Allocations familiales, crèches... Que prévoient les candidats en matière d'aides aux familles?

POLITIQUE Lors de cette campagne, la politique familiale reste un sujet clivant…

Delphine Bancaud

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Photo d'illustration d'une famille

Photo d'illustration d'une famille — Pixabay/KathrinPie

Tous des défenseurs de la famille ? C’est ce que revendiquent les onze candidats à la présidentielle qui se retrouveront ce mardi pour leur premier débat télévisé en commun. Sauf que leurs propositions sur la politique familiale diffèrent sensiblement. Sans surprise, les candidats de droite à la présidentielle veulent revenir sur l’essentiel des réformes du quinquennat Hollande dans ce domaine. Alors que ceux situés à gauche les assument plutôt et veulent créer de nouvelles aides pour les familles. 20 Minutes décrypte les propositions sur le sujet et leurs répercussions.

Restaurer l’universalité des allocations familiales, un impératif pour certains

Lors de ce quinquennat, la politique familiale a été remodelée. Les familles aisées ont vu leurs allocations familiales modulées en fonction de leurs revenus. Une mesure qui n’a pas du tout plu à l’électorat de droite. D’où la volonté de François Fillon de supprimer cette mesure. Une demande a d’ailleurs été formulée pendant la campagne par l’Union des associations familiales (Unaf), estimant que la modulation des allocations familiales en fonction des revenus instaurée en 2015 a touché durement « les familles nombreuses ». « Si l’on revenait sur la modulation des  allocations familiales en fonction des revenus, cela coûterait environ un milliard d’euros. Cela serait donc jouable et ce serait un signal symbolique fort pour l’électorat de droite », explique à 20 Minutes, Julien Damon, sociologue spécialiste des politiques sociales et à professeur à Sciences Po.

Dans son programme, Marine Le Pen est sur la même ligne que le candidat LR, mais veut en plus, réserver les aides aux familles françaises. Elle déclare ainsi sa volonté de « mettre en œuvre une vraie politique nataliste réservée aux familles françaises, en rétablissant l’universalité des allocations familiales et en maintenant leur indexation sur le coût de la vie ».

Quels changements pour le quotient familial ?

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Pendant le quinquennat, les familles aisées ont vu à deux reprises leur quotient familial raboté, ce qui leur a fait payer plus d’impôts.

François Fillon propose de relever « progressivement » le plafond du quotient familial à 3.000 euros, après deux baisses depuis 2012 qui l’ont ramené de 2.300 à 1.500 euros par demi-part. De son côté, Nicolas Dupont Aignan va moins loin en affirmant sa volonté de rétablir le plafond du quotient familial à 2.336 euros.

La présidente du FN propose aussi de rehausser « progressivement » le plafond du quotient familial. « Cette proposition flatte clairement l’électorat de droite, car il n’y a que la gauche qui a baissé le plafond du quotient familial. De plus, elle ferait baisser la pression fiscale sur les familles aisées très rapidement », commente Julien Damon.

A contrario, le candidat de La France insoumise propose de remplacer le quotient familialpar un crédit d’impôt forfaitaire de 1.000 euros par enfant. « C’est une idée originale mais qui défavoriserait clairement les familles nombreuses aisées et favoriserait celles qui ne le sont pas. Car les familles défavorisées non imposables pourraient toucher un chèque du trésor public », souligne Julien Damon.

Et pourquoi ne pas instaurer un droit aux allocations familiales dès le premier enfant ?

« Actuellement, une famille ne perçoit des allocations qu’à partir du deuxième enfant, alors que c’est à l’arrivée du premier qu’elle en a le plus besoin. (…) C’est incohérent ! D’autant plus que 35 % des familles ont un seul enfant. Si je veux élargir ce droit, c’est aussi pour soutenir notre démographie », a expliqué Benoît Hamon au Parisien du 16 mars. Une idée qu’il partage avec Jean-Luc Mélenchon.

« Cette idée est intéressante car la France est le seul pays de l’Union européenne qui ne verse pas d’allocations dès le premier enfant. Et les familles qui n’ont qu’un enfant ont parfois le sentiment d’être le dindon de la farce », estime Julien Damon. Reste à savoir si cette mesure est réaliste : « elle ne serait finançable que si l’on faisait des économies ailleurs. Par exemple, si l’on décidait de forfaitiser cette allocation familiale pour le premier enfant », ajoute le sociologue.

Créer des places de crèches, le consensus

Sur ce point, il n’y a pas de clivage gauche/droite, mais plutôt une bataille de chiffres. Nicolas Dupont-Aignan souhaite augmenter de20 % le nombre de places en crèche (250.000 places) sur cinq ans. Benoît Hamon lui veut 250.000 nouvelles places d’accueil de jeunes enfants en cinq ans (donc pas uniquement en crèche), avec des horaires adaptés aux horaires décalés. Jean-Luc Mélenchon vise encore plus haut en voulant « ouvrir 500.000 places de crèche et modes de garde adaptés dans les cinq ans ». « Ces différentes propositions constitueraient un effort extrêmement ambitieux. Mais pour que ces objectifs soient réalisables, encore faudrait-il obliger les municipalités à s’engager sur des objectifs clairs concernant l’accueil des jeunes enfants », souligne Julien Damon.

Emmanuel Macron est plus prudent en déclarant vouloir « soutenir l’effort massif de construction de places de crèche » et pour empêcher les passe-droits, obliger les communes à publier en ligne leurs critères d’attribution de places. Quant à François Fillon, il promet « un accès prioritaire aux crèches pour les familles monoparentales ». Ce qui est déjà pratiqué.

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Revenir sur la réforme du congé parental, une exigence de droite

Instaurée en 2015, la réforme du congé parental a modifié la durée de versement des prestations du congé parental, avec l’objectif de mieux le répartir entre les deux parents. A partir du deuxième enfant, sa durée est restée de trois ans, seulement s’il est partagé (deux ans pour un parent, un an pour l’autre). Mais cette exigence est considérée comme une contrainte, notamment par l’Unaf, qui demande que la durée de trois ans « sans obligation de partage » soit rétablie.

Du coup Marine Le Pen emboîte le pas de l’association familiale et veut rétablir la libre répartition du congé parental entre les deux parents. François Fillon est moins directif et demande que la réforme du congé parental intervenue en 2015 soit évaluée et « si cela est nécessaire », que l’obligation d’une prise successive du congé parental par les deux parents pour avoir droit à la durée complète soit « assouplie ».

Dans uneétude parue en septembre, la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf), révélait la part encore faible des pères optant pour un congé parental. « Mais si on revenait sur cette obligation de partage, cela coûterait quelques centaines de milliers d’euros », note Julien Damon.

Booster le congé paternité, une idée de gauche ?

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Jean-Luc Mélenchon propose d’aligner le congé paternité sur celui des mères. Quand Benoît Hamon prévoit l’allongement du congé paternité à six semaines, dont 11 jours obligatoires. « Seuls des candidats de gauche se sont penchés sur cette question du congé paternité, qui ne semble pas prioritaire pour les candidats de droite et du FN », note Julien Damon.

 

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