Il s’est passé beaucoup de choses mardi sur le plateau du studio de La Plaine Saint-Denis qui accueillait un débat entre les onze candidats à l’élection présidentielle. Un Philippe Poutou intenable à chaque prise de parole, des « petits » candidats très remuants, quelques prises de tête sur des questions politiques précises… mais aussi d’autres moments, hors champ ou hors micro, symboliques de cette drôle de soirée au format inédit dans une campagne présidentielle. 20 Minutes a compilé les moments les plus baroques.

Les plans de coupe sur François Fillon et Marine Le Pen quand ça parle affaires

On l’avait déjà noté lors des débats de la primaire de droite en novembre 2016, avec les plans de coupe d’un Jean-François Copé hilare en écoutant la définition de la dignité de la fonction présidentielle par Nicolas Sarkozy : les réalisateurs de BFMTV et CNews ont pris un malin plaisir à rappeler à qui étaient adressées certaines des piques subliminales des candidats. Par exemple, dès sa profession de foi, Jean-Luc Mélenchon indique qu’à son avis, « la finance doit rendre l’argent ». Suivent deux secondes d’un plan sur un François Fillon quasi impassible, regard fixe avant de glisser légèrement sur sa gauche, où se situe le candidat de la France insoumise.

François Fillon le 4 avril 2017 lors du deuxième débat de l'élection présidentielle.
François Fillon le 4 avril 2017 lors du deuxième débat de l'élection présidentielle. - BFMTV/CNews

Un peu plus tard dans la soirée, quand Philippe Poutou est revenu à la charge contre l’ancien Premier ministre, celui s’est ouvertement agacé pour la première fois du débat, pendant que l’ouvrier girondin poursuivait son intervention en fond sonore : « Oh oh oh je vais vous foutre un procès vous », a murmuré François Fillon presque pour lui-même, sourcils plus froncés que jamais.

Autre punchline « Philippe-poutesque » qui a donné lieu à un plan de coupe étonnant : quand le candidat du NPA a taclé Marine Le Pen sur l’usage de son immunité parlementaire, l’écran a été divisé en deux, montrant le sourire de la cheffe du Front national progressivement s’affaisser jusqu’au « quand on est convoqué par la police, nous ouvriers, par exemple, on n’a pas d’immunité ouvrière » de Poutou, salué par des applaudissements, tandis que Marine Le Pen serrait la mâchoire.

Le style Philippe Poutou (détonnant)

On ne s’étendra pas plus sur les innombrables attaques directes du candidat NPA contre François Fillon et Marine Le Pen (surtout), et Emmanuel Macron (un peu). Philippe Poutou doit aussi son succès sur les réseaux sociaux depuis mardi soir à ses mimiques, sa tenue vestimentaire et son comportement non-verbal. Concrètement, on l’a vu se retourner vers ses soutiens pendant que d’autres candidats s’exprimaient, et l’image est devenue virale.

À force de volte-face du candidat, qui gigotait beaucoup à son pupitre, la co-animatrice du débat Ruth Elkrief a fini par demander « Monsieur Poutou, vous êtes avec nous ? » Mais de quoi parlait-il exactement à ses camarades du NPA ? « Parfois, il se retournait pour nous demander si ça allait, s’il devait reprendre la parole sur tel ou tel sujet », nous a expliqué Julien Salingue, l’homme à la veste rouge, animateur du site Acrimed. Et aussi pour valider certains points, notamment quand Philippe Poutou a repris Marine Le Pen avec quelques minutes de décalage sur le fait que les délégués syndicaux pouvaient être poursuivis en justice.

Puis il y a cette séquence de quelques secondes où l’ouvrier girondin a reçu le soutien de… François Asselineau. Du coup, plan de coupe sur Poutou, qui enchaîne en trois secondes regard mi-circonspect mi-étonné, sourire entendu, et le combo roulement d’épaules/menton relevé de celui qui ne s’y attendait pas mais accepte le cadeau.

Enfin, les bons mots du candidat ouvrier ont provoqué de drôles de réactions dans le public, comme chez ce monsieur situé derrière Laurence Ferrari, qui ne s’est pas remis d’une pique à Marine Le Pen.

Les spectateurs qui s’endorment

3h30 de débat, ça fatigue. Certains spectateurs ont tenté de résister au sommeil au fur et à mesure que la soirée avançait. Parmi les soutiens des candidats, plusieurs luttaient intensément, comme Aurore Bergé, derrière Emmanuel Macron.

Du côté de Philippe Poutou, Julien Salingue aussi a eu du mal à tenir la distance.

Mais c’est surtout deux personnes situées derrière François Asselineau, Mimoun Ziani, candidat UPR aux Régionales 2015, et l’économiste Vincent Brousseau, qui se sont le plus courageusement battus contre la tentation de s’endormir. Avec un succès relatif.

Les rires et sourires des candidats

Quand deux postulants à la fonction présidentielle s’envoyaient des piques, certains de leurs concurrents buvaient du petit-lait. Benoît Hamon balance à Marine Le Pen que Daesh fait ses affaires électorales (« Ça vous arrange ! ») ? Jean-Luc Mélenchon ne retient pas un franc sourire.

Philippe Poutou dézingue Marine Le Pen sur l’affaire des emplois fictifs supposés du FN au Parlement européen ? François Asselineau masque difficilement sa mine réjouie.

François Asselineau le 4 avril 2017 lors du deuxième débat de l'élection présidentielle.
François Asselineau le 4 avril 2017 lors du deuxième débat de l'élection présidentielle. - BFMTV/CNews

Poutou toujours, remonté contre François Fillon, se fait reprendre par l’ancien Premier ministre qui lui dit « on n’accuse pas comme ça » ? Le candidat NPA semble lâcher l’affaire (« Bon, ce que j’ai dit, je l’ai dit ») avant de se tourner vers Marine Le Pen. Et le membre des Républicains sourit devant l’effet provoqué par son haussement de ton sur l’ouvrier (qui reviendra à la charge plus tard).

Enfin, le rire le plus franc de la soirée est à mettre au crédit de Marine Le Pen, ravie par la sentence de François Asselineau au sujet d’Emmanuel Macron : « Ah vous êtes toujours d’accord avec tout le monde ».

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La voix de la présidente FN a recouvert les rires de l’ensemble de la salle. Au passage, lors de cette séquence, Emmanuel Macron a appelé François Asselineau « Monsieur Poutou » à deux reprises, avant de s’excuser pour la méprise.

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