Valérie Rosso-Debord, Sébastien Huygue, Jean-François Copé, Bruno Beschizza et Benjamin Lancar (de g. à dr.).
Valérie Rosso-Debord, Sébastien Huygue, Jean-François Copé, Bruno Beschizza et Benjamin Lancar (de g. à dr.). - WITT / SIPA

Alexandre Sulzer et Vincent Vantighem

Mardi dernier, 4h du matin. Un conseiller du secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, voit que la une de Libération est consacrée à l’adresse de François Hollande aux Français. Il envoie aussitôt un e-mail à toute l’équipe de Copé ainsi qu’aux quatre porte-parole officieux du parti: Valérie Rosso-Debord, Sébastien Huyghe, Franck Riester et Bruno Beschizza. S’y rajoutent parfois le député Olivier Carré, la secrétaire nationale en charge de l’Egalité des chances Camille Bedin ou des ministres comme Thierry Mariani. Il leur est demandé de «monter» sur le sujet. Une volée de communiqués rageurs sont alors envoyés aux rédactions.

Le lendemain, le scénario se reproduit au bureau politique à 8h30. Petite phrase de François Hollande qualifiant Nicolas Sarkozy de «sale mec» dans Le Parisien et nouvelle salve de communiqués. Depuis quelques semaines déjà, et singulièrement cette semaine, l’UMP se distingue par sa capacité à faire monter quotidiennement le buzz sur un sujet de son choix. Quitte à entraîner ce début de campagne sur des terrains bien éloignés des sujets de fond.

D’importantes reprises dans les médias

Et ça marche. A l’UMP, ces deux derniers jours sont considérés comme une «réussite». «En interne, on constate que la machine est bien rodée», se réjouit-on. La revue de presse, qui recueille toutes les reprises dans les médias, n’a jamais été aussi épaisse. Et si envoyer une dizaine de communiqués sur un même sujet peut paraître excessif, on «constate que, dans la masse, il y en a toujours un qui est repris quelque part». Par exemple, les journaux du Nord ont davantage tendance à reprendre le communique de Sébastien Huyghe, élu de la région.

Pas réellement d’«éléments de langage», assure l’UMP. Plus un angle d’attaque en commun dont les arguments se ressemblent car ils sont «logiques» et que les snipers «ont l’habitude de travailler ensemble». «Une fois, la cellule com’ m’a appelé pour changer un mot dans mon communiqué car il pouvait avoir un double sens», nuance Sébastien Huyghe.

Hortefeux à la barre

Mais la réactivité dont s’enorgueillit l’UMP n’est pas que le fruit de coups de fil quotidiens. Tous les mercredis matins, Brice Hortefeux réunit la «cellule ripostes» qui est plus stratégique et compte une quinzaine de membres, dont beaucoup de ministres. L’ancien villiériste Guillaume Peltier fait une analyse des derniers sondages pour ajuster le discours à tenir. Chacun parle de ses expériences: les députés de leur circonscription, les autres des meetings. De quoi assurer une bonne coordination entre le parti et l’exécutif.

Les snipers intégrés au cercle des jeunes espoirs

A cela s’ajoute la rencontre hebdomadaire le mardi entre Nicolas Sarkozy et les ténors de la majorité, Jean-François Copé compris. Et, depuis novembre, une nouvelle réunion bimensuelle le jeudi soir à l’Elysée. Elle regroupe, outre les quatre snipers,  Christian Estrosi, Yves Jego, Renaud Muselier, Eric Ciotti, ainsi que des têtes qui devraient émerger lors de la campagne: le jeune sénateur Christophe Béchu, le député européen Arnaud Danjean, le président de la Vendée Bruno Retailleau ainsi que Salimaa Saa, la présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale.

«Il s’agit davantage d’une discussion à bâtons rompus sur l’actualité qui lui permet d’avoir des remontées de terrain», confie l’un des participants. Et surtout d’ajuster les violons entre le point de vue du président et celui des porte-flingues. «Moins il y a d’intermédiaires entre nous et meilleure sera la diffusion de sa perception des choses dans les médias.» Autre avantage de la réunion, elle permet de consolider les liens entre l’Elysée et les quelques snipers de l’UMP. Nicolas Sarkozy a déjà prévenu qu’il ne voudrait pas d’une armée mexicaine dans la campagne. Les troupes commandos, elles, ont déjà lancé les tirs de semonce.