèle un an après les promesses de Nicolas Sarkozy que celui-ci n'a pas tenu.   - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP

Matthieu Goar, à Gandrange

De notre envoyé spécial en Moselle

De tous les carrefours, on ne voit qu’elle. A Gandrange en Moselle, impossible de rater l’aciérie ArcelorMittal dont la masse sombre domine la commune de 2.500 habitants. Faute de maintenance, des tôles se détachent du toit, l’usine devient une ruine. «Il paraît qu’ils vont commencer à la démanteler à partir de 2017, détaille Sylvain Ferri, chaudronnier, licencié à l’automne 2011 par son entreprise dont l’activité dépend en grande partie de la filière de l’acier, moribonde dans la région. «A 54 ans, pas évident de se recaser», glisse-t-il à la sortie du Point emploi de la mairie de Gandrange qui s’apprête à accueillir François Hollande, mardi, puis Jean-Luc Mélenchon, mercredi. «Malheureusement, Gandrange est le symbole de l’ère Sarkozy, des engagements non-tenus, du mépris du travail», tance Marisol Touraine, responsable du pôle social du candidat PS.

Les promesses envolées, la stèle volée

Dans ce petit village de Moselle, le nom de Nicolas Sarkozy ne met jamais longtemps à apparaître dans les conversations. En février 2008, le Président était venu promettre aux employés que l’Etat investirait si ArcelorMittal réduisait la voilure. En avril 2008, changement de ton à l’Elysée où Sarkozy n’évoque plus que des solutions de reclassement qui se sont concrétisées lors de la fermeture de l’aciérie en mars 2009. «Certains ont cru aux promesses, c’était quand même le chef de l’Etat qui s’engageait. Du côté des syndicats, on a toujours dit qu’il fallait attendre les actes», résume Jacky Mascelli, délégué CGT. Pour marquer le coup, les syndicats avaient posé devant l’entreprise une stèle. « Ici reposent les promesses de Nicolas Sarkozy faites le 4 février 2008», pouvait-on lire sur le morceau de marbre dérobé dans la nuit du 7 au 8 janvier dernier. «Je ne vois pas très bien qui a pu y trouver un intérêt à voler cette plaque. Certains pensent que c’est politique », lâche une habitante.

Les anciens de l’aciérie ont, eux, connu des parcours distincts. Sur les 575 salariés, 130 ont effectué un temps partiel avant de prendre leur retraite, une quinzaine a été licenciée car ils n’ont pas accepté les offres de reclassement et les autres ont été affectés sur le laminoir qui fonctionne toujours à Gandrange ou sur les sites de Florange, du Luxembourg et quelques administratifs à Saint-Denis (Seine Saint-Denis), moyennant souvent des baisses de salaires. «Il ne faut pas oublier les 80 intérimaires et les 70 entreprises sous-traitantes dont l’activité est liée à l’aciérie qui ont dû licencier des centaines de personnes. Pas de reclassement pour eux. Et malheureusement, les reclassés connaissent le coup de bâton maintenant», résume Jacky Mascelli.

Une région à bout de souffle

Depuis l’automne dernier, le site de Florange est en effet à l’arrêt. Une situation provisoire, selon la direction d’ArcelorMittal. Mais les habitants des vallées de l’Orne et de la Fensch, berceaux de la sidérurgie de Lorraine développée notamment par la famille De Wendel puis rachetée par des investisseurs étrangers comme l’Indien Mittal, sont inquiets. Au-dessus de la ville d’Hayange, près d’une statue de la Vierge, les syndicats ont installé un grand panneau SOS visible de la route.

Le naufrage de la région est-il évitable? «La vente d’acier est en expansion dans le monde. Mittal investit en Roumaine ou en Inde. Les erreurs sont aussi politiques. Pour vous, c’est peut-être loin l’Allemagne mais pour nous c’est juste là, de l’autre côté de la frontière. Eux, dès la fin des années 90, ils ont réfléchi à l’avenir de leur industrie, de leur sidérurgie. En France, rien n’a été envisagé…», explique Sylvain Ferri, dont le fils travaille pour une entreprise luxembourgeoise.

Dans son bureau, le délégué CGT Jacky Mascelli ne cesse de répondre à des journalistes au téléphone. «Gandrange est devenue la ville symbole des promesses de Sarkozy. Mais moi, j’en ai un peu marre de parler du passé. Il y a encore 350 salariés qui travaillent sur le site. Il faut se battre pour eux et pour l’avenir car il y a des solutions envisageables comme investir dans une aciérie électrique», conclut le syndicaliste qui cite également le projet Ulcos, une usine de traitement du CO2 dégagée par les hauts fourneaux. Pour cela, il faudrait investir 800 millions d’euros. Et que les hauts fourneaux, pour la plupart à l’arrêt, se remettent à fonctionner.