Paris: Des tribunaux d’instance et commissariats débordés par les demandes de procuration

ÉLECTIONS Si le ministère de l’Intérieur est dans l’incapacité d’évaluer « l’ampleur du phénomène », sur le terrain, les autorités compétentes se disent, elles, débordées…

Romain Lescurieux

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La file d'attente au tribunal d'instance dans le 9e arrondissement, ce mardi

La file d'attente au tribunal d'instance dans le 9e arrondissement, ce mardi — R.LESCURIEUX

« Bonjour, c’est pour la procuration », lance un jeune homme enroulé dans sa doudoune. Derrière la vitre en plexiglas une employée du tribunal d’instance du 9eme arrondissement saisit du tac au tac le document nécessaire et aligne les questions. « Vous vivez dans l’arrondissement ? Vous y travaillez ? ». Le ballet administratif s’opère presque machinalement. Et pour cause. Ce mardi matin, la salle ne désemplit pas.

Après les 50 % d’abstention au niveau national et 54,10 % en Ile-de-France, au premier tour, de nombreux citoyens ont finalement décidé de faire les démarches pour s’exprimer ce dimanche. Si le ministère de l’intérieur, contacté par 20 Minutes, est dans l’incapacité d’indiquer le nombre de procurations établies pour les élections régionales, ni « l’ampleur du phénomène » entre les deux tours, sur le terrain, les autorités compétentes se disent, elles, débordées.

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« Nous faisons que ça de la journée »

« Nous avons déjà une dizaine de personnes depuis ce matin. Et entre 12h et 14h c’est carrément le rush depuis lundi » explique un policier en faction devant le commissariat central du 9eme arrondissement. « C’est souvent comme ça lors d’élections. Mais là, il y a tellement de monde que nous sommes obligés de les envoyer vers le tribunal », surenchérit une de ses collègues. C’est ce qui est arrivé à Anaïs, 30 ans.

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« C’est compliqué », souffle cette jeune nordiste qui travaille dans le 9eme arrondissement et habite dans le 15eme. « Hier soir je suis allée au commissariat. On m’a dit de revenir ce matin et finalement je me suis fait dégager vers ici », affirme cette jeune greffière, procuration à la main, dans une file d’attente d’une quinzaine de personnes. Chacun sort sa pièce d’identité. Les coups de tampons s’enchaînent à toute vitesse. « Bonjour, c’est à qui ? », presse la femme au guichet.

« Nous faisons que ça de la journée. Nous n’avons pas le temps de faire autre chose. Le phénomène est plus important que pour d’autres élections », commente-t-on au tribunal d’instance, en avançant le chiffre de « plus de cent procurations par jour ».

« Etant donné que je ne partage pas l’opinion du FN, j’ai décidé de voter »

Dans la pièce l’ambiance est studieuse. Et speed. Certains raturent. D’autres s’agacent. Et recommencent leur procuration. « Ah oui c’est vrai, le premier tour est déjà passé. Je me suis gouré », lance un jeune homme attablé. « Je ne connais pas l’adresse de mon bureau de vote, c’est grave ? », questionne un autre. Mais malgré quelques difficultés, à la sortie, tous disent avoir la conscience plus tranquille.

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« Je n’ai pas pu voter au premier tour, je travaillais. Et je n’avais pas fait de procuration car je n’avais pas le temps », lâche Anaïs, un brin honteuse. Mais à la vue des résultats et du « contexte particulier dans le Nord » elle a décidé de faire la démarche. Même analyse pour Julien, 23 ans, qui habite et travaille dans le 9eme.

« Je viens de Nantes. Je n’ai pas voté au premier tour. Mais avec ces résultats et étant donné que je ne partage absolument pas l’opinion du FN, j’ai décidé de voter. Et j’ai donc pris sur mon temps de travail pour venir ici », précise ce jeune décorateur. « Les gens ont pris conscience. Ils ne veulent pas n’importe quoi. N’importe qui au pouvoir », ajoute-t-il. Anaïs nuance toutefois ce sursaut. « Oui, nous sommes beaucoup à faire des procurations. Mais il n’empêche qu’au premier tour nous étions absents », souffle-t-elle. Le bruit des coups de tampons continue de résonner. « C’est pour une procuration ? Vous vivez dans l’arrondissement ? Vous y travaillez ? », serine la femme à l’accueil.