Illustration: Un CV.
Illustration: Un CV. - JAUBERT/SIPA

EMPLOI Pour certains candidats, alléger son CV pour ne pas paraître surqualifié est une stratégie dans la recherche d'emploi...

On connaissait la tendance consistant à gonfler son CV, en indiquant un poste plus flatteur que celui réellement occupé ou une langue vivante pourtant mal maîtrisée… Sachez que l’inverse existe aussi. Des candidats considérés surdiplômés par les recruteurs choisissent délibérément de faire disparaître certaines mentions de leur CV. C’est ce qu’a constaté le Service de protection au crédit brésilien au cours d’une étude publiée en février. Une pratique qui a aussi cours en France.

Effacer son doctorat pour décrocher un entretien en entreprise

Laurie, une internaute de 20 minutes qui a étudié deux ans l’espagnol et un an le tourisme, raconte : « on m’a fait comprendre que le fait d’avoir deux diplômes et peu d’expériences compliquerait les choses pour trouver un emploi. Actuellement, j’occupe un poste de standardiste en CDD qui ne concerne absolument pas mon domaine d’études, ni mon niveau bac + 3. »

La professeure-chercheure en gestion des ressources humaines à l’EM Lyon Business School, Marie-Rachel Jacob, observe également que « certaines personnes qui ont un doctorat et qui recherchent un emploi en entreprise, enlèvent le diplôme de leur CV parce qu’on les trouve surqualifiées ou inadaptées ». « Le doctorat n’a pas forcément bonne presse auprès des employeurs. Ils peuvent ainsi au moins passer en entretien », explique-t-elle.

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Une stratégie face à un manque d’attractivité

Alléger son CV est ainsi une stratégie lorsque les « demandeurs se rendent compte d’un décalage entre ce qu’ils ont et ce qui est recherché, constate Marie-Rachel Jacob. La personne peut ensuite évoluer au sein de l’entreprise »

Comme l’explique le chercheur, coauteur de Des ressources ou des hommes (avec Fabienne Autier et Mar Pérezts), « on a une espèce de courbe montante où la licence et le master vont être extrêmement prisés, mais avec une spécialité générale. En revanche, dès qu’on dépasse le master ça descend, le doctorat n’est pas valorisé. Sur des profils plus techniques et professionnels, la licence pro ou le BTS vont aussi être valorisés face à un master trop pointu. » Selon une étude de l’Apec datée de 2015, près de 40 % des diplômés d’un Bac + 5 sont encore à la recherche d’un emploi un an après l’obtention de leur diplôme.

Illustration d'un entretien d'embauche
Illustration d'un entretien d'embauche - POUZET

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« Ils n’auront pas tous un emploi à la hauteur »

Les raisons qui peuvent rebuter une entreprise à embaucher sont multiples. Un salarié surqualifié est susceptible d’attendre une promotion qui ne viendra pas. Il est aussi plus prompt à s’ennuyer. Et ce salarié quittera sans doute son poste dès qu’il aura une opportunité à la hauteur de ses attentes.

D’après Marie-Rachel Jacob, « on est sur un marché qui n’offre pas autant de postes qu’il y a de diplômés qui sortent de l’enseignement supérieur. On sait qu’ils n’auront pas tous un emploi à la hauteur de leur véritable qualification. »

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Les recruteurs contactés par 20 minutes relativisent toutefois l’ampleur du phénomène. Pour Gaëlle Marre, directrice d’Office Team à Robert Half, il s’agit davantage d’une adaptation du CV au poste : « c’est intéressant d’alléger son CV et de mettre en avant les compétences qui correspondent au poste demandé », explique-t-elle, tout en rappelant que « les recruteurs français sont plutôt friands des diplômes élevés. »

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