Il n’y a pas eu deux crises successives, mais une seule, qui continue. C’est un même processus que l’on n’est pas parvenu à arrêter et qui se manifeste d’une manière différente. Il y a eu un premier mouvement en 2007-2008 puis un deuxième aujourd’hui qui s’inscrit dans son sillage. Aujourd’hui, une nouvelle récession se dessine, elle est presque arrivée aux Etats-Unis qui représentent entre 1/4 et 1/3 de l’économie mondiale, mais elle s’explique largement par les mêmes raisons que celle de 2008.
J’en compte trois principales: une complexité financière extrême, une spéculation généralisée qui représente plus de la moitié des opérations financières actuelles, et enfin une économie qui est fondée sur le crédit et non sur une répartition équitable des richesses. On ne s’est pas attaqué en profondeur à ces problèmes, on a seulement réalisé des modifications à la marge ou bien on s’est attelé à relancer l’activité. Or, la période actuelle se distingue des précédentes puisqu’aujourd’hui la récession n’est pas le problème en lui-même, ce n’est que le symptôme de maux plus graves, comme l’épuisement des ressources et ceux que je citais précédemment.
Le crédit est devenu la forme essentielle de remplacement d’un véritable accès à la richesse. Aujourd’hui, les salariés empruntent les salaires qu’ils n’ont pas. Il faut d’abord revoir la répartition des richesses, en faveur des salariés. Il faut ensuite rendre moins complexe la finance, et interdire les produits financiers que l’on n’est pas en mesure de comprendre. Enfin il faut s’attaquer à la spéculation, en interdisant les marchés à terme à ceux qui n’ont rien à vendre ou à acheter.
Il y a eu un premier système monétaire international en 1944, défini à Bretton Woods, qui reposait sur une parité dollar-or. Rapidement déséquilibré, sa fin a été décidée en 1971. Depuis, il n’y a plus d’ordre monétaire international et nous en subissons les conséquences. Je plaide pour un nouveau Bretton Woods qui mettrait sur pied une vaste chambre de compensation internationale, comme l’entendait John Maynard Keynes à Bretton Woods en 1944, dans sa proposition qui ne fut pas retenue. C’est là que le commerce international se régulerait et serait pacifié. Les pays qui créent des déséquilibres en exportant trop comme l’Allemagne - ou l’inverse comme la Grèce- seraient pénalisés automatiquement sur le cours de leur monnaie, qui se réajusterait par la dévaluation ou la réévaluation.
L’idée fait son chemin, les dirigeants en parlent dans les réunions actuelles. Elle permettrait une sortie par le haut de la crise.