Front national: Florian Philippot est-il seul contre tous?

POLITIQUE Le vice-président du FN ne semble pas être en odeur de sainteté au sein de sa famille politique...

A.B.

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Florian Philippot, le 2 décembre 2016 à Paris.

Florian Philippot, le 2 décembre 2016 à Paris. — N.MESSYASZ/SIPA

Entre Gilbert Collard qui veut le « virer » et Marine Le Pen qui se met à rire quand on lui demande si elle envisage de le nommer Premier ministre si elle est élue présidente, Florian Philippot passe un début de semaine bien pourri et semble assez seul au sein de sa famille politique. Mais que se passe-t-il pour le numéro 2 du parti : simple orage passager ou crise profonde ?

L’unité en apparence

C’est une biographie à paraître ce jeudi, Philippot 1er (éd. Plon), qui jette le pavé dans la mare. Gilbert Collard, député apparenté FN du Gard, semble avoir le vice-président du FN dans le collimateur. Si l’inimitié entre les deux hommes est notoire, le député, qui œuvre sous la bannière du Rassemblement bleu Marine (RBM) serait prêt à se présenter à l’élection du comité central du parti lors du prochain congrès afin de «  virer Philippot », écrivent, en citant l’avocat, les journalistes dans l’ouvrage.

Seule anicroche à ce plan : Gilbert Collard n’étant pas membre du FN, il ne peut se présenter au congrès du parti. Un détail qui ne l’aurait pas empêché de déclarer à propos de son meilleur ennemi que « si Marine ne remporte pas la présidentielle, il [Florian Philippot] va s’en prendre plein la gueule ». Ambiance.

« Faut pas répéter toutes les bêtises, cela rend idiot »

Dans les rangs frontistes, on joue en apparence la carte de l’unité, et les principaux intéressés dénoncent ce lundi des manœuvres visant à diviser le parti. « Faut pas répéter toutes les bêtises, cela rend idiot », a ainsi tweeté lundi matin le député du Gard.

Un message retweeté par Florian Philippot, qui a enfoncé le clou sur le même réseau social : « Bon, si on essayait de susciter la division derrière Marine avant l’élection. Pas de chance, on est plus futé que ça. Tout cela est bidon. »

Mais, en coulisses, le vice-président du FN semble agacer pas mal de monde dans l’entourage de Marine Le Pen, à commencer peut-être par Marine Le Pen elle-même. Invitée ce dimanche de Punchline, l’émission politique de Laurence Ferrari, la candidate frontiste n’a pu retenir un ricanement lorsque la journaliste lui a demandé si elle envisageait de nommer Florian Philippot à Matignon en cas de victoire à l’élection présidentielle. Le principal intéressé a dû apprécier.

Isolé au sein du parti

D’ailleurs, au FN, le rang des détracteurs de Florian Philippot semble grossir à vue d’œil. Si son travail a permis à Marine Le Pen de remporter le pari de la dédiabolisation du FN, plusieurs cadres du parti reprocheraient au vice-président son ambition dévorante et sa personnalité qui ne fait visiblement pas l’unanimité, comme le rapporte la biographie qui lui est consacrée. « Il ne sait pas mettre de liant », dit de lui Jean-Lin Lacapelle, le secrétaire général adjoint du parti. Pour le trésorier Wallerand de Saint Just, Florian Philippot est même « trop colérique » et « pas drôle ».

Parmi ses opposants internes, outre Gilbert Collard, Marion Maréchal-Le Pen s’est illustrée à de nombreuses reprises pour ses prises de positions opposées à celles défendues par Florian Philippot, notamment sur les questions de société, IVG en tête. La députée du Vaucluse et le député européen incarnent deux lignes contraires du Front. Sans compter que la nièce de Marine Le Pen, qui pourrait lui damer le pion lors du prochain congrès du FN, s’est constitué un noyau dur de fidèles dans le parti.

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Un noyau constitué notamment d’identitaires, qui se sont vus offrir des postes clé au sein du Front national. De quoi isoler un peu plus encore Florian Philippot, alors que plus de la moitié des sympathisants FN (52 %) déclarent se sentir plus proches des idées défendues par Marion Maréchal-Le Pen que de celles du vice-président du FN, selon un sondage Ifop pour Le Figaro. Mais Florian Philippot se laisse le temps de voir. « En 2017, le FN, je vais voir comment ça tourne, a-t-il confié il y a plusieurs mois en privé. Je vais pas forcément y rester des années ».