Les investisseurs ont poussé un grand « ouf » de soulagement, jeudi, après la conférence de presse du patron de la Banque
centrale européenne. A l'issue de la réunion mensuelle de l'institution de Francfort, il a annoncé qu'elle allait intervenir sur le marché de la dette, alors que certains pays comme
l'Espagne doivent payer des taux d'intérêt très élevés,
compliquant sérieusement le redressement de leurs
finances publiques obtenu à coups de plans de rigueur.
Résultat, à Paris, le CAC 40 grimpait de près de 3 %. Une réaction disproportionnée, selon l'économiste Marc Touati. « La BCE a juste gagné un peu de temps. » Si elle a éteint provisoirement l'incendie, elle ne s'attaque pas au cœur du problème : le ralentissement de la croissance. Elle a d'ailleurs divisé par deux ses prévisions pour 2013, à 0,5 %. La BCE est allée au-delà des réticences allemandes qui voient ce programme de rachat de dettes d'un très mauvais œil.
La peur de l'inflation
Berlin veut éviter que cette aide n'amène les pays bénéficiaires à différer l'assainissement de leurs finances publiques. C'est pourquoi la BCE s'est résignée à une concession. Les pays en difficulté devront demander d'abord l'aide au pare-feu de la zone euro, le FESF. Charge à ce dernier d'imposer des conditions de restructuration drastiques. Pas certain que cela suffise à l'Allemagne. Le 12 septembre, la cour constitutionnelle de Karlsruhe rendra sa décision sur la légalité du FESF, tout comme sur le pacte budgétaire signé fin juin à Bruxelles qui prévoit la fameuse règle d'or. Berlin ne peut le ratifier sans ce feu vert. Pour Christian Jimenez, de Diamant Bleu Gestion, la décision de la BCE pourrait être perçue par les juges comme un coup de canif dans l'orthodoxie budgétaire allemande. Et du couples inciter un peu plus à refuser d'entériner la légalité de l'ensemble du dispositif. On le voit, dans tous les cas, la crise de la zone euro a encore de beaux jours devant elle.