Décembre 2016. François Fillon dévoile son équipe de campagne. Dans l’organigramme, deux noms peu connus : Christophe Billan au pôle « Animation/Mobilisation » et Madeleine de Jessey, au pôle « Société civile ». Ils sont tous les deux membres de l’association Sens Commun, l’un des nombreux mouvements créés en 2013 dans le sillage de la Manif pour tous.

Lundi 18 avril. Interrogé sur Europe 1, le candidat de la droite affirme : « J’ai dans ma majorité potentielle à la fois Sens Commun et François Baroin, à la fois des gens qui sont très à droite et Nathalie Kosciusko-Morizet et ils ont tous vocation à faire partie de cette majorité, et donc ils ont tous vocation le cas échéant à faire partie du gouvernement ». Une preuve supplémentaire du poids que François Fillon semble prêt à accorder au mouvement.

Un mouvement pas si révolutionnaire

D’où vient Sens Commun ? « Quand on regarde ses membres fondateurs comme Sébastien Pilard ou Madeleine de Jessey, ce sont des militants de l’UMP », remarque Yann Raison du Cleuziou, maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux, et auteur de Qui sont les cathos aujourd’hui ? (DDB, 2014). L’universitaire, qui suit de près ce mouvement, formule une hypothèse : « La plupart des militants de l’association étaient déjà électeurs de l’UMP ou des Républicains, mais ils ne demandaient rien en échange. Cette fois ci, avec Sens Commun, ils ont décidé de demander quelque chose. »

L’association a donc décidé de s’inscrire dans la durée pour peser sur les décisions politiques. Avec quel programme ? Dans un document publié sur Internet et appelé « Socle », on retrouve la liste des principales propositions dans de nombreux domaines : interdiction de la PMA aux couples homosexuels, suppression du droit du sol, durcissement de l’accès à la nationalité française ou encore suppression de l’ISF.

« Ils sont sur l’aile droite des Républicains, analyse Yann Raison du Cleuziou. Mais ils n’ont rien de révolutionnaire. Les positions qu’ils défendent - libéralisme économique, affirmation de l’Etat régalien, valorisation de la Nation - d’autres à droite les ont défendues avant eux. Leur force, c’est d’être apparu comme un pilier de la recomposition de cette famille politique ».

Force de frappe

Sens Commun combine donc à la fois un réalisme politique, une volonté de « peser de l’intérieur » selon les mots de son président Christophe Billan dans une interview à Famille Chrétienne, tout en revendiquant clairement des valeurs bien définies. Et parvient à se faire une place dans la campagne présidentielle malgré le nombre réduit de ses d’adhérents : entre 9.000 et 10.000, quand les Républicains en totalisent environ 275.000.

Mais comme l’expliquait à France Info Madeleine de Jessey, porte-parole du mouvement, « nos militants ont une spécificité par rapport aux militants les Républicains lambda : ils veulent être actifs et ne se contentent pas de prendre leur carte ». Un activisme qui s’est vérifié lors du fameux rassemblement au Trocadéro, « organisé en lien étroit avec les gens de Sens Commun » selon les propos d’un organisateur rapportés par France Info.

>> Lire aussi : Pourquoi le rassemblement de soutien à Fillon embarrasse la droite

Soutien indéfectible

De fait, depuis le mois d’août 2016 et l’annonce de son soutien officiel, l’association n’a jamais lâché François Fillon. En retour, ce dernier n’a pas manqué de multiplier les références à sa foi chrétienne et de revendiquer la sauvegarde d’un « héritage » de la France dans une lettre adressée aux évêques. « Dans le contexte de l’affaire Pénélope, François Fillon a vu sa base électorale et militante se rétrécir, analyse Jérôme Fourquet, de l’institut de sondage Ifop. Une partie des réseaux et des milieux qui sont restés sont ceux issus de la Manif pour tous et notamment Sens Commun. Il n’est pas illogique que le candidat donne des gages à cette base qui lui est restée fidèle. »

Mais à force d’apparaître dans la lumière, l’association s’expose aux critiques. « Son destin médiatique lui échappe : on maximise énormément son influence supposée et sa radicalité, remarque Yann Raison du Cleuziou. » Une analyse vérifiée par la réaction samedi sur Twitter de Dominique Bussereau, pourtant soutien affiché de François Fillon :

 

Une preuve supplémentaire que Sens Commun, en devenant objet de débat au sein même des Républicains, est devenu un acteur incontournable de cette élection présidentielle.