Des gens marchent près de la Grande arche de La Défense, quartier d'affaires de Paris, le 9 décembre 2015.
Des gens marchent près de la Grande arche de La Défense, quartier d'affaires de Paris, le 9 décembre 2015. - Adrien MORLENT AFP

EMPLOI Selon une étude de Terra Nova et Jobijoba, plus on s’éloigne des centres, plus les contrats sont précaires et les rémunérations faibles...

Les grandes métropoles françaises raflent la majorité des emplois. La preuve en est faite à nouveau avec l’étude* du tank tank Terra Nova et du job board Jobijoba dévoilée ce mardi. Elle montre ainsi que « les centres-villes des grandes aires urbaines de France » concentrent entre 50 et 60 % des offres d’emploi collectées en 2015, alors que seulement 25 % de la population y réside. Exemple : alors que l’aire urbaine de Nantes regroupe plusieurs communes, 69 % des offres d’emploi de cette zone sont situées à Nantes même. Idem pour Lille qui concentre 65 % des offres d’emploi de l’aire urbaine lilloise.

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Si cette géographie du marché de l’emploi a toujours existé, elle s’est encore accentuée ces dernières années. Ce qui n’est pas sans conséquences pour les actifs, car parallèlement, de plus en plus de ménages vivent en périphérie urbaine : « En raison des prix élevés du foncier, les petites classes moyennes s’éloignent du cœur des villes. Et les ménages plus aisés vont aussi chercher plus d’espace et une qualité de vie en banlieue des grandes métropoles », observe Thierry Pech, directeur général de Terra Nova.

Des meilleurs emplois

Non contentes de truster la majorité des emplois, les grandes métropoles sont aussi l’apanage des emplois de meilleure qualité. « Plus on s’éloigne du cœur des aires urbaines, plus la qualité des offres d’emploi décroît », souligne ainsi Thierry Pech. Ainsi, selon l’étude, la moitié des offres d’emploi recensées dans le cœur des métropoles sont en CDI, contre 42 % de ceux proposés dans la banlieue et la couronne des aires urbaines. Cette prévalence des emplois stables est particulièrement prononcée à Lille, Bordeaux, Strasbourg, Rouen et Toulouse. Idem concernant l’intérim qui est davantage proposé en grande banlieue (35 % des offres) que dans les villes centre (28 %).

 

Une tendance qui s’observe aussi sur les salaires qui sont plus élevés au cœur des métropoles que ceux proposés à leur périphérie. Le salaire brut médian atteint ainsi 24.000 euros par an dans le centre de l’aire urbaine, contre 21. 600 euros en périphérie. C’est encore plus marqué à Paris (où le salaire médian s’élève à 24.000 euros contre 28.500 euros en banlieue). « Cela s’explique aussi par le fait que les villes situées au centre des aires urbaines attirent généralement les services support, les sièges sociaux et les activités liées à l’économie de la connaissance et de l’information, qui proposent des emplois bien rémunérés. Alors qu’en périphérie de ces villes, on observe la prévalence des emplois industriels et des services à la personne, qui le sont moins », observe Thierry Pech.

Une géographie de l’emploi pénalisante pour les plus pauvres

Selon Thierry Pech, « cette hyperconcentration du marché du travail n’est pas un drame, car elle permet de rationaliser les transports en commun vers le centre des métropoles ». Mais elle pénalise certains candidats dans leurs recherches d’emploi. « Car les personnes les plus modestes qui habitent en deuxième couronne sont désavantagées », souligne-t-il. Le coût du transport et de la garde de leurs enfants est en effet parfois trop lourd pour qu’elles puissent accepter un travail loin de leur domicile. Ce qui fait que dans certaines aires urbaines, les candidats ne cherchent pas d’emploi au bon endroit et que les entreprises ne trouvent pas preneur pour leurs offres. C’est le cas dans l’aire urbaine de Lyon, Marseille, Bordeaux ou Toulouse.

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Une situation qui pourrait s’améliorer « si les communes résidentielles de la première couronne s’ouvraient de manière volontariste davantage à cette population », suggère Thierry Pech. Autres solutions pour permettre une meilleure adéquation entre l’offre et la demande d’emploi : « développer le télétravail le plus possible, ainsi que les transports en commun », indique-t-il.

*L’étude réalisée à partir de 6 millions d’offres d’emploi en ligne collectées au cours de l’année 2015 dans les 15 plus grandes aires urbaines françaises et sur plus d’un million de recherches d’emploi en ligne.

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