Emmanuel Macron à la mairie de Paris, le 14 mai 2017.AFP PHOTO / POOL / CHARLES PLATIAU
Emmanuel Macron à la mairie de Paris, le 14 mai 2017.AFP PHOTO / POOL / CHARLES PLATIAU - AFP
  • Emmanuel Macron suscite un enthousiasme supérieur à celui de ses prédécesseurs au début de leur quinquennat
  • Son attitude lors des cérémonies officielles a été jugée très positivement
  • Il incarne un renouveau à l’heure où les Français doutent des hommes politiques

Des éditoriaux élogieux dans la presse, des documentaires flatteurs sur son ascension au pouvoir, une passation de pouvoir commentée avec emphase par les chaînes de télévision, des jugements laudateurs d’observateurs de la vie politique, des sondages positifs sur les premières mesures promises lors de son quinquennat… Depuis son élection le 7 mai dernier, le nouveau président de la République semble jouir d’un certain état de grâce.

« Il y a toujours une suspension des hostilités au lendemain d’une élection présidentielle », explique l’historien Fabrice d’Almeida. « Après chaque élection, les médias sont légitimistes et considèrent que le peuple a tranché », renchérit Patrick Eveno, historien des médias. Et les cérémonies auquel Emmanuel Macron a participé la semaine dernière (les commémorations du 8 mai, la commémoration en souvenir de l’abolition de l’esclavage et la passation de pouvoirs entre lui et François Hollande) semblent avoir renforcé l’intérêt qu’on lui porte. «  La passation de pouvoirs, c’est un peu comme le couronnement de la reine Elisabeth. La communauté nationale se réunit autour de ce rite républicain, qui ressemble à une sorte de sacre », estime Patrick Eveno. « C’est l’effet "joyeux avènement" dont ont bénéficié presque tous les présidents français », souligne aussi Fabrice d’Almeida.

Un sans-faute les premiers jours après son élection

Reste que ses prédécesseurs n’avaient pas suscité un tel enthousiasme, comme le souligne le spécialiste d’histoire politique, Jean Garrigues : « Il y a eu consensus autour de la réussite de cette séquence politique. Car il n’a pas commis de faute, contrairement à ses deux prédécesseurs. Il faut se souvenir qu’après son élection, Nicolas Sarkozy avait commis l’erreur du Fouquet’s et avait donné l’impression de privatiser la cérémonie de la passation en mettant en scène de manière excessive sa famille. Quant à François Hollande, il n’avait pas raccompagné Nicolas Sarkozy jusqu’à sa voiture lors de la passation de pouvoirs, lui avait même tourné le dos et avait rendu hommage à tous ses prédécesseurs dans son discours d’investiture, sauf à lui », rappelle-t-il.

Et alors que François Hollande voulait incarner un « président normal » au début de son quinquennat, Emmanuel Macron « a voulu renouer avec la solennité du rituel de la monarchie républicaine », poursuit Jean Garrigues. D’où la mise en scène très soignée au Louvre, le soir de sa victoire, qui rappelait Mitterrand. Et sa remontée des Champs-Elysées au bord d’un 4X4 militaire ce dimanche… Un classicisme visiblement bien perçu par les Français et les observateurs de la vie politique…

« Certains voient en lui un repoussoir du déclinisme »

Si le président de la République jouit pour l’instant d’un traitement positif dans l’opinion, c’est aussi qu’il semble porteur d’un souffle : « Il incarne la nouveauté, la volonté de casser les codes et cela suscite la curiosité », indique Patrick Eveno. « ll apparaît comme une "divine surprise", car il a été capable de déjouer tous les pronostics. Et cet effet de nouveauté joue à plein pour les médias », estime Fabrice d’Almeida.

Outre le coup de jeune qu’il donne à la présidence, Emmanuel Macron semble aussi incarner l’espoir pour beaucoup, d’autant qu’il succède à François Hollande  dont la cote de confiance était très basse en fin de quinquennat. : « il prend ses fonctions à un moment où la crise de confiance vis-à-vis des politiques est très forte. Certains voient en lui un repoussoir du déclinisme, un rayon de soleil dans cette grisaille politique. Et cet état de grâce semble encore amplifier par la sympathie qu’il inspire à l’international, comme on a pu le constater avec le soutien que lui a apporté Barack Obama », souligne Jean Garrigues.

Les médias ne sont pas encore critiques…

Si Emmanuel Macron n’est pas encore égratigné par la plupart des médias, c’est aussi que son positionnement « ni à droite ni à gauche » déstabilise les médias d’opinion : « Il bénéficie en effet pour l’instant d’une certaine neutralité de la part de la presse la plus partisane », constate Jean Garrigues. « D’autant que les journaux d’opinion suivent leurs lecteurs. Or, une partie de ceux de Libération ou du Figaro par exemple, ont voté pour lui et ne se situent pas, pour l’heure dans l’opposition », ajoute Fabrice d’Almeida.

Par ailleurs, la plupart des médias ont exploité le filon du storytelling : « Tous les portraits de lui font appel au romanesque, y compris dans l’évocation de son couple atypique », souligne Jean Garrigues. Et le registre du sentimental est dûment exploité, même par les observateurs avisés de la vie politique. Exemple avec l’interview de Frédéric Mitterrand dans le Figaro où ce dernier déclare : «  la France va être amoureuse de Macron ».

Les lendemains qui vont déchanter ?

Mais toutes les lunes de miel ont une fin, comme le rappelle Patrick Eveno : « les critiques de Le Pen et Mélenchon vont se faire de plus en plus entendre lors de la campagne des législatives et seront suivies par celles des médias », prévient-il. « Il va devoir transformer cette idylle avec les Français en amour plus durable. Mais les séquences politiques vont l’exposer à davantage de coups de griffe », prédit Jean Garrigues. « Tout ce qui a été jugé positif chez lui (sa jeunesse, son positionnement politique…) pourrait finalement être critiqué », indique Fabrice d’Almeida.

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