Laurence Parisot, présidente du Medef
 Laurence Parisot, présidente du Medef - WITT/SIPA

Bertrand de Volontat (avec Reuters)

La traditionnelle université d’été aura un agenda chargé et une interminable liste d’invités d’exception cette année. Dans ce grand rendez-vous à Jouy-en-Josas (Yvelines), la présence de grands noms témoigne de la gravité de la situation. Le thème de cette année: «Intégrer». Selon l'organisation patronale, «intégrer» signifie «comprendre et assimiler les nouveaux paramètres économiques, sociaux, humains, technologiques, géopolitiques». La présence en force du nouveau gouvernement sera la seconde attraction.

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Un programme très chargé

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault ouvrira ce mercredi les travaux de l'université d'été du Medef au moment où les patrons s'inquiètent des projets fiscaux du gouvernement et le pressent de ne rien faire qui renchérisse le coût du travail. Outre la présence du chef du gouvernement, une première, pas moins de dix ministres sont annoncés pour cette traditionnelle manifestation, qui intervient sur fond de crise et de forte hausse du chômage. La présence d’Arnaud Montebourg, encore incertaine quelques jours avant le début de cette université, confirme que les débats seront animés, si l’on s’en tient aux rapports agités entre le ministre du Redressement productif et les patrons depuis l’affaire PSA.

Les membres de l’opposition seront également présents: Jean-François Copé, François Fillon, NKM ou encore Alain Juppé et Xavier Bertrand.  Le Medef se veut aussi résolument européen, avec la présence de Gerhard Schröder, ancien chancelier allemand et chantre de l’Europe, et au cœur de la nouvelle économie avec la présence de Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia. 

L’objectif de ces journées est d’écouter des idées neuves et, à la fois pour le Medef et pour le gouvernement, de trouver un terrain d’entente. De cette université, sortira également le rôle que peuvent tenir le Medef et les patrons durant ce nouveau quinquennat. 

Le gouvernement en force face au Medef 

«Le fait que nous venions cette année en force devant le Medef est indéniablement un signe, a déclaré Pierre Moscovici, cité dans Le Monde. Nous serons là pour dire que le gouvernement est pleinement décidé à affronter le défi économique de la compétitivité, car ce n'est qu'en renforçant nos capacités de croissance que nous gagnerons la bataille de l'emploi», a-t-il ajouté. 

«Nous sommes dans l'expectative», lui répond Laurence Parisot, la patronne du Medef en pressant le gouvernement de tenir ses objectifs de réduction des déficits sans que celle-ci «aggrave les risques de récession», en d'autres termes sans augmenter les prélèvements sur les entreprises dont le niveau de marge est «à un plus bas historique». 

Les socialistes peuvent-ils rassurer les patrons? 

«Le gouvernement est-il conscient de l’urgence?» Laurence Parisot critique avec véhémence les propositions sur la table. Elle juge ainsi «néfaste» la volonté affichée d'aligner la fiscalité du capital sur celle du travail, qui limiterait selon elle l'accès des entreprises aux capitaux. 

Elle dénonce comme «désastreux» le projet de réduction, voire même de suppression, de la déductibilité des intérêts d'emprunts des entreprises pour financer leurs acquisitions et va jusqu'à parler d'un «hara kiri de l'économie française» si les biens professionnels devaient être intégrés à l'impôt de solidarité sur la fortune. 

La présidente du Medef invoque encore les «sérieux risques» que présente le projet de taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d'euros annuels, qui «ne doit pas amener les investisseurs à se demander si la France va rester ou non une grande puissance économique». Autre sujet de friction avec le gouvernement mentionné par Laurence Parisot, «l'insécurité juridique extrême» dont sont victimes les entreprises, les lois et réglementations les concernant relevant d'une «jungle inextricable».

Autant de sujets de discorde qui seront débattus dès demain. En gardant à l’esprit que «la crise a déjà cinq ans, nous confiait un observateur. Il faut prendre les décisions maintenant.»