Présidentielle: Où en sont les candidats sur l’échelle du burn-out physique et mental?

POLITIQUE Encore quinze jours à tenir (le double pour les plus chanceux) avant de se la couler douce…

Julien Laloye

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Emmanuel Macron a une astuce bien à lui.

Emmanuel Macron a une astuce bien à lui. — Christophe Ena/Sipa

Cuits, bouillis, cramés, carbonisés, rincés, et tous les synonymes que vous voulez. Les onze candidats à l’élection présidentielle ont de moins en moins de pudeurs de gazelle à l’avouer, ils terminent cette campagne sur les rotules, alors que l’affaire n’a officiellement commencée que lundi. Une bonne blague évidemment. Certains sont sur le pont depuis l’été dernier, à cause de ces fichues primaires, et ils sont censés avoir gardé toute leur énergie pour la dernière ligne droite, où il faudra, parfois, tenir un meeting par jour pour convaincre les derniers indécis.

Notre montage maison.
Notre montage maison. - J.L.

Depuis 2007 et la mode des coachs personnels lancés par Nicolas Sarkozy, chacun essaie de se professionnaliser en conséquence. On est loin du légendaire aphorisme attribué à Jacques Chirac « Tu bouffes quand tu peux bouffer, tu bois quand tu peux boire, et tu pisses quand tu peux pisser », sans doute apocryphe, mais qu’importe : les campagnes à la papa, c’est du passé. En 2017, les candidats sérieux se préparent plus sérieusement qu’un Chris Froome avant le Tour de France. Enfin, ils essaient, autour de quelques principes essentiels. 

  • Faire du sport pour maintenir une condition physique potable
  • Prendre le temps de dormir
  • Ne pas bouffer n’importe quoi n’importe quand
  • Epargner sa voix pour éviter d’être aphone le soir du premier tour
  • Prendre des trucs plus ou moins légaux pour tenir

Voilà pour le canevas général, tiré des expériences malheureuses du passé. A ce propos, prenez le temps de jeter un œil à l’excellent documentaire Moi candidat, diffusé très récemment sur Canal +. Des anciens candidats se souviennent d’un corps passé à la lessiveuse et presque bon à jeter l’année d’après. « Lumbago, angine, otite, j’ai tout fait. Dans les mois qui ont suivi, j’ai fini huit fois aux urgences », explique Christiane Taubira après 2002. Marie-Georges Buffet, candidate la même année, évoque de son côté « la dépression extrêmement violente » de l’après-campagne. Des situations extrêmes que veulent à tout prix éviter nos cobayes de 2017. 20 Minutes vous a dégoté les meilleures astuces des candidats pour ne pas flancher avant la fin.

>>> Le régime au quinoa de Mélenchon

Le leader de la France Insoumise avait fait rire la France entière en révélant sa passion nouvelle pour le quinoa dans Gala en septembre dernier. Leçon tirée de 2012, où Mélenchon avait choisi un régime protéiné à la mode Dukan qui avait pompé toute son énergie. Cela n’a pas empêché ce végétarien converti de s’en prendre gentiment à un supporter coupable d’embrouiller sa pensée en plein meeting à Rennes (« Je suis très fatigué et je perds le fil de ce que je dis »). Jean-Luc Mélenchon est en effet l’un des rares candidats qui improvise tous ses discours, après en avoir dessiné les grandes lignes. Un facteur qui ajoute à l’état de fatigue générale.

>>> La couchette dans la camionnette de Marine Le Pen

La présidente du Front National est connue pour son besoin impérieux de sommeil. Ses lieutenants prennent bien garde de ne pas la déranger après 21h le soir (alors que si ça se trouve, elle veut juste regarder Koh Lantapépouze le vendredi soir). Bref, madame a besoin de ses 8h de roupillage. Europe 1 nous apprend même qu’elle a acheté une fourgonnette neuf places, où elle a installé un plaid et un oreiller pour pouvoir taper un somme en cas de besoin. Malin.

>>> L’ostéopathe de François Fillon

Cycliste et jogger dans son intimité sarthoise, l’ancien Premier ministre résiste à tout ce qui lui tombe sur le coin de la figure depuis janvier, même s’il a le regard plus fatigué qu’un mort-vivant, parfois. Sa hantise suprême ? Rechoper le mal de dos carabiné qui lui a pourri, dans le plus grand secret, son quinquennat à Matignon. Le candidat LR rencontre régulièrement l’ostéopathe recommandé en son temps par Bernard Kouchner. Oui, Bernard Kouchner.

