Jean-Luc Mélenchon en visite dans une usine à Lons-le-Saunier (Jura), le 19 avril 2017.
Jean-Luc Mélenchon en visite dans une usine à Lons-le-Saunier (Jura), le 19 avril 2017. - JC Tardivon/SIPA

En chair et en os, comme en hologramme, Jean-Luc Mélenchon a tenu mardi soir à faire une mise au point sur son programme européen. « Ne croyez pas ce qu’ils [les autres candidats] vous disent : il [Mélenchon] veut sortir de l’Europe, de l’Euro (…) allons, un peu de sérieux ». En réalité, son programme prévoit un plan « A », avec une renégociation des traités européens, et en cas d’échec, un plan « B » qui serait une sortie unilatérale de l’UE.

>> Lire aussi : Mélenchon, le «Chavez français» vu par la presse anglo-saxonne

Pourtant, Jean-Luc Mélenchon est optimiste. Dans l’interview accordée mardi à 20 Minutes, il affirme avoir « la certitude absolue d’être entendu » par les autres pays européens, et il refuse d’« imaginer le pire des cas », autrement dit l’activation de l’article 50 du traité de Lisbonne, comme l’a récemment fait le Royaume-Uni.

« On n’est pas en position de force »

Autrement dit, le prétendant à l’Elysée croit aux forces de la négociation. Mais est-il vraiment en position pour convaincre les autres pays ? « La France, en participant à la construction européenne, a accepté d’être une partie d’un tout et de ne pouvoir y faire la loi », remarque Pierre Verluise, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), directeur des publications du site Diploweb et auteur de Géopolitique de l’Europe. De l’Atlantique à l’Oural. Le spécialiste poursuit : « la France représente 8 % des droits de vote au Conseil européen. On ne peut prétendre en aucun cas imposer une réforme des traités si les autres pays ne le souhaitent pas. »

Et la France est loin d’avoir la main dans l’UE. Selon Richard Stock, directeur du Centre européen Robert Schuman, « pour changer des choses en Europe, il faut être exemplaire. Tant qu’on finance notre système social et le déficit du chômage par la dette, on n’est pas en position de force pour négocier. » Une référence directe au programme de hausse des dépenses publiques (173 milliards d’euros sur 5 ans) et au plan d’investissement de 100 milliards financé par l’emprunt  promis par Jean-Luc Mélenchon.

>> Lire aussi : Pour la Cour des comptes, la France va devoir se serrer (gravement) la ceinture

Quelle marge de manœuvre ?

Le chemin pour négocier semble donc étroit pour la France. Mais il n’est pas forcément impossible. Par exemple, la réforme des statuts de la Banque centrale européenne (BCE) est l’un des points importants du programme de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat souhaite notamment qu’elle s’occupe de l’emploi et de l’activité, en plus du contrôle de l’inflation.

Or, si la mission principale de la BCE est bien le contrôle des prix, « la politique actuelle de Mario Draghi [qui dirige la BCE] est de mettre de l’argent sur le marché afin que les banques fassent plus de crédits aux entreprises, et que ces dernières créent des emplois », affirme Richard Stock. Une évolution de la banque centrale parait donc possible, « à condition que la France présente un programme de réforme drastique….ce que Mélenchon ne veut pas faire » conclut-il.

L’exemple irlandais

Autre volonté du candidat de la France Insoumise, l’harmonisation des politiques sociales et fiscales des pays de l’UE. Payer les mêmes impôts partout en Europe « C’est très technique mais c’est faisable. Les pays européens ont conscience qu’ils ne doivent pas se cannibaliser » estime Richard Stock, qui pointe une limite : « l’Irlande ne voudra pas se voir imposer une assiette [base taxable] trop importante pour rester compétitive face au Royaume-Uni après le Brexit ».

Illustration du « problème » irlandais : en 2016, la Commission européenne a jugé qu’Apple, dont les activités européennes sont basées en Irlande, devait 13 milliards d’euros d’arriérés d’impôts à Dublin. Mais le gouvernement irlandais, par peur de perdre son pouvoir d’attraction auprès des multinationales, a refusé de percevoir cette somme et a attaqué la Commission en retour. Signe que l’harmonisation fiscale n’est pas au goût de tous les Etats-membres.

>> Lire aussi : Pourquoi Bruxelles condamne l'Irlande à recevoir... 13 milliards d'euros

Le cimetière des promesses

Enfin, le candidat de la France Insoumise est attendu au tournant : « dans la carrière politique de ceux qui s’engagent, les négociations demandent une énorme dépense d’énergie » affirme Pierre Verluise.

Le spécialiste rappelle plusieurs précédents où les négociations ont échoué : le « non » à la Constitution européenne en 2005, la promesse avortée de François Hollande de renégocier le traité européen, ou encore l’Union pour la Méditerranée voulue par Nicolas Sarkozy et tombée dans l’oubli. Voilà Jean-Luc Mélenchon prévenu.

Mots-clés :