Après la défaite de Marine Le Pen à la présidentielle, le Front national semble tanguer

CAMPAGNE Retrait de Marion Maréchal-Le Pen, création d’une association par Florian Philippot et absence de Marine Le Pen, le FN semble tanguer en ce début mai…

Anne-Laëtitia Béraud

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Marine Le Pen, candidate FN à la présidentielle, dans la foule après sa défaite à cette élection, le 7 mai 2017 à Paris.

Marine Le Pen, candidate FN à la présidentielle, dans la foule après sa défaite à cette élection, le 7 mai 2017 à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

  • Après des résultats jugés décevants à la présidentielle, Marine Le Pen a depuis lors réservé sa parole, quand sa nièce, la députée FN Marion Maréchal-Le Pen, a annoncé son retrait de la vie politique.
  • Le vice-président du parti Florian Philippot vient de créer une association, une initiative critiquée, notamment par l'autre vice-président du FN Louis Aliot.
  • En interne, des frontistes expliquent leur désarroi, et le chercheur Sylvain Crépon estime que la ligne sociale-souverainiste de Florian Philippot est remise en cause. 

La présidentielle perdue semble laisser un goût amer au Front national. Depuis le 7 mai et les trois minutes de discours de défaite Marine Le Pen, le parti semble connaître un épisode de houle. L’ex-candidate a disparu des radars, Steeve Briois annonçant lundi sur Twitter qu’elle reprend la présidence du parti.

Sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, égérie des rangs nationalistes-catholiques, a annoncé le 9 mai son retrait de la vie politique. Quant à Florian Philippot, le vice-président du FN qui incarne la ligne sociale-souverainiste, il a annoncé le 11 mai son retrait du Front national si la question de la sortie de l’euro était abandonnée.

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Lundi, la création de son association Les Patriotes, au sein du FN, a été critiquée par nombre de responsables FN, dont Louis Aliot et Pascal Gannat, chef du groupe FN au Conseil régional Pays-de-la-Loire. Auprès du Figaro, Gilbert Collard raille l’ego supposé de Florian Philippot: « Dans le contexte actuel, on ferait mieux de créer une association pour gagner les législatives », a confié le député RBM.

Un ange passe

Du côté du parti, « tout va bien », tient à préciser Bertrand Dutheil de la Rochère, conseiller régional Ile-de-France et membre du comité de la campagne de Marine Le Pen. « On est beaucoup plus uni que dans les autres partis aujourd'hui», se félicite le conseiller de Marine Le Pen. Ce membre fondateur du Rassemblement bleu marine (RBM) « comprend » la création de l’association de Florian Philippot. « Il y a des sensibilités...S'il y a eu des critiques rudes à propos de l'association de Florian Philippot, la perspective reste la même pour tous : celle de créer une opposition cohérente et patriotique face à l’UMPS. » Bref, « la vie continue », résume-t-il.

En off, la mélodie du « tout va bien » prend des accents différents. « La fin de la campagne avec le débat a été catastrophique. Depuis, ce sont mauvaises nouvelles sur mauvaises nouvelles. Il y a plus simple pour faire campagne », déplore un frontiste. Un ancien proche se dit quant à lui déçu : « Marine Le Pen a affirmé mener le combat pour les législatives. Mais les bruits courent dans la presse qu’elle aurait pu abandonner dans la circo d’Hénin-Beaumont ! [la 11e circonscription du Pas-de-Calais] », faisant ici référence aux informations publiées dans La Voix du Nord ou le Canard enchaîné. Cependant, la présence de Marine Le Pen au 20h de TF1 jeudi laisse supposer que la présidente du FN va rempiler dans cette circonscription.

Lignes à trancher lors du prochain congrès du parti

« Cette succession d’événements révèle des choses qui étaient jusqu’alors en sourdine au parti. Il y a eu une grande déception à propos de la campagne de Marine Le Pen, alors qu’il y a quelques semaines, on annonçait qu'elle allait virer en tête au premier tour et faire 40 % au second », liste Sylvain Crépon, maître de conférences en science politique à l’université de Tours et membre du Laboratoire d’étude et de recherche sur l’action publique (LERAP). « A la déception se mêle une interrogation sur la stratégie et l’orientation idéologique de Florian Philippot, qui est tant détesté que jalousé. On réclame sa tête car on ne va pas remettre en cause le leadership de Marine Le Pen ».

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Les critiques se succèdent alors que les législatives, dans trois semaines, sont à fort enjeu. Un groupe parlementaire, soit 15 députés, signerait en effet le grand retour du FN à l'Assemblée nationale. «Les soubresauts au sein du FN sont normaux après la défaite avec un score FN en deçà des attentes », nuance enfin Sylvain Crépon. « Sur le moyen terme, cela ne va pas changer la donne au sein du parti, ni remettre en cause le statut de Marine Le Pen, même si une défaite aux législatives la fragiliserait. Sur le plus long terme, il va y avoir un questionnement sur la stratégie de Florian Philippot », conclut le chercheur. Rendez-vous donc au prochain congrès du FN, qui sera organisé à la fin de l’année ou au début de l’année 2018.