Quotient familial: Retour sur un cafouillage de l'équipe Hollande

PRÉSIDENTIELLE es problèmes de communication dans l’équipe de François Hollande ont fait le bonheur de l’UMP...

Maud Pierron

— 

Le 4 janvier 2012 à Pessac, conférence de presse de François Hollande.

Le 4 janvier 2012 à Pessac, conférence de presse de François Hollande. — SEBASTIEN ORTOLA / 20 MINUTES

Un couac qui pourrait faire mal. L’équipe de campagne de François Hollande s’est emmêlée les pinceaux mardi sur le quotient familial pour le plus grand plaisir de l’UMP, obligeant François Hollande à siffler la fin de la récréation. Il ne supprimera pas le quotient familial, il le «modulera», a-t-il rectifié en fin de journée. 20 Minutes fait le récit de ce couac de campagne.

>> Le quotient familial, qu’est que c’est?

La mèche est allumée lundi dans Les Echos
«Suppression du quotient familial: le projet du PS coûterait cher aux ménages aisés». C’est le titre de l’article des Echos, qui explique que François Hollande souhaite remplacer ce quotient familial, qui permet un avantage fiscal selon le nombre d’enfants et le niveau de revenu, par un crédit d’impôt. Avec cette intervention de Michel Sapin, conseiller de François Hollande pour les affaires économiques. «Aujourd’hui un enfant de riche apporte une baisse d’impôt beaucoup plus importante qu’une enfant de pauvre. Est-ce normal? Non», déclare-t-il. L’UMP réagit mollement. Mais le député de l’Indre se sent obligé de rectifier ses propos auprès de l’AFP. La dépêche tombe autour de 22 heures: la suppression du quotient familial est «une des options» mais pour le moment n’est pas «une proposition» du candidat, explique-t-il

Mardi matin, Manuel Valls embraye mardi sur RMC
Malgré la précision de Michel Sapin, patatras, sur RMC, Manuel Valls, le directeur de la communication de François Hollande met les pieds dans le plat: «oui», le quotient familial sera supprimé dans le cadre de la grande réforme fiscale, «parce qu’il faut rénover notre fiscalité familiale». Et le dircom d’ajouter: «François Hollande proposera de remplacer le quotient familial - en gardant le principe de la diminution d'impôt - mais il faut le généraliser et rendre plus juste en utilisant un système de crédit d'impôt identique pour toutes les familles».

Au même moment ou presque sur Europe 1…
Michel Sapin est l’invité de Bruce Toussaint sur Europe 1.  Apparemment, il ne s'est pas concerté avec Manuel Valls. Car pendant que Jean-Luc Bourdin twitte l’info exclusive de RMC, le député de l’Indre confirme que la suppression du quotient familial reste «une piste», «une possibilité» et qu’en tout état de cause, «seul le candidat pouvait faire des propositions».

12h, dans la cour de Solférino, après les vœux de Martine Aubry
La première secrétaire est entourée de sa garde rapprochée mais aussi de l’équipe de campagne de François Hollande. Pierre Moscovici, le directeur de campagne est au premier rang, à gauche de Martine Aubry, à côté de Manuel Valls. A droite de la première secrétaire, Michel Sapin est là. Après les vœux, il ne s'attarde pas trop longuement tandis que Manuel Valls répond à quelques journalistes. Evidemment, la question du quotient familial fuse. Le «dircom» semble gêné. Est-ce une bourde, lui est-il demandé. «Mais bien sûr», répond-il sur le ton de la plaisanterie. Interrogé sur la différence de discours entre lui et Michel Sapin, il répond encore en forme de boutade: «c’est une piste affirmative».  Et en réponse aux journalistes qui réclament des détails pour comprendre la position du «candidat», Valls esquive:  «Je connais le jeu d’avance: on nous critique sur le flou de nos propositions et si l’on est précis, on nous critiquera parce qu’on est trop précis».

Sarkozy sniper en chef, la cellule riposte se met en branle
Lors de ses vœux «à la France solidaire» en milieu de journée, Nicolas Sarkoz fustige la proposition de François Hollande. Pour lui, la suppression du quotient familial pour le remplacer par un crédit d'impôt aurait des «conséquences dramatiques». Le matin déjà, lors du traditionnel petit déjeuner de la majorité, il avait qualifié de «folie» ce projet. François Fillon en rajoute une couche lors de la réunion du groupe UMP de l’Assemblée, en milieu de journée. «Plus le temps passe et plus il (François Hollande) s'en prend aux atouts de notre pays. Après le nucléaire, la réforme des retraites, la réforme fiscale, c'est au tour maintenant de la politique familiale», a-t-il lancé.

C’est un «attaque en règle contre les familles», grogne Christian Jacob, le patron des députés UMP.  «François Hollande et ses amis socialistes, après avoir abandonné les classes populaires, abandonnent donc aujourd’hui les familles de France», clame un communiqué de Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP.  D'autres suivront dans l'après-midi. Et dans l'hémicycle, Valérie Pécresse, ministre du Budget, dénonce «ce coup de massue sur les classes moyennes».

Cafouillage sur Twitter de @fhollande
Vu le couac matinal et l’exploitation qu’en fait l’UMP, François Hollande décide de réagir. Plutôt qu’une classique dépêche AFP, il choisit son compte Twitter. Ce n’est pas le candidat socialiste qui tient son compte et parfois, on se dit qu’il devrait. «Est-il normal qu’un enfant issu d’un ménage favorisé bénéficie d’un avantage important par rapport à un enfant de classe aisée? #FH2012», peut-on lire peu avant 16 heures, avant que ce message incompréhensible ne soit supprimé. Trois  tweets viendront rectifier les couacs de la matinée.  «Il ne s’agit pas de supprimer le quotient familial mais de le rendre juste », puis «je veux favoriser  la réconciliation des Français. Je veux redistribuer pour que les aides aillent à toutes les familles». Et pour finir: «je transformerai donc le quotient familial pour qu’il soit plus avantageux pour les classes moyennes et les familles modestes».

Hollande rectifie en personne
A quelques journalistes, il précise sa pensée: il ne veut «pas supprimer le quotient familial» mais «le moduler pour qu’il puisse être plus juste pour l’ensemble des familles». Il promet que s'il était élu «n’enlèverait pas un euro à la politique familiale», démentant donc son directeur de la communication.