Présidentielle: Pour Antoine Buéno, auteur d’un manifeste anti-vote, « l’abstention grandissante a déjà fait bouger les choses »

INTERVIEW Antoine Buéno, ancienne plume de François Bayrou, publie ce mercredi «No vote», un manifeste qui fait de l'abstention un acte anti-système...

Propos recueillis par Coralie Lemke

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Antoine Buéno est l'auteur de No vote.

Antoine Buéno est l'auteur de No vote. — B. KLEIN/20 MINUTES

Il n’a pas prévu d’aller voter et le revendique sans complexes. Pour Antoine Buéno, l’abstention est le meilleur argument au ras-le-bol de la politique. Maître de conférences à Sciences-Po, ancienne plume deFrançois Bayrou et humoriste, il explique dans son manifeste No vote, pourquoi il ne faut pas avoir honte de ne plus aller aux urnes.

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Pourquoi avez-vous décidé de vous abstenir de voter ?

Ça s’est imposé à moi. J’ai remarqué qu’à chaque élection, il y a toujours les trois mêmes phases. D’abord on est déçu du mandat qui se finit. On se dit que les politiques sont tous nuls. Ensuite, on formule un espoir en se disant que le prochain président sera peut-être mieux. Et puis finalement, il y a à nouveau des scandales qui éclatent. Attention, je ne dis pas qu’ils sont tous pourris. Mais ça ne me convient plus.

Si aucun candidat ne convainc un électeur, ne devrait-il pas plutôt voter blanc ?

Non. Premièrement, parce que le vote blanc n’est pas reconnu. Ensuite parce que les élus ne justifient plus que l’on se déplace pour voter, même blanc. La grande majorité des élus des assemblées n’ont pas de pouvoir et ne pourraient rien changer à la situation.

Dans votre livre, vous affirmez ne pas aller voter, même pour faire barrage au FN. Faut-il vraiment s’empêcher de voter utile ?

Oui. Je n’ai pas peur du FN. Si Marine Le Pen devenait présidente, il n’y aurait pas de changements fondamentaux pour les Français. Le climat serait juste encore plus haineux et délétère. De toute manière, je ne pense pas qu’elle ait de réelles chances d’accéder au pouvoir. Et puis voter utile, c’est juste une façon de se donner bonne conscience. C’est une forme de citoyenneté un peu molle. On va mettre son papier dans l’urne une fois tous les cinq ans mais à part ça, on ne fait rien pour améliorer la situation du pays.

Et que dites-vous à ceux qui veulent voter FN par ras-le-bol, en espérant que le système change ?

Le vote FN n’est pas un vote anti-système. Ce serait vraiment se « mettre une quenelle » à soi-même, pour reprendre leur vocabulaire. Il n’y aurait aucune avancée pour le citoyen. Vraiment, c’est pire que tout.

Mais ne rien faire, n’est-ce pas finalement valider passivement le système dont vous parlez dans votre manifeste ?

Pas du tout. L’abstention grandissante a déjà fait bouger les choses. Plusieurs réformes sont une réponse au taux d’abstention, comme la loi sur le financement de la vie politique, la réforme sur le non-cumul des mandats ou les lois de moralisation de la vie politique. Mais pour avoir un véritable écho, il faut que l’abstention se structure. Même si j’ai conscience que c’est difficile.

L’abstention est souvent désignée comme un marqueur des classes populaires ou des jeunes. Vous prônez une abstention pour tout le monde ?

Exactement. Il y a deux catégories de personnes qui ne votent pas. D’une part, il y a les personnes qui ne sont pas politisées, qui se sentent dépassées. D’autre part, il y a celles qui sont très politisées et qui ne cautionnent plus la politique. Il vaut quand même mieux être dans la deuxième catégorie et savoir exactement pourquoi on ne va pas au bureau de vote.