Martine Aubry lors du débat des primaires socialistes, le 12 octobre 2011, sur France 2.
Martine Aubry lors du débat des primaires socialistes, le 12 octobre 2011, sur France 2. - HO NEW / REUTERS

A trois jours d’un vote décisif, Martine Aubry a reçu 20minutes.fr. Un entretien sans concession où elle affiche une nouvelle fois sa détermination à gagner les primaires et à devenir la première présidente de la République.

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Quel est votre sentiment au lendemain du dernier débat ?

J’ai pu montrer ma cohérence. Hier, j’ai mis le doigt sur des sujets majeurs : la mise au pas des banques, la sortie du nucléaire, la justice dans l’éducation, le pouvoir d’achat… Je suis celle qui incarne le changement réel. François Hollande a, lui, dit très clairement qu’il ne souhaitait pas s’engager sur une tranche supplémentaire de 50 % d’impôt pour ceux qui gagnent plus de 100 000 euros par part fiscale. Il n’a pas dit non plus qu’il reviendrait sur la réforme de l’ISF. La morale en politique, c’est d’être constant. De ne pas être flou.

Qu’est-ce qu’une gauche forte ?

C’est une gauche de transformation. Face à une droite dure et une crise qui dure, il faut une gauche forte et claire pour sortir la France de la crise, mettre la finance et les banques au service de l’économie et des Français. Je veux que les Français se disent : « Elle ne change pas d’avis. Elle nous dit aujourd’hui ce qu’elle va faire demain et défend des décisions difficiles. » Par exemple, le non-cumul des mandats au sein de mon parti. François Hollande n’a pas dit cela à ses soutiens. Autre proposition que je fais : en matière de santé, quand je dis aux médecins qu’ils devront s’installer en priorité dans les zones rurales, cela ne plaît pas à tout le monde mais je pense que c’est juste et je le défends.

Qu’est ce qui vous fait croire en une dynamique depuis deux semaines ?

Je le ressens sur le terrain depuis des mois. Cela a été masqué par ces sondages sur les primaires dont chacun sait qu’ils ne veulent rien dire. Le système s’est créé son candidat et nous a matraqués de sondages. Malgré tout cela, une majorité des Français s’est portée sur les trois candidats qui portent le changement, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et moi.

Vous estimez que le système médiatique a choisi François Hollande ?

Bien sûr. Peut-être parce qu’il est plus facile à battre pour Sarkozy. Mais les Français ont été libres dimanche dernier. Ils ont dit ce qu’ils pensaient clairement. Je pense qu’ils le feront encore dimanche prochain.

Les électeurs d’Arnaud Montebourg sont-ils la clé du second tour ?

Les Français sont libres de leur choix. Les citoyens qui ont voté pour Arnaud Montebourg aspirent, comme moi, à un profond changement. Ils se retrouvent dans l’essentiel de mes propositions. Mais lors de cet entre-deux tours, je n’ai voulu ni marchandage, ni tractations. Les primaires doivent être pures. C’est ma conception de la politique.

Le fait d’être une femme, est-ce vraiment un argument de campagne ?

Non, je ne le mets pas en avant comme un argument. Jamais. Je n’affirme pas : « Je suis une femme, élisez moi. » Mais je pense qu’une femme présidente de la République serait un symbole important pour les Françaises. Parce qu’elles pourront enfin se dire qu’ il n’y a plus aucun poste qui leur est interdit. J’ai d’ailleurs déjà préparé la première loi qui imposera l’égalité dans les entreprises. Elles auront trois ans pour négocier et arriver à l’égalité salariale au même poste et pour briser le plafond de verre qui bloque les salariées dans leur carrière. Sinon, elles perdront leurs exonérations de charges sociales. Les droits des femmes ne sont jamais acquis. En me battant pour ces droits, j’ai traversé des périodes dures. Quand j’ai fait la loi de réforme de l’IVG pour accroître le délai d’avortement, j’ai été la cible d’attaques personnelles très violentes.

Les attaques de cette dernière semaine nuiront-elles au rassemblement, lundi matin ?

Il vaut mieux que la clarté se fasse avant qu’après. Ensuite, les Français choisiront, c’est la démocratie. François Hollande a d’abord expliqué qu’il n’augmenterait pas les moyens de l’Education, puis qu’il le ferait, puis finalement non. Les Français ont besoin de clarté et, moi, je n’ai pas besoin de changer mes propositions entre les deux tours. C’est pour cela que j’insiste sur le caractère et la volonté. Parce qu’il va en falloir ans dans cette période de crise où il faudra tenir fermement la barre. Tout ce que j’ai fait dans ma vie me donne aujourd’hui la solidité et la conviction pour le faire.
 

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