Les 11 candidats à l'élection présidentielle sur le plateau de l'émission "15 minutes pour convaincre" en direct sur France 2, le 20 avril 2017.
Les 11 candidats à l'élection présidentielle sur le plateau de l'émission "15 minutes pour convaincre" en direct sur France 2, le 20 avril 2017. - Martin BUREAU / POOL / AFP
  • Plusieurs candidats ont annulé des rendez-vous ce vendredi
  • Mais la politique n’est jamais bien loin et reprend vite le dessus
  • Les médias ont une part de responsabilité

Comment réagir après la mort d’un policier à Paris, visé par une attaque à caractère terroriste ? A cette question, François Fillon a apporté une réponse claire lors de son passage sur France 2 jeudi soir : « Il n’y a pas lieu de poursuivre (…) une campagne électorale. » Dans la foulée, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont décidé d’annuler leurs rendez-vous de vendredi.

Pour autant, la campagne est-elle vraiment suspendue à deux jours du premier tour ? Plusieurs arguments viennent fissurer cette hypothèse, et d’abord le fait que tous les candidats n’ont pas modifié leur planning. Jeudi soir, Jean-Luc Mélenchon a appelé à « ne pas interrompre le processus de démocratie ». Ce vendredi, François Asselineau a annoncé qu’il tiendrait bien son meeting de clôture, et Benoît Hamon a décidé de ne pas bouleverser son agenda :

La politique, encore et toujours

La campagne continue donc malgré tout… même pour François Fillon. Le candidat des Républicains a rendu hommage aux forces de l’ordre, avant de faire de la politique en rappelant ses propositions : « Voilà plusieurs années que j’affirme que nous sommes confrontés à un totalitarisme islamique (…) Je n’ai cessé d’alerter mes compatriotes (…) certains n’ont semble-t-il pas encore totalement pris la mesure du mal qui nous agresse et que pour ma part j’entends combattre d’une main de fer (…) Je maintiendrai l’état d’urgence et le contrôle aux frontières. »

Même démarche pour Marine Le Pen, qui a fait une déclaration ce 21 avril : « A ce président [François Hollande, ndlr] notoirement défaillant (…) je ne demande que l’ultime sursaut avant de quitter le pouvoir. Je lui demande d’ordonner la restauration effective des frontières en vertu du traité de Schengen et le traitement administratif ou pénal de tous les fichés S. »

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Pour Alexandre Eyries, chercheur en communication politique à l'université de Bourgogne Franche-Comté, l’ancien Premier ministre et la candidate FN jouent un double jeu. « Officiellement on arrête la campagne, mais avec des déclarations à forte audience, reprises par les médias et diffusées sur les réseaux sociaux, on continue à influencer les citoyens », analyse-t-il.

Des candidats sous pression

Ces deux prétendants à l’Elysée ne sont pas les seuls dont la communication interpelle les spécialistes. Pour Laurent Rossini, co-fondateur de l’agence de communication en politique Plebiscit, « le fait qu’Emmanuel Macron annule ses déplacements après avoir affirmé qu’il continuait sa campagne n’est pas très clair. Cela peut renforcer les attaques de ses détracteurs sur son côté versatile ».

Une fébrilité qui s’explique facilement selon Alexandre Eyries : « Pour chaque candidat, il y a une contradiction très forte entre l’intérêt supérieur de la Nation et l’intérêt supérieur de soi-même.  La plus haute fonction de l’Etat, c’est le rêve de ces politiques. L’enjeu est tellement fort, personne ne va prendre le risque de reporter la campagne ou d’observer un silence médiatique. »

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Une faute médiatique ?

Des médias qui jouent aussi un rôle dans cette vraie-fausse suspension de campagne. « Tout le monde surjoue et surréagit, affirme Dominique Wolton, sociologue des médias. On se demande quel est l’enjeu de la démonstration. Il y a une forme d’excitation et d’angoisse mêlées. Il faut revenir à un peu plus de mesure. » Pour Laurent Rossini, si le temps politique avait vraiment suspendu son vol, « il faudrait que les médias ne relaient pas les déclarations, n’aillent pas aux conférences de presse ».

Une diète médiatique qui va de toute façon devenir réalité ce vendredi à minuit. Le Conseil constitutionnel a en effet rappelé les règles strictes qui s’appliqueront ce week-end : la diffusion de « tout message ayant le caractère de propagande électorale » est strictement interdite…et ce, même sur Internet.

 

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