Jeu de clés en main, l'agent immobilier d'une banque fait visiter les appartements d'un complexe résidentiel de luxe sur la Costa del Sol espagnole mais, même en accordant des rabais de jusqu'à 60%, la moitié des logements restent désespérément vides.
Jeu de clés en main, l'agent immobilier d'une banque fait visiter les appartements d'un complexe résidentiel de luxe sur la Costa del Sol espagnole mais, même en accordant des rabais de jusqu'à 60%, la moitié des logements restent désespérément vides. - Jorge Guerrero afp.com

© 2012 AFP

L'histoire est désormais classique dans ce pays en crise: le Mirador de Benalmadena, près de Malaga (sud), formé de plus de cent appartements, est tombé il y a un an aux mains de la caisse d'épargne Cajamar, qui l'a saisi pour solder la dette d'un promoteur ne pouvant plus payer.

"Avec nous, le prix (des logements) a énormément chuté par rapport à ce que demandait le promoteur", assure Joaquin Luque, gestionnaire des actifs immobiliers de la banque, en longeant une gigantesque piscine bordée de jardins et faisant face à la mer, mais dans laquelle personne ne se baigne.

Un appartement de deux chambres, qui coûtait avant 400.000 euros, est désormais proposé à 250.000 et, sur ce prix, "nous avons fait des remises de jusqu'à 30%", raconte-t-il: "si des visiteurs viennent et font une offre, nous l'étudions".

Comme Cajamar, la grande majorité des banques espagnoles se retrouvent, depuis l'éclatement de la bulle immobilière en 2008, avec un stock de logements et de terrains qui sont devenus pour eux un véritable boulet alors que les prix sur le marché sont en chute libre.

Pour s'en débarrasser, une seule solution: lancer des campagnes de vente à des tarifs très agressifs.

Santander, première banque du pays, a promis que ses "actifs immobiliers toxiques (à la valeur faible ou très difficiles à vendre, ndlr) appartiendr(aient) au passé en 2013" et BBVA, numéro deux, s'est fixée un délai de 18 à 21 mois pour liquider tous ses immeubles.

"Remises de jusqu'à 70% jusqu'au 30 septembre", "logements sur la côte à partir de 36.700 euros", promet aussi Solvia, société qui gère le parc immobilier de Banco Sabadell.

Avec un taux de chômage record de 24,6%, pendant que les banques du pays se montrent de plus en plus réticentes à accorder des crédits, difficile d'espérer les vendre à des Espagnols. L'idée est plutôt de séduire les clients étrangers, surtout dans les zones touristiques.

Un tiers des 676.000 logements neufs en vente se trouvent justement sur la côte, explique José Manuel Galindo, président de l'Association des promoteurs et constructeurs d'Espagne, qui travaille avec le gouvernement pour promouvoir hors des frontières le patrimoine immobilier espagnol.

"Il faut identifier les marchés les plus actifs: nous regardons vers les pays de l'Union européenne mais aussi vers les pays émergents, par exemple la Russie et d'autres marchés comme peut l'être la Chine", dit-il.

Pour cela, "nous travaillons avec le ministère des Affaires étrangères afin de simplifier les procédures administratives pour acheter un logement en Espagne", en facilitant les visas et les transferts de capitaux, "évidemment avec une traçabilité sûre pour éviter le blanchiment", promet-il.

Paradoxalement, l'autre stratégie des banques pour se défaire de leur parc immobilier est ... de remettre en marche les bétonneuses.

"Il y a des banques qui ont des terrains qu'actuellement personne n'achète", indique Fernando Encinar, responsable des études sur le portail immobilier Idealista. "Et si ces terrains sont dans des villes bien situées, où elles savent qu'en construisant des logements pas chers elles vont pouvoir les vendre, alors elles recommencent à construire".

On reste toutefois bien loin du niveau atteint avant la crise: selon le ministère du Logement, alors qu'en 2006 l'Espagne construisait 737.186 logements, en 2011 elle n'en a bâti que 76.005.

Pendant que, sur les collines de Benalmadena, les grues sont déjà au travail pour un nouveau complexe résidentiel qui verra le jour face à la mer, à trente kilomètres de là, à Malaga, un lotissement voit ses maisons, qui n'ont jamais été achevées, se couvrir de graffitis.

Et dans d'autres zones du pays, reconnaît Fernando Encinar, "personne n'achète et on ne construira plus pendant longtemps".

Alors, imagine-t-il, "peut-être qu'à court ou moyen terme, nous verrons des logements non terminés être détruits, pour rendre le terrain à la nature."