>>> Le maquillage d’Emmanuel Macron

Le plus jeune candidat de cette élection affiche une fraîcheur insolente, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Emmanuel Macron aime répéter qu’il n’a besoin que de trois ou quatre heures par nuit pour repartir au combat, et qu’en gros, le monde appartient aux winners qui se lèvent tôt et se couchent tard. Toutefois, l’ancien ministre de l’Economie n’hésite pas à tricher sous le manteau comme bien d'autres candidats. Il se maquille les cernes avant ses meetings ou ses déplacements pour paraitre plus fringant comme le soulignent VSD ou encore France Inter.  

Emmanuel Macron a une astuce bien à lui.
Emmanuel Macron a une astuce bien à lui. - Christophe Ena/Sipa

>>> Le petit vert de vin blanc de Benoît Hamon

C’est devenu une superstition pour le candidat socialiste avant de monter sur l’estrade. Un petit verre de blanc pour l’euphorie, mais pas plus pour ne pas sembler bourré. Son équipe a plusieurs fois reconnu que l’ancien frondeur marchait sur un fil. Au taquet depuis décembre, il a plusieurs fois réaménagé son agenda pour que le corps suive, notamment après le premier débat télévisé, où il ne s’était pas encore remis de son voyage à la Réunion. Benoit Hamon a également remisé au placard ses déplacements nocturnes imaginés au début de la campagne. Trop pénalisant pour le sommeil…

Que pense de toutes ces recettes Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport spécialiste des questions antidopage ? Interview au long pour être complet sur le sujet.

Les candidats à la présidentielle vous semblent-ils être aussi bien préparés que des sportifs de haut niveau ?

Ils semblent l’être davantage qu’à une certaine époque, même si certains ont les traits tirés à la télévision. Mais je ne suis pas sûr qu’ils soient tous aussi attentifs à ce qui fait la performance d’un sportif de haut niveau, parce que la campagne, c’est du sport de haut niveau. Penser à s’alimenter correctement par exemple, ça veut dire refuser les petits fours, refuser l’alcool à l’apéro, refuser les invitations et manger chez soi le plus souvent possible. Dans l’idéal, chacun devrait avoir un cuisinier particulier qui le suit tous les jours.

Des candidats prétendent avoir besoin de dormir moins que les autres. C’est quoi le temps de repos minimum ?

Tout le monde n’est pas égal devant le sommeil, mais quand j’entends trois heures par nuit, ça me fait sourire. C’est un discours très répandu de mettre en avant l’idée que les grands de ce monde sont ceux qui n’ont pas besoin de dormir, comme Napoléon ou d’autres. La réalité, c’est qu’en suivant ce rythme, les personnes concernées vont connaître un gros coup de barre l’an prochain. Le syndrome « une année sur deux » est très connu chez les sportifs. Tant que vous êtes portés par la spirale de la campagne, ça va, mais après… D’ailleurs ça ne m’étonnerait pas que certains prennent des trucs pour dormir. Avec les meetings le soir, l’excitabilité que ça procure, ça ne doit pas être facile de trouver le sommeil.

A ce propos, le dopage est-il un moyen comme un autre de remporter la mise ?

Je dis souvent que les hommes politiques seraient toujours positifs à un contrôle antidopage. Mais prendre du café en quantité, c’est aussi une forme du dopage. Quand la voix commence à faiblir, la meilleure façon de se soigner, c’est d’utiliser des corticoïdes. Il y a aussi les bêtabloquants pour permettre de lutter contre le stress ou la transpiration. Avant un débat télévisé ça peut être utile, bien que ce soit à double tranchant : ça peut aussi rendre amorphe. Dans tous les cas, prendre tous ces stimulants n’est pas anodin.

Faire du sport est-il indispensable ?

Beaucoup disent qu’ils font régulièrement du running, on n’est pas obligés de les croire. Ils feraient mieux de faire de la marche soutenue. Cela dit, les hommes politiques obéissent à la même injonction que la société. Aujourd’hui, chacun a compris qu’il devait entretenir sa condition physique au quotidien. Je dis bien au quotidien, sinon cela ne sert pas à grand-chose.

Nicolas Sarkozy de retour de jogging à l'Elysée, le 17 mai 2009.
Nicolas Sarkozy de retour de jogging à l'Elysée, le 17 mai 2009. - PATRICK KOVARIK / AFP

Le physique peut-il encore jouer un rôle déterminant à quinze jours de l’élection ?

A partir de maintenant, c’est surtout le mental qui joue, et sans doute la dynamique des sondages. Si les chiffres sont bons et que vous voyez que vous avez la possibilité de gagner ou de faire beaucoup mieux que le score annoncé, ça change tout pour le psychisme, alors qu’un mauvais sondage peut vous mettre au fond du sceau. Il ne faut pas oublier que le corps et l’esprit sont deux éléments qui vont ensemble. Si les deux vont bien, alors vous serez performant dans un débat ou dans un meeting. Sinon, les derniers jours vont être longs.

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