INTERVIEW - Denis Lefebvre, historien du PS et militant de longue date, estime que le délai de six mois accordé par Martine Aubry est nécessaire...
Deux jours après son échec aux européennes, le Parti socialiste s'est réuni lors d'un conseil national à huis clos mardi soir et Martine Aubry
s'est donné «six mois pour changer de cap». Denis Lefebvre, secrétaire général de l'Office universitaire de recherche socialiste (Ours) et militant de longue date au PS, analyse cette stratégie pour 20minutes.fr
Tout le monde attendait des changements à la tête du parti mardi soir, mais rien de tel n'a été annoncé. Pourquoi selon vous?
Le PS peut décider de vivre à une autre vitesse que celle que le monde extérieur, à commencer par les médias, voudrait lui imposer. Il a son rythme de travail, son mode de fonctionnement. Réagir sous la pression de la défaite, ce n'est jamais bon. Et puis,
une équipe a été élue à l'issue du Congrès de Reims, en novembre dernier. Il faut lui laisser le temps de diriger jusqu'au prochain Congrès, qui aura lieu dans deux ans normalement.
Mais certains, à l'intérieur même de l'équipe, prônent le changement...
A ce que je sache, les cadres du parti, Aubry, Peillon, Bianco... sont sur la même ligne. Il y en a toujours qui donnent de la voix, c'est comme ça que fonctionne le PS. C'est le seul vrai parti démocratique en France, d'où la difficulté pour ses chefs de le gérer. Pour autant, il n'y avait pas une volonté de règlements de compte à l'issue du Conseil national.
Comment le PS peut-il se relever de ce nouvel échec électoral?
Il lui faut sans doute s'ouvrir davantage, en élargissant la direction. Pourquoi ne pas organiser des primaires? Mais ce qui est important, surtout, c'est la volonté de travailler ensemble, dans la même famille politique. Si on est d'accord sur l'essentiel, à savoir la déclaration de principes (adoptée au Congrès, ndlr), le reste, c'est de la vie quotidienne. C'est pourquoi il faut reposer la question de la gouvernance: «Comment travaille-t-on ensemble?» Tout ne repose pas sur une personne.
Mais il faut bien désigner un candidat pour la présidentielle?
Nous sommes en 2009, il y a encore un peu de temps. Mais c'est vrai que le PS a toujours eu du mal à intégrer cette élection présidentielle. Il s'agit surtout d'un combat individuel alors que depuis un siècle, le parti a toujours prôné le collectif. Cette élection leur plaît-elle vraiment? La question se pose. Le PS est pourtant très attaché à ses succès électoraux, car c'est de cette manière qu'il entend faire passer ses idées. Il n'a d'ailleurs jamais eu autant d'élus que depuis 2004.
Mais c'est surtout grâce à des élections locales (régionales, municipales)...
Effectivement. Mais il ne faut pas oublier qu'en 2004, il avait aussi très bien réussi aux européennes, emmené par François Hollande. Le PS a intégré cette fois-ci ses 16,48% de votes mais aussi les 60% d'abstention. Au final, il dispose de davantage de réserves que l'UMP. Il faut qu'il parvienne à faire revenir les électeurs qui ont voté ailleurs ou qui se sont abstenus. Le vote pour Europe Ecologie a surtout été un vote sanction contre le PS, assez conjoncturel finalement.
Propos recueillis par Catherine Fournier