Annonces de la BCE: «Pour les Français, l'austérité commence maintenant»

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Publié le 7 septembre 2012.

INTERVIEW - Quelles sont pour les Français les conséquences des annonces faites jeudi par la Banque centrale européenne (BCE)? «20Minutes» a posé la question à Charles Sannat, directeur des études économiques d'Aucoffre.com...

Quel regard portez-vous sur les annonces faites hier par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE)?

Sa volonté de racheter, de manière illimitée, de la dette des pays en difficulté est fondamentalement une excellente nouvelle, pour tout le monde. Depuis le début de la crise, c’est le premier engagement réel de la BCE à tout faire pour préserver la monnaie unique. Néanmoins, cet engagement est limité dans le temps, à trois ans, et subordonné à des conditions: la BCE donnera tout l’argent qu’il faut, mais seulement si les pays concernés assainissent leurs finances publiques.

Ces annonces semblent surtout destinées à l’Espagne et à l’Italie, qui empruntent à des taux très élevés, ce qui n’est pas le cas de la France. Notre pays est-il vraiment concerné?

Ces annonces s’adressent même fondamentalement à la France, bien plus endettée que l’Espagne. François Hollande a dit ce vendredi matin que nous allions devoir nous serrer la ceinture. Jusqu’à présent, il y avait deux catégories de Français. Ceux qui ont perdu leur emploi et qui ne parviennent pas à en retrouver un. Et tous les autres, pour qui la crise a eu peu d’effets. Elle était parfois même plutôt chouette, puisqu’elle leur a, par exemple, permis d’obtenir un rabais pour acheter leur nouveau véhicule… Ce temps est terminé. Il faut payer nos dettes et la crise va rattraper tout le monde. Comme il n’y a pas de croissance et que réduire les dépenses est difficile, les impôts vont considérablement augmenter, à tous les niveaux. Tout en sachant que hausser trop fortement les impôts casse la croissance, ce qui conduit à la récession, ce qui entraîne moins d’entrée d’argent via les impôts… C’est une spirale infernale dans laquelle est notamment enfermée la Grèce. En tout cas, en France, l’austérité commence maintenant.

Les marchés financiers ont apprécié les annonces de la BCE… Mais pour combien de temps?

Ca ne va pas durer. Car les marchés vont maintenant vouloir connaître les traductions concrètes de ces annonces. Le temps politique n’est pas celui de l’économie et des marchés, il faut en être conscient. Politiquement, l’enjeu est de se mettre d’accord avec tous ses partenaires et cela oblige à une stratégie des petits pas. Autrement dit: l’Europe est contrainte de trouver les plus petits dénominateurs communs pour avancer. En l’occurrence, il fallait vraiment qu’elle soit au bord du gouffre pour que la BCE annonce un rachat illimité des dettes souveraines.

Faut-il craindre une inflation, comme le redoutent les Allemands?

La BCE propose de prêter de l’argent qu’elle n’a pas, mais seulement pendant trois ans, puis exige d’être remboursée. Ce n’est donc pas de la création monétaire pure. Il n’y a donc pas de risque d’hyperinflation… Si l’on se tient aux conditions fixées par la BCE. Mais l’argent prêté sera-t-il réellement remboursé dans trois ans et que ferons-nous si tel n’est pas le cas? La décision de la BCE est très pertinente, mais aussi bonne soit-elle, nous ne sommes pas certains que cela fonctionnera.

Propos recueillis par Céline Boff
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