La candidate Lutte ouvrière à l'élection présidentielle Nathalie Arthaud lors d'une conférence de presse à Rennes, le 23 mars 2017.
La candidate Lutte ouvrière à l'élection présidentielle Nathalie Arthaud lors d'une conférence de presse à Rennes, le 23 mars 2017. - DAMIEN MEYER / AFP

A 47 ans, Nathalie Arthaud rempile pour une deuxième campagne présidentielle. La candidate de Lutte ouvrière porte un programme communiste et veut s’adresser à une union de « travailleuses et travailleurs » allant de l’ouvrier au cadre en passant par l’employé de caisse ou le chauffeur Uber. Dans son QG à Pantin - où l’on croise brièvement son prédécesseur Arlette Laguiller, première femme candidate à l’Elysée en 1974 -, elle a répondu aux questions de 20 Minutes.

Après les frappes américaines en Syrie, vous avez tweeté : « A bas les interventions impérialistes au Moyen-Orient ». Est-ce que vous condamnez les frappes américaines ?

Je condamne bien sûr les frappes américaines ainsi que l’intervention russe et les attaques chimiques de Bachar al-Assad. C’est du terrorisme d’Etat qui nourrit le terrorisme. Je suis choquée d’entendre Trump dire qu’il intervient pour des raisons humanitaires. Des millions de Syriens sont prisonniers de ces bombardements. Lorsqu’ils essaient de fuir leur pays, ils sont enfermés dans des camps infâmes. Trump est le premier à dire qu’il n’en veut pas un sur son territoire. De quel côté se situe-t-il ? En tout cas, pas du côté des intérêts des femmes et des hommes de Syrie. On peut en dire autant de la France. Ils prétendent intervenir pour des raisons humanitaires mais ont des visées sur les richesses pétrolières de la région.

Deux jours après le premier débat à 11, France 2 a annulé le débat du 20 avril prochain. Qu’en pensez-vous ?

Ces débats sont notre seule occasion d’être réellement à égalité avec les autres. C’est choquant que France 2 ne soit pas capable de l’organiser. C’est très révélateur : aussitôt le débat terminé, les deux campagnes parallèles se remettaient en place dans tous les journaux. Il n’y a en réalité que cinq candidats qui méritent que l’on s’intéresse à leur programme et les autres sont là pour le décor. C’est un aspect antidémocratique que je dénonce.

Quelle sera votre première mesure si vous êtes élue ?

Je ne serai pas élue. Je tiens à le dire, sinon c’est artificiel. Si j’étais élue, cela signifierait qu’il y a un mouvement social profond, une montée ouvrière, une montée des luttes, comme ce qu’il se passe en Guyane mais à l’échelle de tout le pays. Si dans ce cadre, j’avais quelque responsabilité que ce soit, j’appellerais les travailleurs à faire la liste des emplois qu’il y a à créer dans leur entreprise. Je les inviterai aussi à aller voir les comptes de leur entreprise pour mesurer qu’il y a de l’argent pour augmenter les salaires et embaucher. Je leur demanderais d’agir.

Est-ce que pour vous la campagne présidentielle est davantage un moyen de stimuler des « luttes collectives » et des mouvements à même de renverser ce grand capital que vous dénoncez ?

Celui qui sera président de la République n’aura pas le pouvoir de créer de l’emploi, maintenir des usines en fonctionnement ou augmenter les salaires. Ce pouvoir est entre les mains du grand patronat dont je ne veux pas être la courroie de transmission. Je le dis aux travailleurs : faites un vote pour affirmer vos intérêts et montrer que vous n’êtes pas dupes de cette comédie électorale. Je propose une politique de répartition du travail entre tous, un emploi, un salaire correct pour tous. Si vous partagez ces revendications, il faut le dire politiquement. Même si ces élections ne changeront pas notre sort, cela montrera qu’il y a une politique autour de laquelle les travailleurs peuvent se rallier, qu’il y a un courant qui ne résigne pas.

L’an dernier, il y a eu en France un mouvement de protestation contre la loi Travail qui n’a finalement pas porté ses fruits. Quel regard portez-vous sur cette contestation ?

Je pense que nous, travailleurs, n’avons pas mis assez de force dans la balance. C’est pour ça qu’on n’a pas réussi à faire remballer cette loi. Mais ces manifestations ont servi à montrer qu’elle était imposée de force par le gouvernement et qu’elle n’avait pas l’assentiment du monde du travail. Je crois que ça la rend profondément illégitime. S’exprimer collectivement, même quand on n’empêche pas les choses de se faire, c’est mieux que de se taire car c’est ainsi qu’on peut gagner la bataille des idées.

Lutte ouvrière s’adresse aux travailleurs et aux exploités. Or la part des ouvriers diminue dans la population française. En parallèle, cette catégorie se tourne majoritairement vers l’abstention ou le Front national*. Quelles conclusions en tirez-vous pour votre parti ?

