François Hollande le 27 août 2012 à la conférence des ambassadeurs, à l'Elysée.
François Hollande le 27 août 2012 à la conférence des ambassadeurs, à l'Elysée. - LUDOVIC-POOL/SIPA

Mathieu Bruckmüller

«Résoudre le problème du coût du travail» en France. Ce n’est pas Laurence Parisot, patronne du Medef, qui soulève une énième fois le problème, mais bien le chef de l’Etat. En déplacement, ce vendredi, à Châlons-en-Champagne (Marne), pour son premier discours de rentrée, il a reconnu «l'urgence» de l'emploi, avec un chômage qui frôle la barre des trois millions de personnes. Pour parer au plus pressé, les premiers des 150.000 emplois d’avenir pourraient être signés dès octobre. Quant aux contrats de génération, le dispositif sera présenté dans «les jours qui viennent» aux partenaires sociaux. 500.000 sont attendus sur l’ensemble du quinquennat.

>> Emplois d'avenir: Un coût sous-évalué pour les finances publiques

Emplois aidés

Mais une politique du travail ambitieuse ne se résume pas à des emplois aidés. L’avalanche de plans sociaux et de restructurations ont mis en exergue le manque de compétitivité des entreprises. Même si aux yeux de François Hollande, «le travail ne coûte pas plus cher en France qu'en Allemagne». Vraiment? «Oui et non», répond Matthieu Plane, économiste à l’OFCE. En effet, une récente étude de l’Insee révélait que contrairement aux idées véhiculées par plusieurs politiques, il n’est que très légèrement supérieur à celui de l’Allemagne. Ainsi, dans l’industrie manufacturière, secteur exportateur par nature, il est de 33 euros dans les deux pays. Et dans l’industrie automobile, outre-Rhin, il est même supérieur de 29%.  En revanche, dans les services, l’Allemagne garde l’avantage avec un coût horaire de 26,81 euros contre 32,08 euros en France.

«Des choix courageux»

Si le président de la République se refuse à exagérer le poids du coût du travail, il a promis pour 2013 «des choix courageux», mais aussi «durables et justes». Dans son viseur : la réforme du financement de la protection sociale, un serpent de mer depuis plusieurs années avec la fameuse hausse de la CSG. Comme pour la «TVA sociale», vantée par Nicolas Sarkozy, l’objectif est double: réduire les déficits des comptes sociaux (assurance-chômage, retraites, assurance-maladie, branche famille...) confrontés à des dépenses croissantes sans pour autant pénaliser la compétitivité des entreprises qui en assurent une part essentielle du financement à travers les charges dont elles s'acquittent pour chaque salarié. Le but serait ainsi de les faire baisser et d’augmenter d’autant la CSG, actuellement fixé à 7,5% des revenus d'activité, 8,2% sur les revenus du capital,  6,6% sur les revenus des retraités et invalides et 9,5% pour les revenus du jeu. Une hausse d’un point de CSG pourrait ainsi rapporter 11 à 13 milliards d’euros.

>> A bas la TVA sociale, vive la CSG compétitivité

Quel effet sur la consommation?

Avec un coût du travail allégé, les entreprises devraient être plus compétitives, seulement si elles s’engagent à baisser leurs prix. Le risque, selon Matthieu Plane est que certaines cherchent à restaurer leurs marges, mises à mal par la crise, et donc annulent «ce transfert de revenus des ménages vers les entreprises». Avec en bout de ligne une réduction de la capacité de consommation des ménages, aujourd’hui le seul moteur de la croissance. Le dosage a effectué sera donc très subtil.

Mais la compétitivité des entreprises ne se résume pas à une histoire de coût. C’est «une affaire surtout de gammes plus élevées, de secteurs à plus haute valeur ajoutée», estime François Hollande. Mais pas seulement. Selon Matthieu Plane, même si elle est en bonne place, la productivité française doit être encore boostée pour gagner des parts de marché. Problème : Elle est très corrélée aux politiques de dépenses publiques : recherche et développement, éducation, infrastructures. Des investissements de long terme qui peuvent permettre au pays de retrouver son leadership, mais qui ne sont pas évidents à financer alors que les caisses sont vides. Répondre aux angoisses du court-terme et à l’impatience de l’opinion publique, tout en préparant la croissance de demain, voici l’équation très complexe à laquelle doit répondre l’hôte de l’Elysée.

>> Le gouvernement arrondit les angles avec le patronat