Travail: Les contrats aidés sont-ils vraiment efficaces pour trouver un emploi?

EMPLOI La ministre du Travail les a vivement critiqués…  

Nicolas Raffin

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La ministre du Travail Muriel Pénicaud dans une agence Pôle Emploi de Lyon, le 4 août 2017.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud dans une agence Pôle Emploi de Lyon, le 4 août 2017. — Bony/SIPA

  • Les élus de la Réunion protestent contre la baisse des contrats aidés.
  • Plusieurs études ont déjà mis en avant le besoin accru de formation pour les bénéficiaires de ces contrats.
  • Ils permettent néanmoins de réinsérer, même temporairement, des personnes dans le monde du travail.

Pas de vacances pour Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l’Education est attendu ce jeudi à La Réunion pour la rentrée des professeurs de l’île, dans un contexte tendu : plusieurs élus réunionnais ont décalé la date de rentrée des élèves, estimant qu’elle ne pouvait pas se faire dans de bonnes conditions à la date initialement prévue. La faute, selon eux, à l’annulation de nombreux contrats aidés alors que le gouvernement veut réaliser 4,5 milliards d’euros d’économies en 2017 et au moins 15 milliards en 2018.

Qu’entend-on par contrats aidés ? D’après la définition de l’Insee, ils consistent à diminuer « les coûts d’embauche ou de formation de certains salariés pour les employeurs ». Ils ont de nombreuses formes : formations en alternance, emplois d’avenir, ou encore contrats uniques d’insertion (CUI). Fin 2016, 418.000 personnes (hors formation en alternance) en bénéficiaient. Pour 2017, 2,4 milliards d’euros avaient été budgétés pour cette mesure.

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Un rapport sans concession

Interrogée sur les coupes budgétaires, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait exposé plusieurs arguments devant l’Assemblée nationale. La ministre reproche d’abord à l’ancien gouvernement d’avoir « surconsommé » le budget 2017 des contrats aidés, en en programmant les deux tiers en six mois seulement. Elle s’était ensuite appuyée sur plusieurs études pour dénoncer des contrats « coûteux », « pas efficaces » contre le chômage, et ne permettant pas une bonne insertion professionnelle.

Muriel Pénicaud s’appuie notamment sur un rapport de la Cour des comptes daté d’octobre 2016. Le document note que si « 66 % des jeunes sortants d’un contrat aidé dans le secteur marchand (entreprises) en 2013 » ont trouvé un emploi six mois après, le pourcentage tombe à 40 % pour les contrats aidés du secteur non-marchand (secteur public, associations). Cette différence s’explique essentiellement par le niveau de diplôme des bénéficiaires : plus ces derniers possèdent des qualifications, plus ils ont de chance de « rebondir » après leur contrat aidé.

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Un coup de pouce nécessaire ?

De quoi donner du crédit au discours de la ministre du Travail, qui affirme vouloir « investir dans la formation, dans le développement des compétences » avec le lancement d’un « grand plan » à l’automne, ce qui représentera un investissement de 15 milliards d’euros sur cinq ans.

Pour autant, cela signifie-t-il que les contrats aidés ne sont d’aucune utilité ? Dans un article de Localtis publié en 2013, Bernard Gomel, chercheur au Centre d’études de l’emploi (CEE), jugeait que ces emplois étaient « critiquables mais indispensables » dans une période de chômage élevé.

Ainsi, selon des statistiques du ministère du Travail datant d’août 2015, près de 64 % des recrutements en contrats aidés dans le secteur non-marchand ont eu lieu grâce à l’aide de l’État. Autrement dit, sans ce coup de pouce, de nombreuses personnes se seraient retrouvées au chômage. Un argument repris par François Ruffin et par Force ouvrière ce mercredi. Sur RMC, le député France insoumise a rappelé que ces contrats représentaient « des centaines de milliers d’emplois pour des gens qui parfois accèdent difficilement à de l’emploi ».

Un constat qui date

Ce débat sur « l’utilité » des contrats aidés n’est pas nouveau. Dès 2007, un rapport du Sénat notait que les contrats aidés du secteur non-marchand, moins pourvus en formation, avaient « un impact plus immédiat et direct sur les chiffres du chômage », tandis que ceux du secteur marchand, avec une meilleure formation, favorisaient davantage l’accès à des emplois durables.

En résumé, si Muriel Pénicaud vise juste lorsqu’elle pointe le manque de débouchés et de formation pour les contrats aidés, elle n’a que partiellement raison en ce qui concerne la lutte contre le chômage, même si l’effet positif se fait surtout sentir à court terme.