Législatives: Le jour d’après au FN et le début de l'explication de texte entre frontistes

POLITIQUE Les élections législatives terminées, le parti va s’atteler à une « refondation » promise par sa présidente…

Anne-Laëtitia Béraud

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Les nouveaux députés FN Marine Le Pen et Bruno Bilde en conférence de presse à Hénin-Beaumont le 19 juin 2017

Les nouveaux députés FN Marine Le Pen et Bruno Bilde en conférence de presse à Hénin-Beaumont le 19 juin 2017 — DENIS CHARLET / AFP

  • A l'issue du second tour des élections législatives, huit députés Front national et apparentés ont été élus
  • Une «refondation», promise par sa présidente au soir de sa défaite à la présidentielle, va être engagée
  • Cette opération devrait être lancée dès mardi par un bureau politique du parti
  • Si la personne et la ligne de Florian Philippot, vice-président du parti, pourraient être critiqués, plusieurs chercheurs nuancent le «débat» à l'oeuvre au sein du FN

Huit candidats Front national et apparentés ont été élus au second tour des législatives dimanche. Les élections terminées sur un score diversement apprécié, le parti va se lancer dans une profonde « transformation », comme l’a annoncé Marine Le Pen au soir de sa défaite à l’élection présidentielle. Pour le parti frontiste, c’est désormais le jour d’après…

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Première étape de cette démarche avec la tenue d’un bureau politique du FN mardi. Suivront des « réunions de réflexion » durant l’été, a annoncé Marine Le Pen lundi lors d’une conférence de presse à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). « Ce débat, je vais l’organiser, je veux que nous puissions – et j’espère le faire d’ailleurs à la fin du mois de juillet — je souhaite qu’il y ait une forme de séminaire, avec des réunions de réflexion sur toute une série de sujets », a dit la présidente du FN élue députée dimanche dans le Pas-de-Calais. Ces « réflexions » doivent nourrir un congrès prévu au début de l’année 2018.

Le vice-président Florian Philippot et sa ligne visés

Quelle forme aurait cette « transformation » du parti ? Louis Aliot, vice-président du parti, a estimé sur RTL que l'« on doit transformer complètement l’appareil politique, le moderniser, mieux le professionnaliser et puis un certain nombre de fonctionnements devront changer. » Ces « changements » promis pourraient cibler la personne de Florian Philippot, vice-président du parti contesté depuis des mois, battu dimanche aux législatives en Moselle. L’homme, défenseur d’une ligne « sociale-souverainiste » « ni droite ni gauche », a l’oreille de Marine Le Pen depuis son accession à la présidence du FN. Jalousé, il est aussi critiqué sur sa ligne idéologique et son caractère supposément autoritaire.

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Dimanche soir, sa défaite a été commentée par le député européen Gilles Lebreton : « FN : 8 élus. Patriotes : 0 ». Une allusion acide à l’association « Les Patriotes », lancée par Florian Philippot durant la campagne pour les législatives et critiquée par Marine Le Pen.

Réélu de justesse dans le Gard, l’anti-Philippot Gilbert Collard a lui aussi fait référence au médiatique vice-président du FN : « Nous ne devons pas crier victoire parce que le Front national a pris un sacré coup dans la tête. Il va falloir maintenant réfléchir très sérieusement au fonctionnement du mouvement et à la manière dont on doit s’organiser », a-t-il dit.

Un « débat » en plusieurs étapes

« La défaite de Florian Philippot aux législatives risque de le marginaliser ainsi que ses idées au sein du FN », estime Sylvain Crépon, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Tours et spécialiste du FN. « Avec sa défaite et celles de ses proches, il n’est plus en position de force. Un rééquilibrage des pouvoirs au sein du parti est attendu puisque ceux qui ont gagné aux législatives ont gagné en poids dans l’organisation du FN qui reste très verticale », souligne Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Montpellier, spécialiste des partis politiques et des questions européennes.

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Mais la foire d’empoigne que certains frontistes affirment espérer dès mardi pourrait être finalement tiède, nuance Emmanuelle Reungoat. « Le parti a intérêt à ce qu’il y a une apparence de débat car cela donne du poids au discours qu’il y a une démocratie au sein du parti. Cependant, le parti est très vertical. Il n’y a pas de motions, pas de courants, pas de pluralisme. Le contrôle total du chef limite les contestations. Et c’est pourquoi la remise en cause de la ligne Florian Philippot n’est pas faite, parce que sa ligne fonctionne dans les urnes. Il y a une dynamique électorale depuis plusieurs années pour le FN, même si elle reste modeste comme hier en termes de sièges à l’Assemblée », ajoute l’universitaire.

Quelle opposition incarner à l’Assemblée ?

Autre enjeu plus immédiat : avec huit élus FN et apparentés à l’Assemblée nationale, quelle attitude le FN adoptera dans l’hémicycle d’ici les prochains jours ? « Le FN n’a pas de groupe parlementaire [15 élus minimum] qui pourrait lui garantir des moyens et une voix dans les commissions, mais il gagnera incontestablement une visibilité médiatique. Cependant, cette période qui s’ouvre n’est pas simple pour le FN, car il va devoir se pencher sur l’opposition qu’il veut incarner. Quelle est la plus value voulue par rapport aux élus des Républicains ? Veulent-ils faire de la "vraie" politique à l’Assemblée ou seulement l’utiliser comme une tribune, à l’image de ce qu’ils font au Parlement européen ? Et comment faire de la "vraie" politique sans apparaître dans le système ? » interroge Emmanuelle Reungoat.

« Voir comment les élus FN se comportent à l’Assemblée dans les prochaines semaines va être intéressant », pronostique l’enseignant-chercheur Sylvain Crépon. « On verra notamment s’ils se placent dans une opposition droitière, contestant aux Républicains de représenter l’opposition puisqu’un certain nombre de ses élus [LR] risquent de voter des mesures économiques de la majorité Macron », ajoute-t-il. A Hénin-Beaumont ce lundi, Marine Le Pen a estimé pouvoir constituer un groupe parlementaire « au cours des prochains mois », grâce à des alliances.