Attentat sur les Champs-Elysées: «On peut s’attendre à un surcroît de participation dimanche», estime Bruno Cautrès

INTERVIEW Le politologue du Cevipof revient pour « 20 Minutes » sur l’impact de l’attentat sur les Champs-Elysée dans la campagne présidentielle…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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La police sécurise les Champs-Elysées théâtre d'un attentat terroriste le 20 avril 2017.

La police sécurise les Champs-Elysées théâtre d'un attentat terroriste le 20 avril 2017. — THOMAS SAMSON / AFP

Au lendemain de l’attaque sur les Champs-Elysées qui a causé la mort d’un policier, le politologue Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et membre du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), analyse l’impact éventuel que peut avoir un acte terroriste sur une élection.

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Est-ce qu’à deux jours du vote, l’attentat du 20 avril peut influer sur ce scrutin présidentiel ?

Quelques sondeurs ont travaillé sur des données depuis que l’attentat est intervenu. On voit un petit effet favorable à François Fillon et Marine Le Pen, mais comme le premier était déjà en train de remonter, il est difficile de faire la part des choses entre ce qui est une dynamique de remobilisation du camp Fillon et la conséquence de l’attentat. D'un point de vue purement théorique, nous savons que lorsqu’il y a des menaces ou des actes terroristes, l’opinion s’oriente vers les candidats qui parlent le plus de ces thématiques, bien sûr. Mais de là à imaginer que cela crée une bascule ou cristallise les électorats à l’avant-veille, je serais très prudent. Des dynamiques étaient déjà en cours.

Le parallèle est possible avec la campagne de 2002, marquée par la tuerie de Nanterre et l’affaire Paul Voise ?

On parle beaucoup de 2002, mais la comparaison est un peu fallacieuse : à l’époque, l’insécurité était de nature plus traditionnelle, et le passage de Jean-Marie Le Pen au second tour constituait une surprise. Aujourd’hui, l’insécurité est de nature terroriste et la chronique d’une Marine Le Pen au second tour a été largement annoncée. Ce n’est pas du tout le même contexte.

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Y a-t-il des exemples de scrutins à l’étranger influencés par un attentat, comme en Espagne, au Royaume-Uni ou en Israël ?

Il y avait eu un effet majeur en Espagne pour les législatives de 2004, trois jours après l’attentat de Madrid… parce que le gouvernement avait menti en l’attribuant d’abord à l’ETA, alors que c’était Al-Qaïda. Il y avait eu un vote sanction contre le Parti populaire (droite) au bénéfice du Parti socialiste espagnol. Mais l’acte terroriste en lui-même n’avait pas influé. Au Royaume-Uni, l’assassinat de la députée Jo Cox n’a pas non plus changé le vote britannique en faveur du Brexit une semaine après.

Il n’y a donc pas d’impact massif du terrorisme sur l’électorat ?

La décision de voter a plusieurs facettes qui vont combiner des dispositions de long terme. Ceux qui ont déjà choisi ne seront pas influencés par ce qu’il s’est passé, parce qu’ils étaient déjà convaincus par l’agenda politique de leur candidat. Par contre, un électeur un peu perdu dans cette campagne, indécis, pour qui la politique semble éloignée, est plus susceptible d’être influencé par l’idée qu’il faut, par exemple, des personnes d’expérience au pouvoir pour ce genre de situation. Un raisonnement qui pourrait favoriser François Fillon d’ailleurs, qui combine l’expérience de Premier ministre, la constance dans le discours vertical et le style personnel très sombre. Mais aussi Emmanuel Macron, qui a été ministre jusqu’à récemment.

La participation est-elle en hausse dans ce type de situation ?

Nous avons observé en sociologie électorale, lors des guerres en Irak par exemple, un phénomène que les Américains appellent « le ralliement autour du drapeau ». Quand la menace porte sur le pays et la communauté nationale, les gens tendent à faire bloc. Mais est-ce que cela peut jouer dans la compétition présidentielle française, avec autant de candidats, après une campagne marquée par autant de défiance ? Ce n’est pas évident, mais on peut s’attendre à un petit surcroît de participation. En revanche, l’effet contraire, des gens qui décident de rester chez eux dimanche à cause de la menace terroriste, n’est pas attendu.

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Est-ce que la sécurité peut remplacer le renouvellement de la classe politique comme thème de campagne ?

Si on avait un nouvel attentat, commis ou déjoué, pendant cette période, on pourrait avoir - on n’en est pas là - un glissement de l’interprétation faite par les électeurs de cette élection. L’opinion pourrait dire « tournons la page des affaires et revenons dans un moment Charlie ». Mais la thématique « dégagiste » a été suffisamment puissante pour que le fait qu’elle soit annulée nécessite qu’il y ait au moins un autre drame.

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