Une agence Pôle emploi à Paris.
Une agence Pôle emploi à Paris. - FRANCOIS MORI/AP/SIPA

Claire Planchard

Le chômage s’installe dangereusement dans le marché de l’emploi français. Avec 41.300 demandeurs d’emploi supplémentaires en catégorie A ( 1,4% sur un mois, 8,5% sur un an), le nombre d’inscrits à Pôle emploi a connu en juillet sa plus forte augmentation depuis le mois d’avril 2009, quand, au plus fort de la crise financière, les hausses oscillaient entre 60.000 et 80.000 nouveaux inscrits chaque mois. 

Fins de CDD et baisse des reprises d’emploi

Sans surprise, les moins de 25 ans et les plus de 50 ans restent les plus touchés avec une progression de plus 1,7% contre 1% pour les 25-49 ans.

«Cela traduit la perception d'un environnement économique très dégradé», soulignait lundi soir dans une note d’analyse Philippe Waechter, le directeur de la recherche économique Natixis Asset management.

Deux mouvements parallèles sont à l’origine de cette hausse exceptionnelle. D’une part, «les entrées à Pôle emploi liées au comportement des entreprises augmentent de façon significative depuis deux mois (juin et juillet). Cela correspond à une nouvelle accélération des fins de CDD. Les licenciements économiques sont stables par rapport à juin» explique-t-il. D’autre part, «les sorties de Pôle emploi, liées directement à l'activité économique, se réduisent rapidement. Les reprises d'emploi baissent de façon significative. Elles n'ont pas été aussi faibles depuis mars 2009», ajoute-t-il.

«Un terrible phénomène d’incrustation»

Après des mois de hausse où CDD et interim jouaient les variables d’ajustement, le cœur du salariat en CDI ne semble plus épargné par cette accélération de la hausse du chômage et le nombre de chômeurs de longue durée bondit de 1,9% en juillet et de 21,8% sur un an.

«Un terrible phénomène d’incrustation» qui pourrait être lourd de conséquences selon l’économiste Michel Cosson, membre de l’Institut de recherche économique et sociale (Ires). «Beaucoup de gens sont durablement éloignés du marché du travail, et leur retour  y sera difficile: en chemin ils perdent en qualification. Ce phénomène marque la force de travail de manière irréversible » explique-t-il mardi dans une interview au quotidien Libération. Résultat : «Même si le chômage se stabilisait, baissait, ses conséquences se feraient encore sentir», ajoute-t-il.

Patience et longueur de temps

Après 15 mois de hausse consécutifs, la tendance ne semble toutefois pas près d’être enrayée. Interrogé mardi matin sur RTL, le ministre du Travail Michel Sapin est resté prudent. «La dégradation de l'emploi sera durable mais elle n'est pas éternelle», a-t-il déclaré, appelant les Français à la patience. «Une nouvelle politique, ce sont des décisions, il faut les prendre vite, c'est la mise en application de ces décisions, il faut le faire vite, et ce sont ensuite des résultats qui sont la conséquence de ces décisions», a-t-il plaidé.
Michel Sapin, ministre du Travail : "Je vais... par rtl-fr

Après la présentation mercredi en conseil des ministres du projet de loi visant à créer 150.000 «emplois d'avenir» pour les jeunes, le gouvernement souhaite accélérer les négociations sur les des «contrats de génération» pour un tutorat senior/jeune et des mesures d’amélioration du dispositif d’activité partielle.

Cela suffira-t-il? Nombre d’économistes en doutent: «On ne peut pas s'attendre à un retournement spontané de ces indicateurs. Il faudrait pour cela réduire de façon significative l'incertitude macroéconomique dans laquelle l'économie française et européenne évolue. Cela prendra du temps», estime ainsi Philippe Waechter.