Illustration des 11 candidats à l'élection présidentielle le 23 avril 2017.
Illustration des 11 candidats à l'élection présidentielle le 23 avril 2017. - IBO/CHAMUSSY/NICOLAS MESSYASZ/TARDIVON JEAN CHRISTOPHE/SIPA

Le directeur de la DGSI le confessait en mai dernier. « Je crains cent fois plus la radicalisation que le terrorisme ». Devant les députés de la Commission de la défense nationale et des forces armées, Patrick Calvar avouait sans complexe son inquiétude. « Avec le terrorisme, nous prendrons des coups mais nous saurons faire face - nous avons connu des événements très graves tout au long de l’histoire. Mais cette radicalisation rampante qui va bouleverser les équilibres profonds de la société est à mes yeux beaucoup plus grave. » Il faut dire qu’une partie des auteurs des récentes attaques terroristes s’est radicalisée en France, sans jamais se rendre en Irak ou en Syrie. Dès lors, comment lutter contre ce phénomène ?

« Les candidats misent sur la répression »

Les candidats à l’élection présidentielle ne regorgent visiblement pas d’idée sur la question, préférant orienter leurs propositions sur la lutte contre le terrorisme. « A droite comme à gauche, on considère qu’il faut axer sur le sécuritaire pour aller à l’encontre de la politique de Hollande qui a accentué ses mesures sur la prévention et qui ont objectivement été un véritable flop », explique à 20 Minutes Samir Amghar, sociologue, spécialiste du salafisme et de l’orthodoxie en islam, chercheur à l’European Foundation for Democracy. « Les candidats misent sur la répression pour marquer une rupture avec le gouvernement et d’un point de vue politique ça raisonne plus auprès des électeurs. »

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Deux mesures se dégagent des propositions formulées des onze candidats à l’élection présidentielle. La première consiste à autoriser, après la fin de l’état d’urgence, la fermeture des mosquées où est prêché un islam radical. Une mesure inscrite principalement dans les programmes des candidats classés à droite, comme François Fillon (LR), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) ou Marine Le Pen (FN).

Enfermer les individus qui représentent un danger

L’autre grande proposition des candidats consiste à enfermer les individus considérés comme dangereux de façon plus ou moins préventive, en prison ou dans des centres de déradicalisation. Marine Le Pen suggère ainsi de « placer en détention préventive tout individu de nationalité française en lien avec une organisation étrangère suscitant des actes d’hostilité ou d’agression contre la France et les Français ». Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) propose également « le placement en centre fermé de tout national ayant des “connexions directes ou indirectes” avec un groupe terroriste ».

Nicolas Dupont-Aignan plaide aussi pour la création d’« établissements pénitentiaires éloignés » sur les îles Kerguelen (elles se trouvent ici, au sud de l’océan Indien) afin d’y envoyer les personnes revenant d’Irak ou de Syrie tenir compagnie aux manchots. Emmanuel Macron prône la création de « centres fermés de petite taille spécifiquement dédiés à recevoir des personnes radicalisées ». « Des activités obligatoires seront imposées pour que les détenus se resocialisent. Ils rencontreront des repentis, et des personnes extérieures professionnelles dans leur domaine interviendront pour leur démontrer qu’une autre vie est possible après une vie de radicalisation ou de djihadisme », explique le candidat d’En Marche !. François Fillon, de son côté, mise sur la création de centres pour prendre en charge « les revenants » inutile.

Benoît Hamon reste vague sur le sujet. Et Jean-Luc Mélenchon ne propose rien de concret. Le candidat de La France insoumise se contente d’expliquer qu’il faut « améliorer la prévention en engageant une stratégie politique pour renforcer les anticorps républicains et supprimer le terreau des communautarismes par plus de République, de laïcité, d’éducation, de justice sociale et d’implication citoyenne ».

« Jean-Luc Mélenchon utilise le mot “anticorps”, c’est très fort et c’est très révélateur de la perception des politiques qui luttent contre la radicalisation comme s’il s’agissait d’une maladie. Ça se retrouve également dans la volonté de mettre en place des centres fermés : on les met en quarantaine, on les expulse sur des îles isolées mais il n’y a pas de mesure à long terme proposées », souligne Samir Amghar. Et le sociologue d’ajouter : « Globalement, ces propositions dénotent d’une méconnaissance de la problématique de la radicalisation. Elles étaient peut-être valables il y a encore cinq ans, mais plus maintenant. »

« Il faut repolitiser la question »

A gauche de la gauche, on estime que l’émergence du phénomène est lié à la politique extérieure de la France. « Depuis plus de quinze ans, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, les grandes puissances n’ont cessé d’intervenir en Afghanistan et en Irak, puis en Syrie et au Sahel. Ils ont transformé des régions entières en champs de ruines, attisant le chaos et permettant au terrorisme de prospérer sur la dévastation dont ils sont responsables », affirme ainsi Nathalie Artaud (LO). Ces guerres « engendrent [le terrorisme] en poussant des jeunes, que la misère créée par l’exploitation des richesses de leurs pays et les bombardements laissent sans espoir, dans les bras des chefs de guerre ou de sectes religieuses », estime Philippe Poutou (NPA).

Un point de vue pas si absurde, selon Samir Amghar « Il faut repolitiliser la question de la radicalisation et acter que la France a une responsabilité dans le processus de radicalisation. Ce ne sont pas que des victimes dans un système sectaire, dit-il. Quand vous entendez un Kouachi ou un Coulibaly dire "qu’ils tuent par vengeance" ou revanche, cette violence ne vient pas de nulle part, il faut parler de la géopolitique ».

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En revanche, la palme de la mesure la plus invraisemblable pour lutter contre la radicalisation revient sans aucun doute à Jacques Cheminade qui propose très sérieusement d’interdire les jeux vidéo violents dont l’usage mène, selon lui, tout droit au terrorisme… François Asselineau (UPR), lui, ne semble pas très intéressé par la menace terroriste.

« On aurait pu imaginer, au vu du contexte international, que la problématique du djihadisme devienne un axe de cette campagne présidentielle, mais au regard d’autres sujets comme le chômage, l’exclusion, c’est une thématique qui est devenue secondaire, remarque Samir Amghar. Et ça se retrouve aussi dans les dispositions des candidats. Ces propositions n’ont rien de révolutionnaire, et pour les professionnels chargés de ce sujet, elles ne vont rien régler. »

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