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Une opération - MAGNIEN/20 MINUTES/SIPA

EXCLUSIF Les jeunes restent tiraillés entre la quête de sens au travail et la précarité du marché de l’emploi, selon sondage BVA pour Le Bon Coin en partenariat avec 20 Minutes…

Pragmatiques, mais pas seulement. Les jeunes placent la rémunération en tête de leurs attentes professionnelles, selon le baromètre de l’emploi de janvier 2016* réalisé par BVA pour Le Bon Coin en partenariat avec 20 Minutes. Mais des critères tels que l’ambiance au travail, l’intérêt des missions et le temps libre figurent aussi parmi les principales préoccupations des 18-34 ans.

Précarité et sentiment de déclassement

Qu’attendent les jeunes Français de leur travail ? 58 % des 18-34 ans interrogés dans ce sondage ont répondu « être bien payé ». Pour le sociologue du travail Alain d’Iribarne, cela reflète un certain réalisme. « Les jeunes ont intégré la réalité : vu l’état du marché, ils savent qu’à formation équivalente ils seront moins bien payés que les jeunes générations l’étaient il y a une dizaine d’années, aux mêmes postes juniors », relève le président du comité scientifique d’Actineo, observatoire de la qualité de vie au travail. En outre, les jeunes générations sont davantage susceptibles d’être embauchées en CDD de courte durée. Cela alimente le sentiment de précarité et de déclassement.

Selon l’Apec (l’association pour l’emploi des cadres), la rémunération médiane des jeunes diplômés diminue depuis 2013. Celle des jeunes peu qualifiés est encore plus faible, proche du SMIC. En outre, le taux de chômage des moins de 25 ans a atteint 25,7 % dans l’Hexagone en novembre 2015 (selon Eurostat), soit 15 points de plus que la moyenne nationale.

« Il est plus difficile aujourd’hui pour un jeune de devenir un « insider » du marché de l’emploi. C’est d’autant plus déprimant qu’ils sont mieux formés et plus performants que leurs aînés », souligne Alain d’Iribarne. Conséquence : plus d’un tiers des 18-34 ans sondés estiment que les jeunes sont « découragés » vis-à-vis de leur travail (35 %) voire « exploités » (30 %).

Une « quête de sens » et d’équilibre

La quête de sens et d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle des jeunes, mise à mal par la crise économique, n’est pas pour autant sacrifiée. Environ 35 % des sondés de 18-34 ans citent « la bonne ambiance » parmi leurs principales attentes, devant « disposer de temps libre » (27 %) et « avoir des missions intéressantes » (26 %). Privilégiant la qualité de l’environnement professionnel, la « modernité » et le « respect » sont selon eux les valeurs les plus attractives chez un employeur.

« Les jeunes générations ne veulent pas que leur travail soit le centre de leur vie », commente Alain d’Iribarne, pour qui il ne s’agit pas seulement d’une quête de bien-être, mais d’une recherche « existentielle » qui amène certains jeunes travailleurs « à décrocher » de l’entreprise voire du salariat.

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Des inégalités en fonction des qualifications

Une dynamique qu’il convient de nuancer car « toute une frange de la jeunesse reste aux marges de l’emploi », insiste Jean-François Giret, directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation. « Il y a une très forte segmentation entre diplômés et non diplômés. Leurs chances d’insertion sont très inégales : 40 % des jeunes sans diplôme sont au chômage, tandis que neuf jeunes qualifiés sur dix ont un emploi cinq ans après la fin de leurs études ».

 

Mais les jeunes générations sont loin de subir passivement cette segmentation, affirme Alain d’Iribarne. « Débrouillards, polyvalents », les jeunes se tournent de plus en plus vers les petites entreprises, les start-up ou le milieu associatif. « Certains vont cumuler les petits boulots et d’autres vont lancer leurs projets grâce au financement participatif ».

* Enquête réalisée les 19 et 20 janvier 2016 auprès d’un échantillon de 1.007 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, recrutées par téléphone puis interrogées par Internet.

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