Les économistes Julia Cagé et Thomas Piketty, le 3 février 2016 à Paris.
Les économistes Julia Cagé et Thomas Piketty, le 3 février 2016 à Paris. - MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

Il y a deux mois, le revenu universel d’existence proposé par le socialiste Benoît Hamon était fustigé par son camp, jugé irréaliste et ruineux. D’un coût estimé entre 200 et 500 milliards d’euros par an par l’OFCE ou l’Institut Montaigne, l’enveloppe du RUE est passée à 35 milliards annuels. Un « régime minceur » en vue de crédibiliser le projet du candidat à la présidentielle  opéré sous la houlette de l’économiste Julia Cagé, 33 ans.

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Déjà en pleine campagne de la primaire socialiste, elle signait, avec d’autres chercheurs – dont son époux, l’auteur du best-seller mondial Le Capital au XXIe siècle (Seuil, 2013) Thomas Piketty –  une tribune dans Le Monde en faveur d’un revenu universel « crédible et audacieux », ciblant les salariés modestes, et non « tous les Français », comme le prévoyait Benoît Hamon au début de sa campagne.

Benoît Hamon « m’a redonné de l’espoir »

« Si on a Thomas Piketty et Julia Cagé dans l’équipe, c’est pas pour la photo ! », lance Alexis Bachelay, reconnaissant l’influence des deux économistes sur l’évolution du projet de Benoît Hamon. « La photo, c’est pas mon truc. Je ne me maquille jamais ! » confirme en riant Julia Cagé, qui fait partie de la vague de recrutement de chercheurs menée par le socialiste au mois de février. Elle est chargée des questions économiques et de la mission cruciale du « chiffrage ». Mais c’est un sujet télévisuel qui a amené Julia Cagé à se rapprocher de Benoît Hamon. L’économiste des médias se souvient avoir été « touchée » par le candidat à la primaire, « seul homme politique à avoir publiquement défendu iTélé ». Le contact a été établi à l’automne. « Il m’a redonné de l’espoir », dit celle qui « ne peut pas se résoudre au fait que la gauche ne soit pas au second tour » de la présidentielle.

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L’enseignante à Sciences Po a l’habitude de concentrer ses cours sur le premier semestre pour se consacrer ensuite à la recherche. Cela tombe bien, entre la campagne de Benoît Hamon et ses doctorants, la voilà désormais très occupée. Et très médiatisée, alors qu’elle était parfois présentée comme « femme de ».

Des points communs dans leur parcours respectif

Le penseur des inégalités et la spécialiste des médias se sont mariés en 2014. « On a des parcours assez similaires », souligne Julia Cagé. « On n'est pas des Parisiens, on a étudié à l’école publique française, on a été autonomes jeunes. On est tous les deux partis aux Etats-Unis, et on en est revenus », égrène-t-elle.

Thomas Piketty est quant à lui chargé des questions européennes et plaide notamment pour « une démocratisation de la zone euro ». « C’est la première fois que nous travaillons tous les deux sur un programme politique, et ce n’est pas désagréable… On échange énormément. Ça empiète tellement sur votre vie privée que ce n’est pas plus mal, ça rend les choses plus faciles », sourit Julia Cagé, qui dit avoir eu « envie de s’engager par la plume, par la recherche » dès sa prépa BL à Marseille. A son arrivée à Normale sup, elle a écrit des notes pour les think tank de gauche Terra Nova et la Fondation Jean-Jaurès, comme sa sœur jumelle Agathe (conseillère au ministère de l'Education depuis 2012) qui fait aussi partie de l’équipe de campagne hamoniste.

Le retour des intellectuels engagés ?

Thomas Piketty, de dix ans son aîné, s’est lui aussi engagé assez tôt auprès des socialistes. Dès 1995, puis pour la campagne de Ségolène Royal en 2007, et pour François Hollande en 2012 avant de prendre ses distances. « Comme Dominique Méda, il fait partie des intellectuels qui s’étaient juré de ne plus travailler avec le PS », se souvient le chercheur belge François Gemenne, qui participe aussi au projet de Benoît Hamon. Le soutien des deux économistes a permis de médiatiser le projet de Benoît Hamon, un peu « sous les radars » en pleine affaire Fillon, et de lui apporter du crédit, un bonus non négligeable alors que le candidat débattra ce lundi soir sur TF1 avec François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

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