Emmanuel Macron veut analyser un à un les postes de direction de la fonction publique.
Emmanuel Macron veut analyser un à un les postes de direction de la fonction publique. - Michael Kappeler/AP/SIPA
  • 250 postes vont être examinés un à un dans les mois qui viennent
  • Ils concernent «les principaux patrons d'administration centrale» selon le président

Emmanuel Macron a la fonction publique dans le viseur. Le président de la République a déclaré vouloir changer ou confirmer « l’intégralité des postes de direction de la fonction publique. »Dans une interview publiée dans Acteurs publics, il révèle que cette « mise sous tension » concerne 250 emplois « pourvus en conseil des ministres. »

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Une politisation assumée

Un procédé fréquent selon Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS. « Ce genre de rotations intervient à chaque début de quinquennat. Emmanuel Macron choisit de privilégier les hauts fonctionnaires qui partagent ses visions. La Constitution permet d’ailleurs la libre nomination des préfets, des directeurs administratifs centraux… »

Jeudi, à la sortie du premier conseil des ministres, Christophe Castaner se défendait de toute mauvaise intention. « Est-ce que nous avons des têtes de gens qui faisons des chasses aux sorcières ? ». Seule différence pour Luc Rouban : la transparence. « Cette politisation est aujourd’hui assumée. »

Le précédent président de la République avait pourtant choisi de s’en passer. « Il y a cinq ans, François Hollande n’avait pas souhaité faire la chasse aux sorcières des personnes nommées sous Nicolas Sarkozy. C’est tout à son honneur. Mais aujourd’hui, Emmanuel Macron apprend des erreurs de ses prédécesseurs. Il ne veut pas d’un début de quinquennat trop lent, comme ce fut le cas pour François Hollande », analyse Jean-Michel Eymeri-Douzans, professeur à Sciences Po Toulouse et co-auteur du Règne des entourages. Le précédent président avait tout de même, à son arrivée, poussé vers la sortie Bernard Squarcini, chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en raison de sa proximité avec Nicolas Sarkozy.

« Mettre un grand coup de pied dans la fourmilière »

La démarche rappelle le « spoil system » qui est d’usage aux Etats-Unis. Mais Luc Rouban insiste toutefois sur les compétences des personnes nommées à ces postes. « En France, les personnes choisies ont toujours de l’expertise. Ce sont des gens qui connaissent leurs dossiers en plus de partager les vues du président. Aux Etats-Unis, ce sont des gens qui viennent de l’extérieur et qui n’ont jamais fait partie de cabinets ministériels. »

Jean-Michel Eymeri-Douzans, lui, rappelle l’ampleur du « spoil system » aux Etats-Unis. « Là-bas, ce procédé concerne 6.000 personnes, il requiert plusieurs mois parfois ainsi qu’un vote du Sénat. Difficile de faire un parallèle avec ce qui se passe en France. » Tous les emplois de la fonction publique ne sont toutefois pas politisés. La purge ne concernerait qu’une partie de l’administration. « Vous imaginez bien que la direction des phares et des balises n’a pas besoin d’être politisée », sourit Luc Rouban.

Pour recruter, Emmanuel Macron a déclaré vouloir faire appel aux « talents venus du secteur privé. » « La ministre du travail est une professionnelle de la gestion des ressources humaines. Ce poste lui permettra de rebondir pour accéder à des postes encore plus hauts, au niveau mondial », estime un ancien ministre du gouvernement Raffarin. Mais difficile de convaincre les acteurs du privé de rejoindre le public selon Luc Rouban. « Les rémunérations ne sont pas les mêmes et il faut pouvoir retrouver un poste après cette expérience dans le public. »

« En tout cas, ça permettrait de donner un grand coup de pied dans la fourmilière », poursuit l’ancien membre du gouvernement Raffarin. « Cela va leur faire du bien. Ce sont des gens qui ont l’habitude de se partager les postes disponibles pour les 25 ans à venir dès leur passage à l’ENA. »

S’assurer des soutiens

Passer en revue chacun des directeurs d’administration permettrait au nouveau président de s’assurer une assise peu importe le résultat de La République en marche aux législatives. « Le fait qu’il ait une majorité confortable n’est pas l’hypothèse la plus probable. Il doit également faire avec un gouvernement composite. Voilà deux difficultés pour lui. Valider les directeurs d’administration de François Bayrou ou de Nicolas Hulot, ça rend plus facile certaines formes de contrôle politique et lui donnerait plus de pouvoir », explique Jean-Michel Eymeri-Douzans.

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Cette décision permet aussi à Emmanuel Macron de diminuer la taille des cabinets ministériels. Un décret du président, publié ce vendredi au Journal officiel, limite à dix le nombre de collaborateurs du cabinet d’un ministre. Il précise également que leur nomination est faite par décret après avoir été soumise au Premier ministre.

« Ça évite les gros cabinets avec de gros conseillers qui veulent chacun prendre de plus en plus d’importance. » Le spécialiste dit ne se faire aucun souci pour la carrière de ceux qui se feraient évincer. « Qu’on se rassure, ils ont tous un parachute plus que confortable. »

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