Une votante à Lyon.Le 22 janvier 2017. Credit:KONRAD K./SIPA
Une votante à Lyon.Le 22 janvier 2017. Credit:KONRAD K./SIPA - SIPA
  • Le collectif Alter-votants met en relation des citoyens Français prêts à s’abstenir ou qui ne savent pas pour qui voter et des étrangers qui n’ont pas le droit de vote.
  • A ce jour 130 binômes ont déjà été constitués.
  • Les étrangers ont ainsi l’impression de participer pleinement à la vie politique du pays dans lequel ils résident.

C’est un échange de bons procédés inédit. Depuis le 28 janvier,le collectif Alter-votants met en relation des citoyens prêts à s’abstenir ou qui ne savent pas pour qui voter et des étrangers qui n’ont pas le droit de vote, mais souhaitent participer aux élections.

Une initiative qui cartonne grâce au bouche-à-oreille : « On a déjà constitué 130 binômes et on enregistre quatre inscriptions par heure depuis dix jours », indique à 20 Minutes, Thomas Berteigne, l’un des trois cofondateurs du concept. Preuve que ces derniers ont visé juste : « on travaille tous les trois dans la vie associative et l’on voulait permettre aux étrangers de se sentir des citoyens à part entière », explique Thomas Berteigne. Et sachant qu’environ 3,6 millions de personnes de nationalité étrangère sont présentes en France, sans avoir le droit de vote, le potentiel est énorme. « D’ailleurs sur les 600 inscrits sur notre site, on compte un citoyen électeur français pour quatre étrangers », indique-t-il.

​« Il est important pour moi de donner mon opinion »

Originaires d’Afrique, d’Europe, d’Amérique latine ou d’Asie, la majorité des alter-votants étrangers résident en France depuis cinq à dix ans. « Ils payent leurs impôts en France, participent à la vie locale et en ont marre d’être des ombres dans la vie politique française », observe Thomas Berteigne.

C’est le cas de Véronica, 30 ans, de nationalité portugaise, qui vit depuis son enfance en France et habite près de Toulouse. « La politique impacte ma vie entière. Il est donc important pour moi de donner mon opinion », explique-t-elle.

Et pour elle, l’enjeu de cette présidentielle est particulièrement important : « Je trouve que l’extrême droite monte trop. On ne peut pas rester sans rien faire », réagit-elle. Intéressé par la politique, son alter-votant a décidé de lui offrir sa voix, car cette fois-ci il ne sait pas pour qui voter. Elle lui a demandé de voterJean-Luc Mélenchon en son nom. « On s’est échangé une dizaine de mails dans lesquels je lui ai expliqué mes convictions. Car pour moi, ce candidat est le seul qui peut vraiment changer les choses en prenant aux riches pour redistribuer aux personnes défavorisées », estime-t-elle.

« Il m’a demandé de voter pour Emmanuel Macron »

« C’est d’ailleurs une des motivations fréquentes des alter-votants français. Mais ce n’est pas la seule. Certains sont abstentionnistes, d’autres indifférents face aux candidats, d’autres encore sont des militants dudroit de vote des étrangers. Mais l’on compte aussi des déçus de la politique », observe Thomas Berteigne.

C’est le cas de Benjamin, 38 ans, qui vit à Paris. « Je ne vote plus depuis deux ans car je suis découragé face à l’offre politique. Et je n’arrive pas à déterminer quel serait le candidat le mieux pour notre pays. Comme le droit de vote des étrangers m’importe, j’ai trouvé naturel d’offrir ma voix à l’un d’eux », explique-t-il.

Ce sera à Omar, un Afghan quadragénaire, arrivé il y a six ans en France et infirmier. Les deux hommes se sont d’ailleurs rencontrés pour parler de leur démarche commune : « Omar m’a raconté son installation en France, son amour pour ce pays, sa crainte que Marine Le Pen arrive au pouvoir. Il m’a demandé de voter pour Emmanuel Macron, qu’il sent le mieux armé pour l’emporter face à elle. Je le ferai sans hésitation. De toute façon, j’étais parti du principe que je jouerais le jeu, quel que soit le candidat choisi par mon alter-votant », assure-t-il.

Des amitiés sont nées

« Via cette initiative, les alter-votants français perçoivent davantage la valeur de leur vote. Certains d’entre eux comprennent l’importance d’accorder le droit de vote aux étrangers alors qu’auparavant ils ne s’étaient pas vraiment posé la question », constate Thomas Berteigne. Certains binômes choisissant de se rencontrer, des amitiés sont aussi nées. « Deux artistes que nous avons mis en relation se voient régulièrement depuis leur mise en contact. Ils vont même se rendre aux urnes ensemble. Preuve que notre initiative resserre le lien social », estime Thomas Berteigne.

Benjamin est du même avis : « dans ma vie quotidienne, je n’ai pas l’occasion de rencontrer des migrants, c’est une occasion enthousiasmante de le faire », dit-il. Il compte d’ailleurs rempiler pour les législatives si l’initiative se perpétue et a déjà convaincu certains de ses amis de l’imiter.

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