Résultats législatives: A quoi pourrait ressembler la future opposition à l'Assemblée?

CAMPAGNE Après la vague Macron au premier tour des législatives, les autres formations vont être à la peine pour représenter l'opposition, à moins que celle-ci ne descende dans la rue…

Anne-Laëtitia Béraud

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Paris le 7 juin 2011. Palais Bourbon. Illustration séance Assemblée nationale. Députés. Hémicycle. Ministres.

Paris le 7 juin 2011. Palais Bourbon. Illustration séance Assemblée nationale. Députés. Hémicycle. Ministres. — ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

Comment incarner face à la vague Macron une opposition crédible à l’Assemblée nationale ? Au premier tour des élections législatives, les formations adversaires à La République en marche (LREM) ont connu des douches froides voire des défaites cuisantes. L a gauche socialiste a le plus perdu dimanche, quand Les Républicains (LR) ont vu fondre l’espoir de constituer une majorité relative. Le Front national et la France insoumise obtiennent tous deux des scores médiocres après la présidentielle de mai. Pour ces formations, comment relever le gant ?

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Une droite concurrencée par LREM

Face à LREM et son allié MoDem qui pourraient rafler entre 400 et 450 sièges sur un total de 577 à l’Assemblée nationale le 18 juin, la droite est mal en point. Les Républicains-UDI-Divers droite peuvent espérer gagner une grosse centaine d’élusselon les projections des instituts de sondages. Et le défi sera grand pour incarner une opposition crédible, alors que plusieurs élus de droite ont rejoint le président ou s’affichent « Macron-compatibles ».

« La droite a fait l’erreur stratégique de revenir en arrière sur le programme que François Fillon disait "radical". A l’Assemblée, elle aura peu de marge de manœuvre sur le terrain économique, car son programme libéral mou se rapproche de celui de La République en marche », analyse Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS et chercheur au Cevipof. « Même chose pour la sécurité, qui constitue un consensus politique aujourd’hui. Lui reste le terrain sociétal, où ses députés apparaîtront conservateurs en se prononçant sur des lois concernant la fin de vie, la procréation médicale, la laïcité… ».

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Une gauche presque inaudible

Au Parti socialiste, la situation vire à la catastrophe. Selon les projections, le PS, les radicaux de gauche, les écologistes d’EELV et les Divers gauche pourraient gagner 15 à 30 sièges au second tour. Un score inférieur à la défaite historique de 1993, quand la gauche avait obtenu 57 sièges. « Comme à droite, il y a eu à gauche trop de personnalités, pas assez d’idées et un message brouillé par le positionnement de Benoît Hamon. Les plus vieux comme la garde montante du PS, à l’instar de Najat Vallaud-Belkacem ou Matthias Fekl, sont en difficulté voire balayés. Il va leur falloir reconstruire une offre politique alternative à celle de LREM, et avec des idées… ce qui ne sera pas simple car leur électorat a été attiré par Macron », analyse Luc Rouban.

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Comme pour le Front national, la dynamique de la présidentielle n’a pas tenu pour la France insoumise (FI). La formation menée par Jean-Luc Mélenchon et le PCF pourraient gagner 10 à 23 sièges, quand le Front national obtiendrait 1 à 10 sièges. « La question de la constitution d’un groupe parlementaire, d’au moins 15 élus est vitale. Sans lui, pas de voix, ni de moyens à l’Assemblée nationale », rappelle Luc Rouban. « Elu sans groupe parlementaire, on ne vous donnera la parole qu’une fois tous les deux mois », précise-t-il.

Une contestation dans la rue ?

Les élus isolés seraient ainsi « condamnés à l’imprécation individuelle en dehors de l’hémicycle, aux trajectoires solitaires qui à mon avis ne portent pas beaucoup. Cela fonctionne au coup par coup, mais il manque un appareil pour relayer les propos du député sur le terrain », précise le chercheur au Cevipof.

Si l’opposition ne vit pas dans un hémicycle où tous les députés « bourgeois, diplômés et urbains » se ressemblent, souligne Luc Rouban, la contestation se portera peut-être dans la rue. « Il y aura très probablement une contestation dans la rue d’un électorat politisé, par exemple du noyau dur de France insoumise ou de syndicats contestataires. Des positions virulentes peuvent déboucher sur des manifestations. C’est aussi une soupape de sécurité, comme peuvent l’être les médias ou les réseaux sociaux », ajoute-t-il.

Une « opposition » venant des rangs de LREM ?

« LREM et son groupe parlementaire pléthorique va connaître des difficultés, notamment pratiques », prévoit le politologue Eddy Fougier. « Il y a beaucoup de novices élus et cela ne sera pas simple de gérer les petits nouveaux. L’exercice du pouvoir peut aussi conduire à l’émergence de courants, de voix divergentes parmi ces députés », complète le chercheur. Bref, pas « d’opposition » constituée en vue dans les rangs de la majorité, mais des « voix » que le parti devra savoir gérer…