Présidentielle: Pendant ce temps, Francois Hollande continue de se payer le FN

POLITIQUE On a suivi le chef de l'Etat en déplacement dans le sud de la France...

Julien Laloye

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François Hollande au mémorial du Mont Faron, le 17 mars 2016.

François Hollande au mémorial du Mont Faron, le 17 mars 2016. — BORIS HORVAT / POOL / AFP

De notre envoyé spécial à Toulon,

Beaucoup trop tôt ce jeudi matin, quelque part en région parisienne. Nous voilà très enthousiaste si l’on considère l’heure sur la pendule (5h07), parce que l’on n’est jamais monté dans un avion militaire (le CASA, pour les connaisseurs) et qu’une fois bord, on a la sensation grisante d’attendre notre parachutage pour libérer la France de l’occupant. Tout de même, à cet instant, félicitons-nous d’avoir choisi journaliste plutôt que président de la République, alors qu’on a longtemps hésité. Se lever aux aurores pour aller inaugurer le nouveau mémorial du débarquement de Provence au Mont Faron, sur les hauteurs de Toulon... Non, ce n’est pas une vie d’être François Hollande.

A sa place, on se la coulerait douce : Avant-premières au théâtre, voyages chez des chefs d’États dans des pays ensoleillées, soirées coquines avec Julie Gayet, il y a de quoi faire. Mais non, aucun rendez-vous sexy dans l’agenda du président socialiste cette semaine, en dehors d’une visite à l’Elysée de la duchesse de Cambridge vendredi. Avec monsieur, hélas.

François Hollande préfère battre le terrain comme s’il jouait la campagne à laquelle il n’a pas été invité. La mission qu’il s’est assigné ? Lutter inlassablement contre le danger que représenterait l’arrivée au pouvoir du FN en mai, quitte à épuiser ses équipes, décimées par les départs et les jeux de chaises musicales propres aux fins de règne. Mardi dans le Loiret, le président avait envoyé un message à peine subliminal aux électeurs. Ce jeudi, au Mont Faron, pour la réouverture du mémorial dédié à la libération de Provence en août 1944, l’occasion était encore plus belle, ce  même si plus grand monde n’accompagne la cohorte présidentielle pour couvrir l’événement.

De Gaulle et bombe de l’OAS

Quatre journalistes embarqués, la presse locale et quelques autres sur place, dont TF1 et BFM. Ce n’est pas exactement l’investiture d’Obama à Washington, mais ce n’est pas non plus l’inauguration des chrysanthèmes dans une sous-préfecture du Tarn. L’aréopage convié par l’Elysee est conséquent. Des historiens comme Jean-Pierre Azema, et des anciens galonnés surtout, jamais avares d’une bonne anecdote. « Vous savez que le jour où de Gaulle a inauguré le mémorial, l’OAS a essayé de faire sauter une bombe sur son passage ? Bon, c’était une bombinette et elle a explosé trois jours après. En plus il avait passé une nuit horrible à se faire dévorer par les moustiques au fort de Bregançon ». On ne savait pas mais l’histoire ne nous rajeunit pas, 1964, ça date.

« S’il y a un message à retenir du débarquement de Provence, c’est "Tous ensemble nous avions libéré la France", nous confie un membre du comité scientifique de la fondation du général de Gaulle, qui a supervisé la rénovation du mémorial. « Les conscrits corses, les Tabors marocains, les tirailleurs algériens, l’armée d’armistice des anciens vichystes, la résistance intérieure,tous ont rejoint les troupes de Lattre de Tassigny, la première armée française à participer à la reconquête du pays. L’objectif du nouveau musée, c’est de montrer l’apport de tous les combattants dans leur diversité ». Une consigne de François Hollande lui-même. Le futur ex-président était venu pour les commémorations des 70 ans de la libération, et il avait trouvé l’endroit en piteux état, demandant une réhabilitation express avant la fin de son quinquennat.

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Si le symbole n’est pas assez clair, saupoudrons un peu de contexte local. On se trouve dans le Var, où Marine Le Pen a fait un triomphe la veille en meeting, et le Mont-Faron surplombe la ville de Toulon, tombée chez le FN puis reprise par la droite. En résumé, le chef d’Etat joue sur du billard et l’on s’attend à un discours incisif sur les dangers de l’extrémisme et de la réécriture de l’histoire. Pourquoi demander sinon au chœur de l’armée Française d’entonner le chant des Africains, dont les paroles ne laissent pas de place au doute même s’il a un temps souffert d’être repris par les partisans de l’Algérie Française.

« C’est nous les Africains qui revenons de loin, nous venons des colonies pour sauver la partie. […] car nous voulons porter haut et fier le beau drapeau de notre France entière »

Le président de la République met du temps à se chauffer, le temps de remercier les uns et les autres et de saluer les anciens combattants encore vivants présents à la cérémonie, dont la parole devient de plus en plus rare et précieuse avec les années. Ensuite, cela devient limpide. « Les spahis, les zouaves, les goumiers, tous ont participé à la libération de la Provence, puis de notre pays. Une créance de sang nous unit à vie à l’Afrique, que la France honore à chaque fois qu’elle vient au secours des pays africains frappés par le terrorisme. […] Pourquoi commémorer le passé ? Parce qu’il nous dit d’où nous venons. La France n’est plus la France quand elle s’enferme, qu’elle érige des murs en son sein et autour d’elle, quand elle se laisse aller à la peur, quand elle oublie l’espoir. La France est plus grande quand elle défend des valeurs et quand elle est fidèle à sa mémoire ».

« Un discours de rassemblement »

Une conclusion très applaudie, même si déjà, il faut prendre un ton grave et réagir devant les médias à l’explosion d’un colis piégé au siège du FMI à Paris, « un attentat » qui justifie le prolongement de l’état d’urgence jusqu’au mois de juillet. Impressions d’un groupe d’ados du lycée Bonaparte dont quelques-uns ont lu au micro une lettre écrite par une jeune toulonnaise à la Libération. « En gagnant la Seconde guerre mondiale, on a réussi à faire accepter les différences en France, c’est pour ça qu’on est ce qu’on est aujourd’hui ».

Un avis partagé par René Clérian, ancien résistant et combattant de la campagne de France, décoré de la Croix de guerre et de beaucoup d’autres encore qui forcent le respect. « Le message que je retiens du discours de Hollande, c’est un message de rassemblement de tout le peuple français dans une période un peu particulière. Il incarne ça dans ses mots et dans son comportement, on sent que ça vient des tripes ».

François Hollande au Mont-Faron, le 16 janvier 2017.
François Hollande au Mont-Faron, le 16 janvier 2017. - BORIS HORVAT / POOL / AFP

 

Le président de la République est trop loin pour entendre le compliment. Depuis qu’il a annoncé son retrait, l’ambiance autour de ses déplacements s’est nettement améliorée et François Hollande ne dédaigne plus les bains de foule improvisés. Il se prête à quelques selfies avant de reprendre la routepour le plateau des mille vaches en Corrèze, où il passera l’après-midi. Vendredi, c’est dans le 94 que le chef de L’Etat se rendra pour discuter avec des commerçants. Avec à chaque fois le FN et Marine Le Pen pour cible.