Conseil national du PS: on ne change pas une équipe qui perd

EUROPEENNES Le parti s'est réuni deux jours après sa défaite aux européennes, et Martine Aubry s'est donné «six mois pour changer de cap», sans changer les têtes à la direction du parti...

20minutes.fr

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Martine Aubry au siège du PS, le dimanche 7 juin 2009, au soir de la lourde défaite des socialistes aux européennes.

Martine Aubry au siège du PS, le dimanche 7 juin 2009, au soir de la lourde défaite des socialistes aux européennes. — GONZALO FUENTES / REUTERS

Première explication. Deux jours après la défaite européenne, le Parti socialiste a lavé ce mardi son linge sale en famille lors d'un conseil national (Parlement) à huis clos. Martine Aubry, sous pression, était sommée par ses pairs d’annoncer rapidement des transformations, notamment à la direction. «Le parti est tombé dans le formol depuis sept ans. Dernière station service avant le désert», a asséné Arnaud Montebourg à son arrivée.

Repoussant une éventuelle révolution de palais, Martine Aubry  a déclaré devant le conseil que le PS avait «six mois pour changer de cap». La patronne du PS a détaillé une feuille de route avec les grands traits d'un calendrier comprenant l'annonce d'une «nouvelle gouvernance» dans «les prochains jours» ainsi que, «dans les jours qui viennent, l'engagement de discussions avec l'ensemble de la gauche».

Malek Boutih appelle Martine Aubry à «remettre son mandat»

Mais dans un PS en crise, tout n'est pas rose et Malek Boutih, membre du Bureau national du PS, a de son côté dénoncé ce mardi une «logique de bunkerisation», qualifiant le discours de Martine Aubry de «conservateur et refermé dans le parti». Sorti de la salle du grand hôtel parisien où les socialistes se sont réunis il a asséné: «On attendait beaucoup de propositions fortes, il y a eu très peu de remises en cause». il a à nouveau appelé Martine Aubry à «remettre son mandat», et ce «par moralité».

Un tablier que Martine Aubry ne semble pas disposée à rendre. «C'est à une profonde refondation de notre parti que j'appelle», a-t-elle martelé à la tribune. «Refondation des idées, refondation à gauche, mais aussi profonde refondation de nos pratiques, nos démarches personnelles et collectives».

Ségolène Royal se place

Depuis dimanche, la première secrétaire a multiplié les consultations. Elle a rencontré ce mardi matin Ségolène Royal, qui n'est pas présente au conseil national, l'a assurée de son soutien pour des initiatives permettant une «transformation radicale» du PS. Ce mardi soir, comme pressenti, la maire de Lille a proposé à l'ex-candidate la vice-présidence de l'Internationale socialiste. «Voilà une nouvelle qui chamboulera ceux qui ne regarderont pas la "Nouvelle star" ce soir», s'est réjoui Manuel Valls, cité par Marianne2.fr.

Les deux ex-rivales ont par ailleurs «décidé de se consulter régulièrement et en direct pour agir dans l'intérêt de leur famille politique». La présidente de Poitou-Charentes, qui n'est pas au conseil national ce mardi soir, souhaite que «ses équipes soient pleinement impliquées dans le travail en commun». Martine Aubry réunira également «très vite» les autres présidents de région «pour réfléchir». «S'agissant des régionales, nous devons commencer aujourd'hui», a affirmé la patronne du PS.

Benoît Hamon reste porte-parole

Les courants du parti - notamment les partisans de Benoît Hamon, de Vincent Peillon, de Pierre Moscovici - se sont réunis en début d'après-midi, avant le conseil national, dans un grand hôtel parisien. Battu aux européennes en Ile-de-France, Benoît Hamon avait annoncé plus tôt dans la journée qu'il était prêt à rester porte-parole en posant ses conditions. Martine Aubry lui avait dès dimanche apporté un soutien indéfectible, et devrait conserver sa place de porte-parole.

De son côté, Pierre Moscovici affirme avoir reçu un appel d'offres de la première secrétaire pour entrer dans la direction. Prêt à «s'investir dans la rénovation intellectuelle du parti», il pose aussi ses conditions: «programme de travail, des primaires, et changement significatif de gouvernance.» Il demande également un «conseil des sages» composé de «personnalités» comme Bertrand Delanoë, Ségolène Royal, François Hollande ou Laurent Fabius.

Des «Etats généraux du renouveau»

Pressenti pour rejoindre la direction, l'ex-lieutenant de Ségolène Royal, Vincent Peillon, eurodéputé réélu, a jugé «indispensable» de «rééquilibrer et muscler» la direction et appelle à un «nouveau dispositif». De son côté, la députée royaliste Aurélie Filippetti, battue aux européennes dans l'Est, et le député Gaëtan Gorce, ont appelé à des «Etats généraux du renouveau» pour définir un «nouveau projet» et fixer le «périmètre de primaires ouvertes» pour désigner le «leader» de la gauche à la présidentielle.

Pour Manuel Valls, cependant, il n'y pas «pas de raison» que Vincent Peillon, lui-même, «ou d'autres» entrent à la direction du Parti socialiste. «Ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas conscients de l'effort qu'il faut faire», a tenu à préciser le député-maire d'Evry à sa sortie du Conseil national du parti. Mais selon lui, «c'est une vraie révolution intellectuelle de notre corpus d'idées, de ce que nous sommes, qu'il faut accomplir», et «cela ne se règle pas en quelques heures ou avec des remodelages de direction».

Vincent Peillon lui-même a réclamé une réunion «beaucoup plus longue» en juillet pour permettre d'avancer sur l'orientation, les alliances, la future direction et les primaires. «Parler des personnes avant de parler du projet, ce n'est pas ce que les électeurs attendent de nous»,a-t-il estimé. Un air déjà entendu.

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