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Propos recueillis par Maud Pierron

Vous êtes remontés contre le sondage Harris Interactive publié ce week-end qui donne Marine Le Pen en tête au premier tour, pourquoi?
Les chiffres sont discutables. D’abord on ne connaît pas le chiffre brut de Marine Le Pen et comment il a été redressé. Selon les instituts, le score du FN est multiplié par 2 ou par 3 parce que les gens qu’ils votent pour le FN. Mais la référence du redressement, c’est Jean-Marie Le Pen. Pour Marine Le Pen, il n’y a pas de précédent. Ensuite, il s’agit d’un «échantillon issu d'un échantillon représentatif», précise le journal: on ne sait pas vraiment ce que c’est. Enfin,  l’institut ne donne pas la marge d’erreur. Or, dans un tel sondage, il est au minimum de 2%, et dans ce cas, cela change tout [il y a 2% de différence entre Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy et Martine Aubry].

Diriez-vous comme Benoît Hamon que ce type de sondage participe d’une manipulation de l’opinion?
On peut dire en tout cas que l’absence de transparence et de rigueur en matière de sondage sur ces questions fondamentales peut favoriser les manipulations d’opinion.

L’institut va refaire un sondage en testant cette fois François Hollande et DSK, c’est une bonne chose?
On ne pourra pas comparer les deux sondages tout simplement parce qu’il y aura un effet d’halo du premier sondage sur le second. Les réponses des sondés interrogés pour le second sondage seront conditionnées par le premier: les électeurs de gauche peuvent par exemple surréagir. On ne pourra rien dire de ce sondage qui va paraître comme on ne pouvait absolument pas déduire du premier sondage que Marine Le Pen serait en tête du premier tour.

Il y a une boulimie de sondage en France, à quatorze mois seulement de la présidentielle, c’est inquiétant?
On est parmi les champions du monde du sondage. On en fait en moyenne trois par jours et vingt par semaine. Mais l’excès de sondage peut avoir des effets délétères. C’est pourquoi il faut de la rigueur, de la sincérité et de la transparence. Des élus passent leur temps à ausculter les sondages et à se demander comment satisfaire l’opinion. Mais si la classe politique n’agit que comme ça, elle va devenir inintéressante. On ne peut pas vivre jusqu’à la présidentielle, en ayant les mêmes débats que ce week-end sur des sondages discutables et avec des accusations de manipulation. C’est pourquoi il est absolument indispensable que la proposition de loi que nous avons préparé avec le sénateur UMP Hugues Portelli, adoptée à l’unanimité au Sénat soit votée. Quand on voit les débats actuels, on ne peut pas nier qu’il y a un problème. Ce serait dans l’intérêt de tout le monde, des élus, de l’exécutif, des sondeurs, des Français. Ces débats, c’est le meilleur argument pour  faire adopter notre proposition de loi. La balle est dans le camp du gouvernement et de l’UMP qui doivent l’inscrire à l’ordre du jour à l’Assemblée.

Que préconisez-vous?
Nous voulons de la rigueur et de la transparence. Pour cela, les instituts seraient obligé de dire qui finance les sondages, de publier les questions telles que posées aux sondés, de donner la marge d’erreur pour chaque étude et enfin de dévoiler la méthode utilisée pour le redressement. On ne demande pas à ce que ces données soient publiées dans l’immédiat mais qu’elles soient transmises  la veille à la commission des sondages et que chacun puisse ensuite consulter les chiffres bruts. Les sondeurs nous disent: «ce sont nos secrets de fabrication» et de l’autre côté, ils nous disent qu’ils font de la science. Il faut savoir. S’ils font de la science, il faut avoir une attitude scientifique et mettre toutes les données sur la table.