Les femmes avec Fillon, le 9 novembre 2016 lors d'un meeting du candidat à Lille.
Les femmes avec Fillon, le 9 novembre 2016 lors d'un meeting du candidat à Lille. - Sarah ALCALAY/SIPA

Fin de matinée dans un bel appartement parisien près de l’Assemblée nationale, mardi. Hommage à Nicolas Dupont-Aignan et sa maîtrise remarquable de l’agenda politique: le candidat de debout la France est le premier à vendre sa marchandise pour la journée du droit des Femmes. La présentation du comité « Debout les Femmes » est d’ailleurs bien troussée, il faut le dire.

Dix femmes à la tribune, une prise marquante (Stéphanie Gibaud, la lanceuse d’alerte dans l’affaire UBS), des profils variés (agricultrice, armatrice, chef d’entreprise spécialiste du made in France…),et un discours rôdé du patron, après une autopromo bien mérité sur le centre d’hébergement mis en place dans sa ville de Yerres (Essonnes) pour accueillir une femme battue et ses enfants n’importe quand. « Pour beaucoup de femmes françaises, il existe encore une inégalité dans le monde du travail, dans celui de l’éducation, et face au harcèlement. Je suis papa de deux filles de 24 et 16 ans, et je n’ai pas envie qu’elles vivent dans un monde où la place de la femme est en régression ». Les propositions qui vont avec ? Une politique de santé politique mieux assurée, une meilleure information sur la contraception, des peines sévères contre les harceleurs de rue, et plus encore. Note artistique de l’opération, 9/10.

Mélenchon à Marseille, Macron au théâtre

Jean-Luc Mélenchon aurait pu viser le 10/10. Choisir de visiter un club de boxe féminin à Marseille, c’était s’assurer le prix de l’originalité pour le candidat qui avait réussi un joli buzz sur le sujet en début d’année. «Payons les femmes autant que les hommes, et tout le monde pourra partir à la retraite à 60 ans », vous vous souvenez ? Il s’avère que la visite est un poil surfaite. Le leader de la France Insoumise vient faire un peu de réclame pour Sarah Soihili, candidate aux législatives… et championne du monde de kick-boxing, avant de participer à une manifestation pour les droits des femmes sur le Vieux Port. Mouais.

Passons sur le Forum des Femmes de François Fillon, mercredi après-midi au QG de campagne. Difficile à juger. Beaucoup d’élues aux manettes, et personne qui veut nous répondre sur le pourquoi du comment. Quant à Emmanuel Macron, il  prononcera le discours de clôture d’une soirée consacrée « à des échanges entre des femmes et des hommes engagés pour l’égalité dans la vie politique, mais aussi dans la vie professionnelle et la vie quotidienne », résume Laëtitia Avia, avocate dans le civil et chaperonne de l’évènement.

« La plupart ont une attitude de façade »

« C’est le jeu, aujourd’hui plus personne ne peut faire campagne sans se prétendre féministe, ou au moins sans s’intéresser un tant soit peu à ces questions, surtout le 8 mars », estime Fatima El Ouasdi. La jeune femme,co-fondatrice de l’association « Politiqu’elles », a rencontré les équipes de (presque) tous les candidats à l’élection présidentielle pour savoir ce qu’ils avaient dans le ventre sur la question des femmes. Son jugement est sévère : « La plupart ont une attitude de façade, avec des mesures ou des formules purement incantatoires, sans rien de concret qui réponde aux problèmes majeurs de violence et de harcèlement ».

Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche CNRS émérite au CEVIPOF, n’a rien vu non plus de révolutionnaire dans les programmes des uns et des autres. « A la rigueur, la question clivante de la PMA, pour laquelle les positions sont très tranchées entre ceux qui veulent l’autoriser pour tous les couples, et les autres. Mais dans l’ensemble, la problématique féministe ne fait pas partie des préoccupations de cette campagne». Même l’appel désespéré d’Emmanuel Macron aux bonnes âmes féminines pour arriver à 50 % de candidates aux législatives ne lui vaut pas que des compliments.

«C’est intéressant, mais il faut aller plus loin, conseille Janine Mossuz-Lavau. Tout le monde connaît la recette magique pour obtenir la parité réelle : on divise le nombre de circonscriptions par deux et on met en place un binôme avec un homme et une femme. Je ne vois personne le proposer». « Chez En Marche, il y aura 50 % de circonscriptions gagnables réservées aux femmes, aucun parti ne va aussi loin, rétorque Laëtitia Avia: « Deux mesures emblématiques ? L’obligation de parité pour les plus hauts postes de la fonction publique et l’uniformisation de tous les congés maternités alignés sur le régime le plus généreux ».

Cela ne suffit pas à emporter l’adhésion de Fatima El Ouasdi, davantage séduite par les perspectives offertes par Benoît Hamon. Le vainqueur de la primaire de PS s’expliquera dans un Facebook live (mercredi à 19h30), mais il laisse son programme parler pour lui, ou plutôt Laura Slimani, chargée de la thématique : « Le fil conducteur de notre ambition, c’est faire émerger une culture de l’égalité dans tous les domaines, et surtout s’en donner les moyens. Cela passera par un doublement du budget du ministère des droits des femmes ou la mise en place de brigades de lutte contre les discriminations, à l’embauche, sur les salaires, sur le handicap… bref, sur absolument tout ! Le revenu universel sera aussi une arme pour redonner de l’autonomie financière à des jeunes femmes dans la difficulté ».

Le Pen dans le bon créneau

Et Marine Le Pen, puisqu’il faut bien parler de la seule femme susceptible de l’emporter ? La candidate FN, la joue discrète sur le sujet. Elle sera l’invitée de RTL mercredi matin mais elle n’a pas prévu de geste particulier pour le 8 mars. Une stratégie intelligente, reconnaît Fatima El Ouasdi. « Son image moderne parle pour elle. Mère de famille de trois enfants, divorcée, qui a réussi sa vie professionnelle, comment voulez-vous que les femmes se disent qu’elle va les renvoyer au foyer ? Ce que raconte Fillon est beaucoup plus inquiétant. Chez lui, la femme est toujours ramenée à la famille, à son rôle de mère. Quand on relit certaines déclarations sur l’IVG, ça ne donne pas envie ».

Janine Mossuz-Lavau : « Marine Le Pen est peut-être celle qui a le mieux compris comment parler aux femmes qui sont dans la précarité et qui veulent que ça change. Si j’étais cynique, je dirais qu’il y a un électorat à prendre ». 52 % du corps électoral français, qui aimerait qu’on s’intéresse à lui le 8 mars, et les jours d’après aussi.

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