Législatives: Après l'alliance éphémère avec le FN, le parti de Nicolas Dupont-Aignan «aura beaucoup de mal à survivre»

POLITIQUE Le ralliement temporaire de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen a provoqué la division au sein de Debout la France et des démissions en cascade…

Anne-Laëtitia Béraud

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Nicolas Dupont-Aignan faisait visiter Yerres, sa commune, à la presse le 12 avril 2017.

Nicolas Dupont-Aignan faisait visiter Yerres, sa commune, à la presse le 12 avril 2017. — Jacques Witt/SIPA

  • Le soutien de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen durant l'entre-deux-tours continue de créer des divisions au sein de Debout la France (DLF), même si un congrès national du parti, samedi, a acté la fin de l'alliance
  • Des dirigeants qui ont récemment démissionné publient un communiqué ce mardi déplorant la «confusion» et l'«échec» en prévision des législatives de juin
  • Sur le terrain, des ex-candidats Debout la France expliquent pourquoi ils retirent leur candidature

Le soutien de Debout la France (DLF) au Front national durant l’entre-deux-tours est-il synonyme de baiser de la mort ? Depuis «l’accord de gouvernement » entre Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, le 28 avril, les démissions se succèdent à DLF. Moins d’un mois après, les deux partis ont pourtant enterré leur contrat pour les législatives. Chaque parti devrait ainsi avoir son candidat dans l’ensemble des circonscriptions, sauf quelques exceptions « au cas par cas », a précisé le député-maire de Yerres (Essonne). Le Front national a ainsi investi un candidat dans la 8e circonscription de l’Essonne face à Nicolas Dupont-Aignan, qui y est candidat à sa réélection.

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Au surlendemain d’un congrès national Debout la France actant la fin de l’alliance, Nicolas Dupont-Aignan a expliqué  lundi sur BFMTV/RMC : « Je préfère rester libre et présenter des candidats partout en France (…]. Le FN ne peut pas avoir le monopole de l’opposition. » Et ce, « pour que les Français aient le choix d’un patriotisme républicain de bon sens, différent du Front national, tel que je l’avais exprimé au premier tour de la présidentielle. » Promettant une « opposition constructive », il a souhaité : « Il faut reconstruire une offre qui rassemble des républicains, notamment les électeurs de droite trahis par les dirigeants Les Républicains, et faire l’union des droites. » Sur Europe 1 mercredi, il a enfoncé le clou, jurant ne s'être «jamais rallié au FN».

« Incohérence et échec »

Des mots qui n’ont pas jusqu’ici réconcilié les membres du parti souverainiste d’inspiration gaulliste. En s’alliant avec Marine Le Pen, « Nicolas Dupont-Aignan a rompu le lien de confiance qui l’unissait jusqu’alors à son parti », accusent plusieurs dirigeants de son parti Debout la France dans un communiqué mardi. Parmi les signataires figurent trois vice-présidents, Anne Boissel, Dominique Jamet, François Morvan et trois délégués nationaux, Hugues Maillot, Laurent Personne, Évelyne Thomas. « Dans ces conditions, la campagne des candidats » DLF aux législatives « est d’ores et déjà marquée du signe de l’incompréhension, de l’incohérence et de l’échec », prédisent-ils.

Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen lors d'une conférence de presse en commun pour annoncer leur alliance à Paris, le 29 avril.
Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen lors d'une conférence de presse en commun pour annoncer leur alliance à Paris, le 29 avril. - Michel Euler/AP/SIPA

Sur le terrain, la fracture s’exprime notamment par des retraits. Jean-Pierre Enjalbert, l’un des fondateurs de Debout la France et maire de Saint-Prix (Val d’Oise) retire sa candidature dans la 4e circonscription de ce département : « Cette candidature n’est plus possible car notre position a été entachée. Nous ne sommes plus audibles dans ce contexte. La confusion est totale. Il faudra des semaines, voire des mois de discussion pour nous refaire une virginité », explique ce mardi à 20 Minutes le délégué national Debout la France à la transition environnementale. Jean-Pierre Enjalbert n’a pas encore officiellement démissionné du parti, « le temps de voir si on peut rétablir notre ligne "ni système-ni extrêmes" » et « pour ne pas rompre le cordon avec les électeurs qui ont voté pour nous le 23 avril ». Mais reste cette interrogation : « Était-ce à nous, à ceux qui suivent notre ligne, d’abandonner le navire ? Il eut été préférable que le président du mouvement se mette en retrait, voire quitte cette présidence, au moins le temps de la campagne des législatives. »

« Le parti aura beaucoup de mal à survivre à cela »

Même déception pour le candidat de Debout la France aux élections législatives pour la 2e circonscription de la Manche, Olivier Pjanic, qui a annoncé vendredi le retrait de sa candidature. Le maire de Notre-Dame-de-Livoye explique à 20 Minutes ce mardi : « Je ne voulais pas de ce rapprochement. On a toujours combattu le FN car on n’a pas la même histoire, pas la même arrière-boutique ni les apparatchiks, même s’il y a eu des points communs sur le programme présidentiel », détaille Olivier Pjanic. L’homme, qui vient de démissionner de son poste de secrétaire départemental DLF se met en retrait de son parti. « J’ai payé ma cotisation et c’est pourquoi aujourd’hui je suis toujours adhérent. Au moment du renouvellement [de la carte d’adhérent], on verra ».

Quant au futur de du parti, c’est l’interrogation. « Le parti aura beaucoup de mal à survivre à cela. Certains ont claqué la porte après le soutien de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen. Mais il y a aujourd’hui une deuxième vague de ceux qui sont déçus que Nicolas Dupont-Aignan ne soit pas allé assez loin », dit-il en citant Maxime Thiebaut, délégué national qui a, lui, rallié mardi le Front national et « Les Patriotes », une association fondée par Florian Philippot, vice-président du FN.

Contactés par 20 Minutes, ni Nicolas Dupont-Aignan, ni Laurent Jacobelli, secrétaire général adjoint de Debout la France et porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan, n’ont souhaité s’exprimer.