Les chefs d'état-major des armées mettent en garde contre de nouvelles coupes budgétaires et réductions des moyens de la défense qui comprometteraient à terme la capacité des armées à remplir leurs missions.
Les chefs d'état-major des armées mettent en garde contre de nouvelles coupes budgétaires et réductions des moyens de la défense qui comprometteraient à terme la capacité des armées à remplir leurs missions. - Joel Saget afp.com

avec AFP

Très sollicitées ces dernières années, en Afghanistan ou en Libye, le moral des troupes n’est pas au beau fixe. Auditionnés durant l'été par la Commission de la défense de l'Assemblée nationale, à la veille des discussions sur le nouveau Livre blanc, les premiers militaires de France ont exprimé leur satisfaction d'avoir conduit depuis 2008 la rationalisation de la défense sans entamer l'efficacité des forces.

Mais ils ont aussi souligné la fragilité d'un dispositif soumis à de lourdes réductions d'effectifs et de moyens. Des coupes drastiques - 54.000 postes supprimés entre 2009 et 2015 -, qui pèsent sur le moral des militaires.

Fragilités

«La France dispose d'une belle armée, dont les succès sont reconnus sur la scène internationale. Mais cet outil présente des fragilités qui, dans le contexte économique et financier que nous connaissons, pourraient sous peu affecter sa cohérence», a prévenu l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major des armées (CEMA), entendu mi-juillet par les députés, selon le compte-rendu d'audition.

Evoquant la «sous-estimation» dans le cadre de la réforme engagée en 2008 des moyens nécessaires notamment à la maintenance des matériels, l'amiral Guillaud estime qu'au final, «en termes de capacités, la traduction intégrale de l'ambition politique» fixée aux armées «n'est plus tenable». Le CEMA s'inquiète en particulier de capacités «notoirement insuffisantes», en termes d'avions ravitailleurs, de drones, et du niveau des stocks de munitions. Il attend «un cap clair» du nouveau Livre blanc, préalable à l'élaboration de la Loi de programmation militaire (2014-2019), mais prévient que «toute diminution du budget se traduira mécaniquement par un abandon de capacité».

Seuil d’alerte

Pour l'amiral Guillaud, «le moral des armées est aujourd'hui au seuil d'alerte» et ni les résultats opérationnels ni «la qualité des relations humaines» dans les armées «ne parviennent plus à masquer les inquiétudes pour l'avenir».

Le chef d'état-major de la marine, l'amiral Bernard Rogel, entendu le 18 juillet, considère pour sa part que le format de la marine est aujourd'hui "juste suffisant" pour remplir ses missions.

Le maintien en condition opérationnelle des bâtiments, des avions et hélicoptères embarqués, leur taux de disponibilité insuffisant, et le nécessaire renouvellement de la flotte, sont au cœur de ses préoccupations.

Baisse d’effectifs

Inquiétude également quant à de nouvelles baisses d'effectifs, après une réduction de 6.000 postes décidée en 2008. «Si l'on nous demandait des réductions d'effectifs supplémentaires, la situation pourrait devenir grave», souligne-t-il.

La disponibilité des matériels est également la «plus grande préoccupation» du général Jean-Paul Paloméros, chef d'état-major de l'armée de l'air (nommé depuis à l'Otan, ndlr).

Satisfait que l'armée de l'air puisse «intervenir dans toutes les missions» qui lui ont été fixées par le Livre blanc de 2008, il constate que les armées «sortent assez fatiguées des réformes en cours».

Profondément restructurée depuis 2008, l'armée de terre a franchi pour sa part «à la baisse, cette année, le seuil symbolique des 100.000 militaires», a souligné son chef d'état-major, le général Bertrand Ract Madoux, entendu fin juillet.

«Si nous avons du mal aujourd'hui à assumer tous les contrats opérationnels, c'est du fait d'un problème de moyens : on a en effet +rogné+ au fil des années dans les munitions, les stocks, dans les pièces de rechange, dans les crédits d'entretien programmé du matériel», a-t-il regretté.

Le général résume en conclusion l'inquiétude de l'état-major avant l'élaboration du Livre blanc : «Nous ne souhaiterions pas que la +technocratie budgétaire+ nous fasse collectivement passer dans un cadre toujours plus petit, au détriment de la cohérence et au mépris d'une analyse objective des dangers de ce monde».