La disparition de la classe ouvrière, c’est de l’enfumage pur et simple. Aujourd’hui, quand on est caissière, femme de ménage chez Renault, on n’est pas compté dans la catégorie des ouvriers. L’auto-entrepreneur qui livre des pizzas à vélos, il ne sent sans doute pas ouvrier, mais je sais qu’il galère peut-être encore plus. Est-il libre ? Libre de s’auto-exploiter, c’est sûr, de travailler des heures et des heures pour obtenir un SMIC !

Je cherche à m’adresser à l’ensemble du monde du travail. Je m’adresse aux travailleurs qui sont conscients de ne pas être maîtres de leur vie, aux indépendants, aux chauffeurs Uber. Je m’adresse aussi aux cadres, à ceux qui font un métier qu’ils ont choisi, dans lequel ils s’épanouissent, ceux qui exercent des métiers mieux payés. Il y a différents niveaux dans l’exploitation mais personne n’échappe à cette société dominée par les grands groupes. Je suis communiste parce que je pense que ce serait normal qu’on organise notre économie collectivement.

Quant au FN, il surfe sur l’écœurement et le rejet de ceux qui ont gouverné pendant des décennies et nous ont enferrés dans une situation catastrophique. La hausse du chômage sous Sarkozy puis Hollande a conduit à plus de misère, des tensions dans les relations sociales, au « chacun pour soi ». Marine Le Pen surfe sur l’individualisme, la résignation et le rejet de l’autre.

Salaire minimum à 1800 euros nets mensuels, embauches dans les services publics et construction de 500.000 logements neufs par an, gratuité des soins de santé pour tous… Comment financerez-vous vos propositions ?

D’un côté, il y a 6 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres, plusieurs millions de travailleurs qui galèrent au SMIC. De l’autre, une grande bourgeoisie qui prospère. Il y a un lien entre les deux : certains s’enrichissent sur le travail des autres. Les travailleurs doivent inverser cela et revendiquer ce qui relève de leurs besoins vitaux. L’arme principale, c’est d’aller voir les comptes des entreprises. Car il n’y a jamais d’argent pour embaucher mais il y en a pour verser des dividendes aux actionnaires. Si on regarde les comptes, on verra que nos revendications sont tout à fait réalisables.

Comment conciliez-vous les positions internationalistes et « sans frontières » de Lutte ouvrière avec une critique efficace du grand capital alors que le grand patronat est favorable à l’immigration ?

Les patrons n’ont pas attendu qu’on mette des frontières pour exploiter. Les travailleurs sont confrontés à la même classe capitaliste à l’échelle du monde. Elle est favorable à l’accueil des immigrés parce qu’elle sait qu’ils ont moins de droits et qu’elle pourra davantage les exploiter. Nous revendiquons l’ouverture des frontières et les droits identiques pour les travailleurs immigrés. Tant que ce système ne permet pas aux exploités de trouver de quoi vivre là où ils sont nés, il faut leur accorder cette liberté fondamentale de se déplacer.

Aujourd’hui, les immigrés légaux ou illégaux en France travaillent souvent dans de moins bonnes conditions que les Français. Est-ce que cela ne vous pose pas un problème ?

Ça me renforce dans mon combat. Ce patronat n’a pas de limites, le jour où il n’aura plus d’immigré à exploiter, ce sera le retour du travail des enfants. Je ne me trompe pas d’ennemi : le travailleur immigré n’a qu’une aspiration, c’est gagner sa vie aussi bien que nous. On doit se battre ensemble contre ceux qui nous exploitent, pas contre un réfugié qui essaie de gagner son pain.

Sur le plan de la sécurité et de la défense, vous souhaitez permettre à la population de participer directement à toutes les tâches administratives et de police. Quelles sont vos autres propositions pour la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme ?

Le terrorisme est nourri par les manœuvres impérialistes. Quant à la délinquance et les incivilités, nous les relions à la dégradation globale de la société. Les inégalités, le chômage, sont le terreau sur lequel peuvent prospérer plein de trafics. La police ne peut pas résoudre les graves problèmes sociaux que sont le chômage et la pauvreté.

C’est votre deuxième campagne présidentielle. Est-elle différente de celle de 2012 ?

Très clairement. Les affaires ont au moins levé le voile sur la sincérité, la probité, l’honnêteté des uns et des autres. Elles ont montré que Le Pen et Fillon mentent comme des arracheurs de dents. Il y a un discrédit encore plus fort qu’en 2012 des partis qui se succèdent au pouvoir, une crise de l’alternance gauche-droite. C’est parce que ces partis font la même politique quand ils sont au pouvoir, c’est-à-dire la politique qui convient au Medef. Pour nous, c’est un point d’appui pour convaincre les électeurs.

La question qui fâche d’un de nos internautes. Hydre77 : « Vos idées, si on les écoute, feraient fuir les riches. Que doit faire la France pour les empêcher de quitter le pays et de s’expatrier en Belgique ou en Suisse ? »

Nous ne sommes pas dépendants de cette classe de grands bourgeois. Leur fortune s’est érigée sur notre travail à tous. Il faut être conscients que nous les travailleurs sommes indispensables à la société. Il faut donc imposer nos intérêts et ne pas accepter de se soumettre à ceux qui détiennent l’argent. S’ils veulent faire du chantage, s’ils menacent de réduire des régions entières à la misère, il faut les exproprier.

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