La raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime)
La raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime) - WITT/SIPA

Propos recueillis par Céline Boff

La raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime) poursuivra-t-elle son activité? Le tribunal de commerce de Rouen se prononcera ce mardi. Deux repreneurs étrangers sont en lice: le groupe Net Oil, qui appartient à l’homme d’affaires Roger Tamraz, et Alafandi petroleum group (APG), propriété de Ramzi Alafandi.

Mais les dossiers présentés par ces deux patrons à la réputation sulfureuse, comme le rappelle Le Monde, ne semblent pas suffisamment solides. Résultat: le tribunal pourrait bien se prononcer pour une liquidation pure et simple de cette raffinerie, en redressement judiciaire depuis le 24 janvier. Ce qui serait une catastrophe pour le raffinage français, secteur malmené depuis décennies, mais aussi un signe inquiétant pour les consommateurs. L’éclairage de Thomas Porcher, économiste à l’ESG MS et spécialiste du pétrole.

Pensez-vous que l’on s’achemine vers une liquidation de la raffinerie Petroplus?

Je n’en sais rien. Mais la situation est alarmante: la France comptait, en 1970, 24 raffineries. Il en reste seulement dix aujourd’hui… Nous sommes depuis quelques années sur le rythme d’une fermeture annuelle. Je rappelle qu’une raffinerie produit du carburant, c’est un sujet important.

Parmi les éventuels repreneurs ne figure aucun Français. Pas même Total. Comment l’expliquez-vous? 

Aucune major ne peut être intéressée par la reprise d’une raffinerie en France, parce que cette activité n’est pas suffisamment profitable. Je rappelle que la marge brute –c’est-à-dire celle que l’obtient en ôtant le prix du pétrole, du fret et de l’assurance à celui du produit raffiné– varie considérablement en fonction des aléas du marché. Ainsi, cette marge brute était de 10 euros au mois de juin 2011, alors qu’elle s’élevait à 22 euros trois mois plus tôt, en mars… Aucune autre production ne connaît une telle variation, c’est hallucinant.

Ces variations s’expliquent-elles par les problèmes de surcapacités dénoncés par la profession?

Non, la productivité explique moins ces variations que les prix mondiaux des marchés. Et je tiens à préciser que la France est à la fois en sous-production et en surcapacité, car nos raffineries produisent principalement de l’essence alors que les Français consomment surtout du diesel. Résultat: nous exportons notre production et nous importons notre consommation. C’est une situation absurde. Qui conduit à la fermeture de nos raffineries.

Quelle est la solution?

Il faudrait lancer un plan Marshall des raffineries. Investir massivement pour convertir notre outil à la production de diesel. Total a équipé son site de Jubail, en Arabie Saoudite, d’une nouvelle technologie qui permet d’adapter la production entre l’essence et le diesel en fonction de la demande… Evidemment, les raffineries françaises ne disposent pas de cette innovation.

Mais le raffinage peut-il être une activité rentable?

Oui, même si elle sera toujours moins profitable que l’activité d’extraction et de production. Jusqu’en 1973, les compagnies pétrolières géraient l’ensemble de la chaîne, du puits à la pompe. Elles ont ensuite séparé leurs activités, avec d’un côté l’exploration et la production, et de l’autre, le raffinage et la distribution. Et il s’avère que la première activité gagne beaucoup plus d’argent. Sur les 12 milliards d’euros de bénéfices réalisés par Total, 10 milliards proviennent de l’activité exploration et production…

Investir dans le raffinage permettrait-il de faire baisser les prix à la pompe?

Agir sur le prix d’un produit que l’on importe est bien évidemment plus compliqué… Les insulaires français le savent. Mais le plus important est d’assurer notre sécurité énergétique.

Le gouvernement se saisit-il de cette problématique?

Il tente d’agir parce que les raffineries représentent encore, directement ou indirectement, 90.000 emplois en France. Mais l’Europe s’interroge réellement. Son idée serait de revoir les taxes entre l’essence et le gazole afin de rééquilibrer la demande. Les automobilistes consommeraient ainsi davantage d’essence, et nos raffineries pourraient ainsi répondre à cette demande.